En 2016, Jim Jarmusch est à Cannes et il compte double : Paterson est projeté en compétition officielle, en « Séance de Minuit » Gimme Danger. Et les hiérarchies s’inversent : le documentaire vaut mieux que la fiction tout en partageant une idée commune : l’art n’advient qu’à l’épreuve du non-art, dans l’écart ténu d'avec son contraire. L’épopée des Stooges est plus sincère que l'ascèse du poète amateur qui, lecteur de William Carlos Williams, reconnaît comme lui que la poésie est partout, dans la matière du monde comme dans l’absence d’œuvre – partout, oui, sauf chez sa compagne. Cette inégalité n’a pas cours avec des musiciens qui ont converti en fureur et riffs l’électricité ouvrière de Detroit d’où ils sont originaires. Le rock y était animé alors d’un génie populaire, disposé à un communisme primitif et un anarchisme légendaire. Gimme Danger s’y consacre avec une belle simplicité en préférant au statut de l’héritier dandy capitalisant sur les survivances d’hier celui du témoin doublé de l’ami fidèle.
