Dune ressort mais le film de David Lynch est l’un de ses plus mésestimés, avec INLAND EMPIRE et Une histoire vraie. Les admirateurs du cinéaste l’ont suivi dans son refus d’assumer l’autorité du barnum. D’autres estiment, plus minoritaires, que la politique des auteurs pourrait sauver ce qui peut l’être d’un échec critique et commercial, puni pour sa ringardise kitsch ayant trahi l’œuvre originale dont le film s’inspire, Le Cycle de Dune de Frank Herbert. En vérité, Dune complique les reproches d’une complexité ratée. Il faut en suivre les dunes, ses flancs de sable où des secrets éclatent comme les bubons sur le visage héraldique du baron Harkonnen. L’affaire est moins entendue qu’il n’y paraît. On tendra donc l’oreille aux vers des sables qui conduisent dans les souterrains d’une pensée – un son qui donne forme entre bouches qui puent et nom qui tue. C’est une histoire d’impérialité que raconte Dune après Elephant Man, ses rivalités dans la mainmise d’une matière à extraire des sous-sols (l’Épice) et son messie (Paul) qui se croit hors sol en embrigadant des autochtones fanatisés. Le saint homme a plus d’un symptôme pour trahir la prophétie quand le cinéaste a pour lui tout l’éventail de ses sinthomes grêlant la peau du film de son désir d’en faire jouir le sens. « Le Dormeur doit se réveiller » dit la prophétie. Et si le dormeur était le spectateur ? Et si le réveil n’était pas la fin déçue du rêve mais son rebondissement, au-delà de toute attente ?
