Main basse sur la ville est un rapport de figures et de forces, un espace de positions et de relations et le peuple qui en est l’enjeu y est moins parlant que parlé. Un diagramme d’alcanes et d’alcôves où les puissants ont voix au chapitre, tandis que les gueux dont ils ne cessent pas de parler ne sont que plaintes et colères. Un jeu de l’oie dont la tête finit tranchée quand la loi se confond avec l’intérêt ou un jeu d’échecs dont le perdant manque moins d’une vision globale que de pièces fortes pour attaquer le roi. Francesco Rosi instruit une critique vaillante et documentée des biais de la représentativité politicienne. Mais il ne trouve jamais les moyens d’examiner de quelle façon il reconduit lui-même sur le plan esthétique la hiérarchie caractérisant le fond politique de son propre régime de représentation, avec ses élus qui parlent et disent qu’ils savent et la masse bruyante, confuse et forcément manipulable de leurs électeurs. Le genre du film-dossier y aura trouvé l’un de ses emblèmes, qui est également son propre miroir aux alouettes. Mais une feuille volante tombe du dossier, une page recopiée des Fiancés d’Alessandro Manzoni dont une citation discutée éclaire étonnamment l’histoire inachevée de l’unité italienne.
