Quand Homère racontait l'histoire d'un homme qui mettait dix ans à rentrer chez lui, Christopher Nolan raconte avec L'Odyssée l'histoire d'une industrie qui ne sait plus attendre dix secondes. Hollywood est ainsi moins l'ennemi de Nolan que sa vérité. Car Christopher Nolan ramènera toujours l'inconnu à ce qu'il connaît déjà : le blockbuster comme horizon indépassable de l'imaginaire. Depuis Memento, on raconte pourtant qu’il fait dans le blockbuster intelligent, quand il prétend filmer le temps. La formule est devenue un lieu commun. Cependant, Christopher Nolan ne filme jamais le temps. Il filme son quadrillage. Chez lui, le temps est une marchandise parfaitement administrée. Or, à force de vouloir le maîtriser, Christopher Nolan le remplace par l'espace. Toujours plus grand : plus de figurants ; plus de navires ; plus de vedettes ; plus d'IMAX. Comme si la grandeur pouvait compenser ce que le cinéma perd à mesure qu'il grossit. Il y a là une obscénité de l'efficacité dont il faudrait enfin prendre la mesure.
