Il serait à la fois erroné et injuste de réduire Rietland, le premier long métrage de Sven Bresser, à une réflexion purement morale sur la nature du bien et du mal soumise au double poids de la faute et du jugement. La question n'est en effet pas de savoir si Johan a tué ou non l'adolescente de son village, ni s'il éprouve le besoin de réitérer son geste, mais comment celui-ci se branche à la virtualité d'un possible qui s'est ouvert à lui. Le film montre ainsi comment la noirceur du monde et de l'âme humaine qui le dégrade peut être expérimentée comme un embranchement semblable à tout autre et une ligne d'un livre que se raconte à lui-même son conteur. Sven Bresser ne signe donc pas un film psychologisant où chaque fait et geste serait justifié, expliqué et intégré à une théorie prémâchée sur la nature humaine. Il essaie plutôt de comprendre comment fonctionne l'imaginaire d'un homme qui se révèle être beaucoup plus aventureux qu'il n'y paraît, car Johan vit à travers les possibles qu'il ne cesse d'expérimenter comme un conteur à l'aise dans le fantastique, le thriller et même dans la comédie potache. Rietland est un film qui prend le temps d'expérimenter dans la durée de multiples affects qui sont autant de pages d'un grand livre narré par un conteur des marais.
