La nécessité de tenir ce Ciné-journal provient d'abord d'un désir d'écriture qui tente à la fois de sauver quelque chose de l'expérience d'une cinéphilie se fondant dans la vie quotidienne et de conserver la trace d'affects perçus mais perdus en cours de route. Cette écriture sera parfois mélancolique quand sa complainte portera sur le pouvoir du cinéma à panser/penser la vie, sans pour autant tomber dans le journal intime qui ne regarde personne. Dans la complainte, il y a aussi le mot plainte qu'il faudra comprendre sous une forme comique : j'arpenterai de nombreux sentiers toujours muni d'une faux aussi tranchante que celle du diable pour non seulement avancer quelque part mais pour défroquer en même temps les dévots, tartuffes et autres faquins qui circulent dans le territoire de la cinéphilie. Tous ces obstacles qui se présenteront sur ma route ne seront pas contournés. Le double choix d'écouter les complaintes et de suivre les sentiers qui bifurquent situera toujours la critique dans l'affect et dans l'expérience perceptive, soit dans cette posture et ce regard qui sont à l'origine de la naissance du Rayon Vert en 2016. Ces complaintes formeront donc une cartographie spectatorielle qui cherchera à emprunter les sentiers les plus foisonnants, même s'il faudra régulièrement dévier de sa trajectoire et débroussailler généreusement.
