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Tetsuo en moto dans Akira
Rayon vert

« Akira » de Katsuhiro Ôtomo : Les enfants du chaos

24 août 2020
« Akira » pose, pense et panse la jonction cyborg de plus d'un spectre : spectres de Marx et de Hamlet ; spectres de l'histoire japonaise d'hier, d'avant-hier et de demain ; spectres de la culture cyberpunk et de l'Armée rouge japonaise. C'est leur conjonction organique et cybernétique organisée dans un mélange de furia et de maestria sans équivalent par l'un des plus grands films d'animation japonais qui soit, qui est aussi l'un des plus grands films de science-fiction qui soit. Tant et si bien qu'« Akira » demeure un grand contemporain éclairé par le sourire énigmatique d'Akira en nous rappelant à cette enfance devenue une énigme pour une humanité qui manque à elle-même d'avoir abandonné ses enfants. Les films qui regardent notre enfance sont toujours ceux qui savent en prendre soin.
Portrait dans auf demselben Planeten de Katrin Eissing
Critique

« Auf demselben Planeten » de Katrin Eissing : Famille modèle

19 août 2020
De l'atome du scientifique au pendule de l'hypnotiseur en passant par les maquettes de l'ingénieur : les modélisations de l'histoire au prisme des affects dans Auf demselben Planeten, le Bildungsroman moderne de Katrin Eissing.
Équipe de tournage sur Auf demselben planeten de Katrin Eissing
Interview

« The weight of the world » : Interview de Katrin Eissing

19 août 2020
Dans un entretien qu'elle nous a accordé en août 2019, Katrin Eissing revient sur la genèse, la réalisation et la réception de son premier long-métrage de cinéma, Auf demselben Planeten. Le film a tout récemment fait l'objet d'une restauration haute définition à l'initiative de la Deutsche Kinemathek – supervisée par la réalisatrice et sa cheffe opératrice – qui devrait dès à présent lui offrir une meilleure visibilité.
Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui dans La Haine
Critique

« La Haine » de Mathieu Kassovitz : Deux ghettos, pas de quartier

14 août 2020
« La Haine », 25 ans après : comme une cuite la hype est passée, reste le film culte dont la vision est aussi problématique hier comme aujourd'hui. Le constat documentaire y passe toujours à la moulinette d'une fantasmagorie dont les manières clinquantes revêtent les vieilles hiérarchies des survêtements de la jeunesse et des cultures urbaines. Mais la moulinette est une partie truquée de roulette russe et les shoots d'adrénaline n'empêchent pas d'admettre que la bombe à retardement n'est chargée que de l'amphigouri de son artificier horloger. Le monde sans pitié des gamins des cités appartient à ceux qui en font des films à succès.
Marta Nieto et Jules Porier sur la plage dans Madre
Critique

« Madre » de Rodrigo Sorogoyen : SOS Artifices

11 août 2020
Dans « Madre », le deuil d'Elena a l'odeur de la mer et la puissance des grands vents. Il correspond à une image mentale d'une grande plage vide qu'il faut effacer. Si "la folle de la plage" réussit ce processus, c'est au prix d'une laborieuse mise à l'épreuve de sa santé psychologique noyée dans la réalisation cacophonique et artificielle de Rodrigo Sorogoyen.
Le mont dans Séjour dans les monts Fuchun
Rayon vert

« Séjour dans les Monts Fuchun » de Xiaogang Gu : Le mouvement et l'apaisement

6 août 2020
« Séjour dans les monts Fuchun » de Xiaogang Gu est composé de plans-séquences en mouvement (réalisés en travelling ou en panoramique) qui viennent briser l'économie formelle et narrative du récit où les relations entre les personnages sont dénaturées par l'argent et le respect des coutumes. La notion de « montage interdit » théorisée par André Bazin prend ici tout son sens. Grâce au plan-séquence final, c'est même la possibilité d'un apaisement qui est offert aux personnages.
Kyle MacLachlan, Laura Dern et David Lynch près de la Black Lodge dans Twin Peaks
Rayon vert

« Twin Peaks » de David Lynch et Mark Frost : Les forces de la Black Lodge

29 juillet 2020
Dans la saison 3 de « Twin Peaks », David Lynch et Mark Frost font de la Black Lodge le poumon de leur univers. Comment s'effectue le passage entre les différents mondes ? Quel rôle joue dans la série la rose bleue et le motif de la rose en général ? Pourquoi Hollywood et Los Angeles n'apparaissent-ils pas ? Et qu'est-ce que Judy, sinon le nom de ce champ de forces exercé par la Black Lodge ? Autant de questions à partir desquelles nous allons nous aventurer dans l'opacité des mystères de « Twin Peaks ». Ce texte est construit en dyade avec cinq « Missing Pieces » écrites par Des Nouvelles du Front, tel le sol des loges, qui est tantôt noir zébré de blanc, tantôt blanc zébré de noir. La lecture des deux textes peut ainsi se faire chronologiquement ou en suivant les renvois vers les « Missing Pieces ».
Elias Koteas et Rosanna Arquette font l'amour dans Crash
Rayon vert

« Crash » de David Cronenberg : Au volant du monde

21 juillet 2020
Revenir au monde déserté par le désir, c'est vouloir tirer de la rengaine de la production industrielle du crash la ritournelle de l'accident originaire. Retrouver le sens de l'événement dans d’insensés cabossages et d’incessants télescopages. Circulez il n'y a rien à voir ni à désirer parce que plus rien n'arrive, c'est la rengaine postmoderne qui a mis Pornos à la place d'Éros. Avec « Crash » agencer les machines expérimentales du désir et en être les artistes sans œuvre répond au désir qui ne revient que par accident. Plus de statistique : une érotique machinique. Avec le sens naissanciel de l'accident, on peut alors machiner une vie nouvelle au milieu du champ d'épaves accumulées par les autoroutes de la modernité occidentée.
Sandrine Bonnaire errant dans la nature dans Sans toit ni loi
Rayon vert

« Sans toit ni loi » d'Agnès Varda : À quoi marche le refus sans relève

16 juillet 2020
En parallèle à notre interview de Saad Chakali autour du n°66 de la revue Éclipses consacré à Agnès Varda, Des Nouvelles du Front revient sur Sans toit ni loi. Varda y suit le tracé discontinu de la trajectoire de vie erratique d'une vagabonde météorique qui s'appelle Mona. Trouvé dans le fossé, l'astre mort d'une jeunesse chue d'un désastre obscur irradie cependant encore. Sa lumière fossile est une marche à contre-courant éclairant comment le froid des années d'hiver aura médusé les itinérances contestataires et pétrifié les fugues libertaires héritées de la décennie précédente.
Félix Lefebvre et Benjamin Voisin sur la moto dans Été 85
Critique

« Été 85 » : François Ozon dans sa bulle

14 juillet 2020
Dans sa photographie, son montage, son utilisation de la musique, dans le jeu des acteurs ou encore dans sa direction artistique, « Été 85 » de François Ozon a tout d’une chronique adolescente mélancolico-passéiste. À la fois simple et arty, elle ressemble à une sorte de revisite mal digérée de « Conte d’été » par l’équipe de « Plus belle la vie ».
Agnès Varda et ses reflets dans le mirroir dans Les Plages d'Agnès
Interview

Interview de Saad Chakali autour du n°66 de la revue Éclipses consacré à Agnès Varda

13 juillet 2020
Saad Chakali a coordonné le n°66 de la revue Éclipses consacré à Agnès Varda. L'occasion était idéale de revenir avec lui sur les différentes perceptives travaillées par l'ensemble des contributeurs, ce qu'il a (re)découvert ou encore sur l'idée de bonheur qui traverse l’œuvre de la cinéaste. Mais aussi, dans une perspective critique, sur ce qui pourrait laisser sur le carreau certains spectateurs : la présence du personnage-Varda à l’écran et les « vagabondages poétiques » de la cinéaste qui se suffiraient à eux-mêmes en devenant la fin du processus créatif.
Les deux Jeremy Irons et Geneviève Bujold dans Faux-Semblants (Dead Ringers)
Le Majeur en crise

« Faux-Semblants » de David Cronenberg : Fusion incestueuse

29 juin 2020
Le tabou de l'inceste apparaît, de manière sous-jacente, dans de nombreux films de David Cronenberg. Dans « Faux-Semblants », il unit spécifiquement les membres d'une même fratrie et se présente même comme la possibilité de fusionner avec un autre soi-même. Par là, Cronenberg pose la question de l'identité sexuelle et de l'identité tout court. Sauf que cet idéal de fusion ne peut pas s'incarner.
La scène du feu de camp dans Gènese
Rayon vert

« Genèse » de Philippe Lesage : Une histoire intemporelle du désir

24 juin 2020
Avec « Genèse », Philippe Lesage rend au désir ce qui fait sa nature et toute sa force. Il en restitue la beauté dans sa forme enfantine la plus renversante en même temps que le trouble et le tourment. Mariant la violence extrême à la douceur la plus tendre, le réalisateur plonge au cœur des émotions, dans ses eaux troubles et ambiguës de la puberté où un désir mystérieux saisit les personnages.
Don't Fuck With Cats, un série Netflix
Histoires de spectateurs

« Don't F**k With Cats » : À corps défendant

10 juin 2020
La série Netflix « Don't F**k With Cats » de Mark Lewis repose sur un étrange paradoxe : l'aveu de l'inutilité du projet et même sa (relative) dangerosité. Elle n'existe que par des images irregardables destinées à mettre à l'épreuve le corps du spectateur. La véracité convoquée par ces images rend très difficile toute tentative de distanciation, du hors champ à la (re)construction imaginaire, et c'est pourquoi l'expérience peut, de ce point de vue, être difficile pour le spectateur.
Samuel L. Jackson et Kurt Russell dans la forêt dans Les Huit Salopards
Critique

« Les Huit Salopards » de Quentin Tarantino : L'hommage du vice à la vertu jusqu’à l’abus

4 juin 2020
Après « Django Unchained » (2012), « Les Huit Salopards » prouve que Quentin Tarantino s'est imposé dans la première moitié des années 2010 comme l'auteur incontournable du nouveau western à Hollywood. Si et seulement si le vertueux classicisme d'antan n'est plus qu'une barbaque mordue avidement par les mâchoires carnassières du post et du méta. Au fond des êtres parlants gît l'horreur des prédateurs usant sournoisement de la salive avant de faire couler abondamment le sang : c'est le credo tarantinien mais l'hommage du vice à la vertu est plus vicieux encore quand sa morale est viciée jusqu'à l'abus.
Deux agitateurs déguisés en vieillards dans Trash Humpers
Esthétique

« Trash Humpers » d'Harmony Korine : Poétique de l'abjection

29 mai 2020
Tourné en quelques jours, dépourvu de scénario et monté de manière totalement anarchique, « Trash Humpers » repousse, comme peu de films ont pu le faire avant lui, les limites de ce qu'on nomme communément la "laideur". Pourtant, la beauté n'est pas absente du film d'Harmony Korine où culminent d'étranges moments au cours desquels les turbulents vieillards acquièrent une certaine forme d'humanité. « Trash Humpers » se définit moins par ses provocations que par ses paradoxes, son audace et ses singularités.
Isabella Rossellini et Dennis Hopper dans Blue Velvet
Esthétique

« Blue Velvet » de David Lynch : Le bouche à oreille du sentimental et de l’obscène

25 mai 2020
Dans « Blue Velvet », lèvres et paupières s’apparentent à d'étranges et pénétrants lever et baisser de rideaux, en rouge et bleu, velours et épiderme, cosmétique et organique, toile de Francis Bacon et théâtre de la cruauté, nostalgie des années 1950 et pornographie des années 1980. Fétichiser une période comme celle de l’enfance de David Lynch, c’est pour toute une société la revêtir après coup du velours d’un rêve bleu comme la fleur de Novalis. Mais c’est une peau de lapin qui se retourne en épiderme chauffé et bleui sous les coups de la violence des patriarches et des maris. L’American Way of Life n’est un cliché remis en mouvement qu’avec le grouillement secret de sa vermine, dont les plis n’ont pas moins de sentimentalité que d’obscénité.
Tout la famille de Festen réunie dans un salon pour le speech du père
Esthétique

« Festen » de Thomas Vinterberg : Un film de fantôme ?

21 mai 2020
Et si « Festen » était d'abord un film de fantôme ? Les règles du manifeste du Dogme95 auraient ainsi été entravées dès le départ par Thomas Vinterberg. Cela prouverait que le mouvement était bien une utopie (et un coup de pub) et, en même temps, cela permet de redécouvrir « Festen » sous un autre jour. En travaillant à l'hétérogénéité qu'apporte le fantôme de la sœur décédée, Vinterberg se détourne surtout clairement des intensions réalistes qui animent le projet Dogme95.
Les trois acteurs pris au piège dans la prison dans Assaut
Rayon vert

« Assaut » de John Carpenter : Quand le mal sort du flou

18 mai 2020
Analyse d'une séquence de « Assaut » de John Carpenter où l'ouverture d'une Boite de Pandore — semblable à celles qu'on trouve dans « Mulholland Drive » de David Lynch ou « Belle de jour » de Luis Buñuel — libère définitivement les forces du mal. Le lieutenant Bishop prend ainsi conscience de leur existence, non pas seulement dans le monde et au cœur de son commissariat, mais aussi en lui-même.
Robert De Niro et Ray Liotta dans Les Affranchis
Esthétique

« Gloire et décadence du rythme » : Autour des films mafieux de Martin Scorsese

14 mai 2020
Les films de mafieux de Martin Scorsese sont souvent célébrés pour la virtuosité de leur réalisation. Mais au-delà de l’exercice de style frénétique, que renferme ce rythme que le cinéaste a pensé comme « une agression à l'endroit du public » ?
Guillaume des Forêts dans Quatre nuits d'un rêveur de Robert Bresson
Esthétique

« Quatre nuits d’un rêveur » de Robert Bresson : Reflets dans la nuit noire

11 mai 2020
À la sophistication claustrée des Nuits blanche de Luchino Visconti (Notte bianchi, 1957) se substitue, dans cette autre adaptation de la célèbre nouvelle de Dostoïevski par Robert Bresson, une mise en scène savamment minimaliste des « reflets » d’un amour illusoire. Mise en scène qui, dans une tension constante entre couleurs et ombres, entre flou(s) et netteté, entre verticalité et horizontalité, trace ainsi, dans les replis mêmes de la chair, les contours d’une quête d’idéal. Ce texte fait partie d'un diptyque dont l'autre pan est accessible à la fin de cet article.
Nuit colorée dans Quatre nuits d'un rêveur de Robert Bresson
Esthétique

Les rêveurs du Pont Neuf : « Quatre nuits d’un rêveur » de Robert Bresson

11 mai 2020
Retour sur un film rare avec ce texte de Patrick Holzapfel – critique de cinéma, réalisateur et curateur freelance – initialement paru dans la revue Jugend Ohne Film en 2016, offert ici pour la première fois en langue française. Il y est question des couleurs et de leur mise en scène dans Quatre nuits d'un rêveur de Robert Bresson, adapté de la nouvelle Les Nuits blanches de Fiodor Dostoïevski. Ce texte fait partie d'un diptyque dont l'autre pan est accessible à la fin de cet article.
Slimane Benouari dans le désert dans Abou Leila
Critique

« Tlamess » et « Abou Leila » : L'émotion des mues

6 mai 2020
De l'autre côté de la Méditerranée, le cinéma a des jouvences dont les éclats en ragaillardissent l'idée. Deux films de fiction héroïques, un second long-métrage tunisien (« Tlamess ») et un premier long-métrage algérien (« Abou Leila »), longent la frontière des carcans nationaux pour y ouvrir des horizons où le mythe dispute aux ossuaires passés et présents la possibilité utopique d'une revitalisation de l'existant, comme désertion et comme réinvention.
Akemi Negishi danse au milieu des hommes dans Fièvre sur Anatahan
Rayon vert

« Fièvre sur Anatahan » de Josef von Sternberg : La douleur de l'unique, de l'une et du multiple

2 mai 2020
« Anatahan » fièvre (pour le titre français) ou saga (pour le titre original) ne déroge pas à la règle garantissant à qui lui obéit d'être le sujet d'une exception : tout film de Josef von Sternberg est un monde, moins soumis aux conventions de la mimesis qu'à la jungle des obsessions de son démiurge. Tout film est un monde dont la nature est une sur-nature en excès aux conventions réglées du réalisme mimétique. Tout film est un monde d'artifices dont la mise en forme propose cette étrange exploration destinant à rendre visible l'entrelacs obscur des fantasmes qui en irrigue le luxuriant déploiement démiurgique. « Anatahan » constitue pour la saga sternbergienne sa quintessence testamentaire et autiste, solitaire et onirique jusqu'à atteindre un degré sublime d'onanisme.
« Feuille de vie »(Barg-e djan), un film de Ebrahim Mokhtari
Rayon vert

« Feuille de vie » de Ebrahim Mokhtari : Le Cinéma, “Pourquoi tu te fais des films ?”

30 avril 2020
Avec « Feuille de vie », Ebrahim Mokhtari donne à voir la transposition cinématographique à la fois poétique et déroutante d’un corps-à-corps avec la vie et la mort. Cinéma et méta-cinéma s’entrecroisent sur plusieurs niveaux : il y a le film de Mokhtari, le documentaire de Mansoori et le making-off de Sahar, au début si anecdotique pour le récit mais qui se révèle être l’élément capital du dénouement.
Zélie Boulant-Lemesle dans Proxima d'Alice Winocour
Le Majeur en crise

« Proxima » de Alice Winocour : Enjoy the gravity

28 avril 2020
À la différence de ses homologues américains saturant l'espace de psycho-drames familialistes, Alice Winocour règle les questions de la pesanteur humaine sur terre : « Proxima » se donne d'abord comme le nom d'une station d'entraînement, ensuite comme une obsession pour les étoiles, enfin et surtout comme le lointain contenu dans ce qui nous est le plus proche.
Hiroko Ôshima et Claude Maki sur la plage dans A Scene at the sea
Rayon vert

« A Scene at the Sea » de Takeshi Kitano : Pas d'autre horizon que l'horizon (carré gris sur fond gris)

25 avril 2020
Troisième long-métrage de Takeshi Kitano, « A Scene at the Sea » qui prend place entre « Jugatsu » (1990) et « Sonatine » (1993) pourrait bien proposer en regard de toute l'œuvre, malgré le délitement dont témoignent ses derniers prolongements, l'épure précoce concentrant à l'essentiel la vérité du geste obsessionnel qui la caractérise.
Le poster de American Horror Story : 1984
Critique

« American Horror Story, 1984 » : Célébration et fin d'une époque

22 avril 2020
En s'attaquant au genre du slasher, la neuvième saison de « American Horror Story » convoque, pour mieux les railler, les clichés les plus éculés du cinéma d'horreur. Or, cet aspect humoristique n'empêche pas la série de surclasser la majorité de la production horrifique actuelle. « American Horror Story : 1984 » n'est ainsi pas un simple slasher mais une série fantastique à l'intérieur de laquelle le monde des morts communique avec celui des vivants.
Mei et Satsuki sur un arbre avec le chat-bus dans Mon voisin Totoro
Rayon vert

« Mon Voisin Totoro » de Hayao Miyazaki : Le regard qui donne la vie

20 avril 2020
« Mon Voisin Totoro » de Hayao Miyazaki est traversé par la question du passage entre les mondes. Jusqu’au bout, ou presque, l’hésitation se maintient quant à Totoro : est-il réel ou est-il un produit de l’imagination des petites filles ? Il ne sera pas question ici de résoudre cette problématique, mais de comprendre comment les deux mondes circulent à travers le regard des personnages.
Temps sans pitié de Joseph Losey
Esthétique

« Temps sans pitié » de Joseph Losey : Hauteurs de vue

17 avril 2020
À partir d'une histoire de cinéma assez classique – rétablir la vérité pour innocenter le faux coupable et traduire en justice le véritable assassin – Joseph Losey propose avec « Temps sans pitié » une mise en scène ingénieuse faisant peser les enjeux du scénario sur les positions tenues par les personnages : il y a un lien étroit entre « détention » d’une vérité et ascendant spatial ou visuel sur autrui.
Critique

« Monsieur Klein » de Joseph Losey : Scandaleux pragmatisme

13 avril 2020
Dans un texte que nous lui avons commandé, le cinéaste allemand Christoph Hochhäusler (« Sous toi, la ville », « L'imposteur »,...) revient sur l’un de ses films fétiches : « Monsieur Klein », de Joseph Losey. Il y examine la mise en scène « scandaleusement » pragmatique de Losey, laquelle repose sur un sens parfois maniaque du détail, moteur d’une logique du soupçon qui se déploie tout au long du récit.
Jeux de reflets dans Monsieur Klein de Joseph Losey
La Chambre Verte

Y a-t-il un Delon dans la salle ?

13 avril 2020
À son insu et de son propre fait, Alain Delon est devenu un mythe – pour certains intouchable, pour d’autres figé dans son aura de star. C’est oublier l’évidence première : Delon est avant tout un immense acteur, avec tout ce que cette plate formule suppose de capacité d’effacement derrière un rôle. « Monsieur Klein » de Joseph Losey (1976) en est la démonstration parfaite.
Zorica Nusheva dans Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska
Le Majeur en crise

« Dieu existe, son nom est Petrunya » de Teona Strugar Mitevska : Un dieu nu

11 avril 2020
« Dieu existe, son nom est Petrunya » n'est pas un film féministe et en lutte contre les sociétés traditionnelles. L'engagement de son personnage principal est tout autre, d'une radicalité sans limite : Petrunya est le visage nu, souvent muet, sur lequel s'épuisent quantité de thèses sur le monde, avec d'autant plus de haine et de hargne lorsque ceux qui les défendent y contemplent leur absence de nécessité.
N.J. (Wu Nien-jen) et son fils Yang-Yang (Jonathan Chang) chez McDonald's dans Yi Yi
Rayon vert

« Yi Yi » de Edward Yang : La grandeur des désillusionnés

7 avril 2020
Edward Yang construit dans « Yi Yi » un regard dépouillé d'illusions et en même temps conscient de leur pouvoir d'aliénation. Les vérités des personnages ne se transforment jamais en fictions fondatrices, réparatrices ou émancipatrices. C'est là toute la force du film : penser en-deça de ce monde d'illusions où on se réfugie pour ne pas avoir affaire à l'attente et à la déception.
L'inconsolable de Jean-Marie Straub
Esthétique

« L'Inconsolable » de Jean-Marie Straub : Les voix inhumaines

5 avril 2020
L'inconsolable, d’abord constellation de courts-métrages qui porte comme titre exemplairement générique celui de l'un d'entre eux, est aussi et surtout cet héritier turbulent ruant dans les brancards de l'héritage en privilégiant une esthétique du dissensus. Celui dont la fidélité va jusqu'à inclure la réaffirmation des clivages et des blessures, parfois même en faisant jouer le sens des textes en excès des intentions de leurs auteurs. Dans l’œuvre de Straub, fidèle à Huillet, le sens est ce qui patiemment se cultive : il requiert des spectateurs qu'ils soient moins herméneutes que paysans.
La version animée de Luis Buñueldans Buñuel après l'âge d'or
Rayon vert

« Buñuel après l’âge d’or » de Salvador Simó : Palimpsestes et paradoxes

2 avril 2020
« Buñuel après l’âge d’or » de Salvador Simó s'impose comme une réflexion sur le pouvoir des images. Le film montre les coulisses du tournage de « Terre sans Pain » (1932) dont il révèle la mise en scène nécessaire à chacune de ses images, déconstruisant ainsi son caractère authentique de documentaire. Il raconte aussi la fascination du personnage de Buñuel pour le traitement violent infligé aux animaux, qu’il décide alors de filmer, quitte à prêter la main au destin pour que l’image soit encore plus puissante, jusqu’à mettre à mort l’animal lui-même.
Caméra et micros des médias
Chronique

Devant les images du Coronavirus : Réalisme de crise

29 mars 2020
Ce 29 mars 2020, plus de 3 milliards d'habitants sont confinés sur la planète, réduits à l'observation d'une crise mondiale provoquée par une pandémie de maladies à coronavirus. Les lignes qui suivent ont été écrites par un spectateur idiot, si l'on veut bien entendre par là, dans le sillage de Deleuze, celui qui n'a pour lui que la raison naturelle, sans les béquilles d'aucune vérité révélée ou tradition livresque. Elles témoignent d'un rapport au monde qui passe par les images, s'épuise dans les images, informées par les pouvoirs médiatique et politique. À ces images sont arrachées quatre formes de réalisme de crise qui s'offrent comme autant de tentatives d'en sortir.
Otis (Asa Butterfield) et Eric (Ncuti Gatwa) devant le lycée dans Sex Education
Rayon vert

« Sex Education » : Ouvrir les bonnes portes

25 mars 2020
Une des originalités de « Sex Education » consiste à utiliser les portes comme un motif esthétique récurrent. Les personnages les poussent avec la curiosité des premiers explorateurs, tantôt avec joie et désir, tantôt pour se rattraper et s'excuser, tantôt encore pour vérifier qu'un possible, aussi incertain soit-il, puisse se réaliser. Jusqu'à rencontrer l'épiphanie.
Glenn Close et Jeremy Irons à table dans Reversal of Fortune
Le Majeur en crise

« Le Mystère von Bülow » de Barbet Schroeder : Diamant noir

21 mars 2020
À partir d'un fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire au mitan des années 1970-1980, « Le Mystère von Bülow » de Barbet Schroeder tient les deux grands versants du jeu social : le formalisme juridique, rappelant au droit que sa vérité tient des verdicts, c'est-à-dire moins de la vérité que d'un régime qui est celui de la véridicité ; le formalisme des rôles sociaux, qui sont des masques d'ambiguïté derrière lesquels il n'y a personne, sinon un sujet qui est toujours plus et moins que lui-même.
Jeanne (Noémie Merlant) sous le manège Jumbo dont elle est amoureuse
Rayon vert

« Jumbo » de Zoé Wittock : La prochaine terre natale

16 mars 2020
Avec « Jumbo », Zoé Wittock choisit de protéger le fantastique d'une existence poétique et mystérieuse, celle de Jeanne et son imaginaire peuplé de machines. Le film évite par là tout recours à la psychopathologie explicative. L'existence de Jeanne est ainsi tournée vers le futur et un monde où elle pourra vivre en harmonie autant avec sa famille que ses machines.
Le concept "Drunk Shakespeare"
Histoires de spectateurs

« Drunk Shakespeare » : Profession de foi du comédien ivre

12 mars 2020
Le concept de « Drunk Shakespeare », en plus de proposer l’expérience plaisante d’une parodie de « Macbeth » plus ou moins improvisée, raconte quelque chose de singulier sur le rapport entre le comédien, le spectateur et l’ivresse. Au théâtre du haut, sérieux, tragique et sobre, répondrait alors un théâtre du bas, parodique, improvisé et donc ivre.
Sara Forestier et son mari violent dans Filles de joie
Critique

« Filles de joie » de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich : Steak haché Power !

7 mars 2020
Sur les plateaux TV et dans la presse, « Filles de joie » de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich a été présenté comme un film de super-héroïnes. Or, les trois prostituées optent pour le revenge porn et sont plutôt animées par le ressentiment, la suspicion et la vengeance la plus bête qui soit : à la justice, elles opposent leur volonté de se débarrasser elles-mêmes des hommes. Dans ce contexte, la fiction héroïque ne fonctionne pas. Elle est d'autant plus inopérante que le réalisme creux du film limite sans surprises le pouvoir réel qu'auraient pu avoir ces femmes, qui échappent très difficilement, et de manière tout à fait malheureuse, à leur condition fataliste de « steak haché » (comme le dit Sarah Forestier). C'est peut-être au fond la seule chose que ce type de cinéma dénonciateur peut nous dire.
Marina Otero et les négatifs de ses photos dans Histoire d'un regard
Rayon vert

« Histoire d'un regard » de Mariana Otero : Sept fois Gilles Caron

4 mars 2020
« Histoire d'un regard » est l'histoire de l'apprentissage d'un secret. Dans les photographies de Gilles Caron regardées par Mariana Otero se tissent à la fois le récit d'intimes nœuds affectifs et la fiction des nouages subjectifs de l'extimité. Il y a de la hantise qui trame le texte des subjectivités et le textile des images en relance la navette qui est celle du désir de poursuivre dans la suite du monde et l'aventure des regards, à la fois tissage et apprentissage.
Bing Bong et Joie dans Vice-versa (Inside Out)
Rayon vert

« Vice-versa » de Pete Docter : Bing Bong et les couleurs de l’oubli

29 février 2020
Bing Bong, l'éléphant qui incarne la figure chimérique de l'imagination enfantine, est le premier personnage de l'univers Pixar à être véritablement oublié. Par là, « Vice-versa » de Pete Docter traite d'une thématique qui traverse toute la filmographie du studio : la mémoire, mais aussi l’oubli du monde enfantin et le désenchantement qui l'accompagne.
Mark Ruffalo chez le fermier dans Dark Waters
Le Majeur en crise

« Dark Waters » de Todd Haynes : West Virginia Way

25 février 2020
« Dark Waters » de Todd Haynes suit le combat d'un avocat éclairé pataugeant dans les eaux noires des manipulations chimiques et juridiques de l'industrie DuPont. Sa seule chance : puiser dans l'intensité de ce qu'il reste des eaux claires et lumineuses du passé et de ceux qui luttent.
Bobi Jewell (Kathy Bates) en larmes dans les bras de son fils (Paul Walter Hauser) dans Richard Jewell
Le Majeur en crise

« Le cas Richard Jewell » de Clint Eastwood : L'anomalie héroïque

23 février 2020
Les héros paradoxaux d'un héroïsme désœuvré obsèdent toujours plus le cinéma de Clint Eastwood à l'âge de son crépuscule : Richard Jewell est en effet un héros possédé par cette mélancolie d'un héroïsme qui n'est plus qu'une possibilité à l'époque du tournant parodique des grandes institutions de la démocratie en Amérique, au point d'apparaître pour elles comme une anomalie à clouer au pilori.
Margot Robbie en Harley Quinn sème le chaos dans Birds of Prey
Critique

« Birds of Prey » de Cathy Yan : L'émancipation d'une anti-héroïne

16 février 2020
« Birds of Prey » n'est pas un énième film de supers-héros (ou de supers-méchants pas si méchants) devant sauver le monde mais le portrait d'une femme qui cherche à s'émanciper. Séparée du Joker, Harley veut désormais exister par elle-même. Considérée par tous les hommes qu'elle croise comme une fille facile ou une idiote, la jeune femme, titulaire d'un doctorat en psychiatrie, ne va pourtant pas cesser de revendiquer son statut d'intellectuelle.
Les beuveries dans les films de Hong Sang-soo
Critique

Bar digital n°2 : Gueule de bois ?

10 février 2020
Accoudés au bar digital, avec tout le panache et les emportements qui vont avec, nous revenons, en ce mois de février 2020, sur la dixième cérémonie des Magritte du cinéma belge, un bilan cinéma du journal « Le Soir », « Werk ohne Autor » de Florian Henckel von Donnersmarck sacré par l'UCC et le dernier « Star Wars ».
Le couple dans l'herbe dans Une vie cachée
Critique

« Une vie cachée » de Terrence Malick : Bulles de savon et plafond cathédrale

5 février 2020
Avec « Une vie cachée », le cinéma de Terrence Malick ne retrouve pas la tension féconde entre le paradis intemporel de l'amour et la griffe de l'histoire qui le nourrissait de « Badlands » à « Tree of Life » : empesé d'une religiosité abondamment soulignée dans une grande forme jouant pendant trois heures les grandes orgues, « Une vie cachée » ne se donne que comme l'église de ceux qui n'en ont pas.
Bleak Moments de Mike Leigh avec Anne Raitt et Sarah Stephenson
Rayon vert

« Bleak Moments » de Mike Leigh : Habiter le trouble

28 janvier 2020
Avec ce premier long-métrage de fiction paru sur les écrans en 1971, Mike Leigh met en scène les « bleak moments », ces moments troubles entre chien et loup, nichés et ensauvagés au cœur des rencontres, qui traverseront régulièrement son œuvre.
Thomas Gioria et Fantine Harduin en bateau dans Adoration
Rayon vert

« Adoration » de Fabrice du Welz : L'envol de l'amour sauvage

25 janvier 2020
Conte initiatique, « Adoration » de Fabrice du Welz est travaillé par la rencontre de deux histoires, celles de Paul et de Gloria, qui s'unissent par contamination et absorption, manipulation et résurrection. Une union qui tendra à l'élévation amoureuse, à l'image – sublimée à l'écran – de l'envol des grues cendrées.