Rebecca est le premier film hollywoodien d’Alfred Hitchcock et le cinéaste anglais est allé à Hollywood comme son héroïne entre dans Manderlay. Le château de conte de fées est l’antre d’un dragon : pour elle, l’absente que tout le monde vénère jusqu’à faire d’elle une intruse, une doublure privée même de son nom ; pour lui, David O. Selznick qui remportera l’Oscar du meilleur film sur son nom gagé sur son statut de producteur, et non celui de son réalisateur. Le style hitchcockien y est corseté, tenu à l’étroit des deux côtés, par la littérature psychologique de Daphné du Maurier et les pesanteurs du décoratisme. Il y inscrit pourtant ses tropes, aveu, chantage et indistinction entre innocent et coupable, en collectant les éléments d’un romantisme gothique et noir qui imprégnera d’autres films hollywoodiens de la décennie. Surtout, la revoyure est récompensée de son obstination avec deux miracles qui diagonalisent le soupçon d’académisme. L’aveu impossible et un chien nommé Jasper éclairent en mineur d’autres pistes qui racontent autrement une histoire du cinéma qui est aussi de cinéphilie.
