Kamal Aljafari est un archonte, tous ses films s’en expliquent. Son cinéma de « seconde main » retourne en effet les images en misant sur leurs mobilité et liberté, à les dérouter de leur fixation archiviste au nom des hétérochronies dont elles sont secrètement les nids. Tous les futurs antérieurs plaident pour ceci que la mémoire a de l’avenir parce que l’oubli en a aussi. L’archive palestinienne attend alors dans le temps qu’un geste de restitution et de justice, constitutif de regards et d’avenir, interrompe la confiscation opérée par Israël. A Fidaï Film se dit explicitement une œuvre de combat. Par quelle ruse son auteur a-t-il réussi à obtenir copie de dizaines de films parmi les plus de 150 pillés par l’armée israélienne à Beyrouth en 1983 ? La seconde main rebat les cartes que la première a confisquées. Et se fait troisième main en fondant l’autorité de son archonte depuis la destitution israélienne de la souveraineté palestinienne, qu’elle destitue pour l’occasion. De la seconde main à la troisième, le contre-vol est un devoir dont une aile est de destitution (contre la prédation israélienne), l’autre de restitution (pour une autorité palestinienne déplumée par la colonisation). Leur suture assure ainsi l’autorité de l’archonte qui sait redonner à des images au cachot les regards qu’elles attendaient.
