« Faute d'amour » (Loveless) d'Andreï Zviaguintsev raconte une lutte entre un monstre des abysses, dont les traces sont visibles dans les éléments liquides, et un Dieu apportant la Lumière sur le monde.
La figure de l’homme alité et amoindri, à nouveau présente dans « Les Proies », traverse la filmographie de Sofia Coppola : qu’il s’agisse du Bill Murray presque végétatif de « Lost in Translation » ou encore du Jason Schwartzman sexuellement inoffensif de « Marie-Antoinette ». Analyse d'un motif récurrent.
L'imaginaire de Tim Burton, sous son apparente marginalité et malgré son origine macabre, serait en réalité traversé par un désir de conformisme totalitaire et de négation d'autres formes d'altérité.
Enquête sur la mystérieuse transfiguration capillaire de Marine Vacth dans la scène d'ouverture de l'Amant Double : pourquoi Ozon montre, au moment clé qu’est l’introduction, une scène violente qui semblera finalement dénuée de tout rapport avec la suite du long métrage ?
Alors que le premier Terminator érigeait le personnage d'androïde incarné par Arnold Schwarzenegger en croquemitaine du cinéma de genre, sa suite, réalisée sept ans plus tard, remodèle son image dès la première demi-heure : enquête sur la transformation d'une machine à tuer en protecteur d’enfants.
Dans Le Parc se raconte l’angoisse d’être englouti par la répétition stérile, qu'elle s’appelle « truisme », « code » ou « généralité ». À rebours, Maxime et Naomie y réinventent les clichés de l'amour : « La tête est l'organe des échanges, mais le cœur, l'organe amoureux des répétitions. »
L'exposition de Nam June Paik, Exposition of Music - Electronic Television, installée dans la galerie Parnass en Allemagne, fut la première manifestation de la vidéo dans un espace d'art. C'était en 1963. Comment cette installation a-t-elle été reprise et déplacée dans les pratiques contemporaines ?
Sorti en 2018, Happy Sweden de Ruben Östlund est moins une petite leçon de morale qu'un étrange film de science-fiction apocalyptique prônant une forme de vitalisme présente dans toute l’œuvre du cinéaste. Dans ce Royaume, les Involontaires sont rois.
Invisible à l’écran, manipulateur avec ses acteurs, capable de détruire tout ce qui l’entoure pour parvenir à ses fins, Chuck Jones est un Dieu sur un plateau. Tout puissant, il est celui qui donne au film sa ligne directrice, au détriment du pauvre Daffy Duck. Analyse d'un classique du cinéma d'animation.
Portrait de Daidō Moriyama en chien errant dans les rues du quartier de Shinjuku, ou d'un magnétisme animal parasitant l'œil du voyeur photographique par la déambulation hasardeuse, le foyer focal improbable et le tremblé exécuté par le maître japonais au développement, l'are-bure-boke.
Comment ce qui hante l'esprit se présente à l'être tourmenté ? « It Comes At Night » cherche à répondre esthétiquement à cette question en travaillant sur la frontalité comme espace où se manifestent les démons.
Agnès Varda revient sur les rencontres artistiques et humaines de « Visages, Villages » : pour réinventer la vie par les images, avec les gens qui les créent, loin des clichés qui les capturent.
Comment, à partir de conférences données par Borges de 1977 à 1978, l'immortalité peut-elle se penser au cinéma et à travers la présence spectrale de l'acteur : « Au-delà de notre mort corporelle restent nos actes, nos œuvres, nos façons d'être, cette merveilleuse partie de l'histoire universelle ».
K.O. renvoie aussi bien à une donnée scénaristique – le « fight club » clandestin auquel va prendre part le personnage principal – qu'à l’état psychologique du héros, ou encore à la situation chaotique dans laquelle se trouve le héros, avant de renoncer à tout. Explication.
Avec L’Arbre, le Maire et la Médiathèque, Éric Rohmer met en scène sa conception de l’architecture, mais aussi, en creux, celle du cinéma : « Je préfère le cinéma à tous les autres arts parce qu’il n’a pas un rapport de prédation au paysage ».
Composé de trois actes sollicitant successivement des marionnettes, un sketch avec les acteurs et un film, Arde brillante en los bosques brillante de la noche s'intéresse à la question de la libération des corps. Comment affranchir aujourd'hui un corps des modes d'être du capitalisme ?
Le miracle des films de Valeska Grisebach n’est peut-être rien d’autre que cette ontophanie de l’ordinaire qu’ils rendent possible, cette révélation quasi photographique du banal qui se produit à chaque instant dans les corps, qu'ils soient au travail ou emportés par la danse.
Lors de son mariage, Sandy Wexler chante devant les stars dont il est, pour le meilleur et pour le pire, l’impresario. Les paroles de la chanson suggèrent que rien ne vaut le spectacle de Hollywood : sous la farce, Adam Sandler fait l'éloge du monde du faux.
Nul biopic pesant, nul hommage mortifère. « Philip Seymour Hoffman, par exemple » propose de concevoir l'acteur de cinéma comme un spectre que tout un chacun, créateur comme spectateur, peut rappeler à tout moment parmi les vivants : pour l'éternité des noms et des images.
Avec Rodin, Jacques Doillon tente de dégager l’essence du personnage à travers sa relation aux femmes et au travail. Dans cette interview, il revient sur quelques grands aspects de son film : sa représentation de Rodin, le triangle amoureux, sa méthode de travail, le décor et les costumes.
L’instabilité est au centre des Fantômes d’Ismaël et du cinéma d'Arnaud Desplechin. Symptôme parmi d'autres, le personnage d'Ismaël, incarné par Mathieu Amalric, titube entre transe quasi-métaphysique et hystérie bouffonesque. Analyse d'un cinéma de l'instabilité.
Sorti en 1945, « Brève rencontre » de David Lean raconte une histoire d’amour passionnel et interdit entre deux êtres à la vie bien rangée, Laura et le docteur Alec, en travaillant de manière originale sur le son : bruit ou musique, incarné ou non, le son constitue un langage à part entière.
Enquête sur les mystères, les règles, la symbolique et les origines de La Bête dans Split à travers une donnée essentielle du cinéma de M. Night Shyamalan : le pacte de croyance conclu avec les spectateurs.
« Paterson » montre la difficulté pour un homme qui se rêve poète, un poil orgueilleux et pratiquement incapable de s’accorder avec ce qui l’entoure, de retrouver la simplicité et la légèreté, aussi bien dans ses mots que dans son quotidien.
Les films de Park Chan-wook ont beau aborder des thèmes tels que la vengeance, la manipulation et la marginalité, ils n’en sont pas moins pourvus d’un élément perturbateur, toujours le même : un humour souvent noir, parfois bizarre, parfois presque gênant.
Loin de l'image éculée d'un cinéaste culte, Alejandro Amenábar revient sur sa méthode : un intense travail de réflexion, proche du rationalisme, qui questionne toutes les formes de croyances et les acquis : « Je ne ne suis pas quelqu'un de confiant, même par rapport à la science ».
Croyances, cinéma et ésotérisme : rencontre avec le cinéaste belge Fabrice du Welz à l'occasion de la sortie de « Message from the King » : « Je conçois le travail sur la foi comme mouvement propice à la déconstruction, et plus précisément à la déconstruction de l'âme »
Étude historique consacrée à l'influence de l'Occupation sur les réalisations cinématographiques françaises en général et sur le cinéma de Henri-Georges Clouzot, Jean Delannoy et Marcel Carné en particulier. Retour sur une vitalité inattendue, ou le paradoxe de la parenthèse enchantée.
Entretien fleuve avec Laurent de Sutter, de "Pornostars" (2007) à "Poétique de la police" (2017) : à propos d'un cinéma habité, traversé ou débordé par le passage des anges, l’immanence de Spinoza, la posture de l’humiliation, les pratiques de désir, l’épreuve du sublime, le comique de la police.
Avec La Huitième Femme de Barbe-Bleue, Lubitsch offre une étincelante illustration de son sens de la comédie. Le film s’appuie sur divers registres du comique, avec un art consommé du rythme, mais l'on est surtout frappé par le rôle majeur que jouent les écrits, invitant le spectateur à se faire lecteur.
Télévisions, ordinateurs, tablettes, sans oublier ce qui sépare les heptapodes et les humains à l’intérieur du vaisseau : « Premier Contact » est parsemé d’écrans. Et si le réalisateur proposait, derrière la rencontre entre humains et extraterrestres, une mise en abyme du spectateur de cinéma ?
Kelly Reichardt opère une constante déstabilisation du regard : tout en enracinant ses personnages dans un microcosme prosaïque, elle les abandonne à leurs errements dans une immensité aussi aride qu’accueillante, terrain d’une poétique de la déviation...
Rebecca Zlotowski revient sur plusieurs thèmes clés qui traversent « Planetarium » : la présence des fantômes, le rapport à l'Histoire, les liens qui se créent avec le cinéma ou la circulation du refoulé. Autant de pistes possibles pour se réapproprier un film énigmatique.
Tel le spectateur qu’il représente comme noyé dans un déluge d’images et hypnotisé par elles, Carax semble actionner une télécommande invisible pour réaliser un zapping cinéphile et inquiétant. Holy Motors serait-il le cimetière de toutes les images du cinéma ?
Koolhaas Houselife d'Ila Bêka et Louise Lemoine, premier film de la série Living architectures, ou les subversions du documentaire d'architecture contemplatif : par la comédie (œuvre maculée), le jeu (œuvre expérimentée) et la sensualité (œuvre hantée).
Dans une perspective postmoderne, les blockbusters hollywoodiens mobilisent aujourd'hui les nouveaux savoirs du spectateur, sa culture et ses attentes. Ils transforment ainsi les personnages en complices presque conscients de participer au spectacle. Ces films ne cachent plus leurs ambitions commerciale, leur cynisme mais aussi leur l'ingéniosité.
Antoine Desrosières nous a accordé un entretien substantiel : l'occasion d'évoquer sa carrière atypique dans le panorama du cinéma français, et le tournant qu'a constitué pour lui son moyen-métrage, Haramiste, avec la belle rencontre d'Inas Chanti et Souad Arsane.
Avec Haramiste, Antoine Desrosières a choisi d'arpenter le chemin tortueux d'un certain cinéma de la cruauté : comme une gigantesque machination théâtrale, comme un complot libidinal de tous les instants...
Rencontre avec Davy Chou autour de la mise en scène et du rêve dans Diamond Island : « Les couleurs, les lumières et les néons qui dégagent cette vibration si particulière, sont comme une caisse de résonance des multiples émotions intérieures des personnages en train de s'ouvrir au monde. »
Analyse croisée de la mise en scène de chasseurs transgressifs dans « Les chasses du comte Zaroff » de Shoedsack et Pichel, sorti en 1932, et « Soudain, l’été dernier » de Mankiewicz, sorti en 1959 : de la figure marquée du comte Zaroff à la défiguration de Sebastian.
Analyse d'une figure de style qui a fini par devenir un gimmick : l'usage in extenso d’un morceau de musique dans la diégèse – le plus souvent une chanson populaire –, à des fins scénaristiques et dramaturgiques, avec pour effet escompté de provoquer une émotion chez le spectateur.
Craquelant les faux-semblants des bourgeois interprétés par Michel Bouquet et Stéphane Audran dans La Femme Infidèle, Claude Chabrol déchaîne une passion folle et sauvage qui troublera définitivement la paix du ménage : étude de la mise en scène d'une Nature non-domestiquée.
La Maison des Otages peut être lu comme un manuel de survie cinématographique : il y a là comme une invitation à jouir de façon presque enfantine du spectacle que nous offrent les images, en dépit de l'amertume et de la désillusion qui en constituent le revers.
Rencontre avec Denis Côté, à propos d'expériences sur les formes, la narration et les genres cinématographiques : « Mon travail est celui d’un ancien critique de cinéma, d’un amoureux du cinéma, qui tente des choses avec le langage cinématographique. »
Il en va du cinéaste comme de Boris Malinovsky, l'anti-héros de Boris sans Béatrice : sa richesse tient de la maîtrise absolue des espaces-temps, et de tout ce qui circule à l’intérieur de ceux-ci. C'est à la subversion de cette maîtrise sans reste que travaille Denis Côté, pour faire advenir une rencontre.
L'aura et l'omniprésence des 8 actrices qui composent le générique de « 8 Femmes » de François Ozon, toutes stars ou étoiles montantes du cinéma, a souvent escamoté la présence des nombreux autres personnages, visibles ou évoqués dans le film : dans l'ombre, quel rôle jouent-ils ?
Entretien avec Pierre Voland autour du "volet de ma chambre", oeuvre à mi-chemin de l'expérimentation formelle et de la fascination pour la lumière, projetée en janvier 2016 au festival "Les Inattendus" de Lyon et visible en libre accès sur internet...
Dans la très belle scène où Agathe « boit la tasse dans ses larmes », « L'Effet aquatique » trouve ce moment de révélation où le personnage se laisse submerger par ses affects. Cette scène marque l'aboutissement d'un travail précis sur l'hétérogénéité d'un petit monde bariolé.
Lors de la sortie de « Elle » en 2016, de nombreux commentateurs et critiques ont accusé Verhoeven de faire l'apologie du viol. Une analyse s'impose afin de lever ce malentendu et évaluer les enjeux d'un film travesti par l'indignation morale.
Rodéo nous donne l'occasion de mieux comprendre deux caractéristiques esthétiques du cinéma sud-américain : les silences et le recours aux passages oniriques : il y va de l’originalité d'un regard, d'un réel travail esthétique ainsi que d'un usage subtil des puissances du cinéma.