Maël Mubalegh

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« Entre moi-même et la vie se tient une fine surface vitrée. Bien que je puisse reconnaître et comprendre la vie avec netteté, je ne peux pas la toucher. » Ces quelques mots du narrateur évanescent du Livre de l'intranquillité saisissent en négatif, sans doute mieux que je ne pourrais le faire, ce qui constitue pour moi l'expérience de spectateur : substituer à la vitre qui, dans la vie vécue, m'offre et m'obstrue la vue tout à la fois, celle, plus honnête – et en un sens plus réelle – que délimite l'écran de cinéma.

Heike Parplies : Un montage taillé pour les personnages

Lauréate du prix du meilleur montage de la Film- und Medienstiftung NRW pour Everyone else et Toni Erdmann, Heike Parplies sublime le travail de Maren Ade, l‘une des cinéastes les plus reconnues du jeune cinéma allemand. Nous l'avons rencontrée à la troisième édition du festival « Les Monteurs s'affichent ».

« Le Roman de Werther » de Max Ophüls : Impossible n’est pas français

Sans relever une seule seconde du film à thèse, « Le Roman de Werther » de Max Ophüls est une démonstration par les images que le texte de Goethe est tout bonnement incompatible avec l’esprit français.

Michael Haneke : 71 Fragmentations d’un consensus critique avec Sarah Chiche

L'auteur de l'Éthique du Mikado se penche avec nous sur quelques singularités qui fragmentent le consensus critique qui entoure la réception de « Happy End ». Questions, notamment, de tendresse et de moyens de mourir ou de se laisser mourir, mais aussi de tuer ou de se laisser tuer.

Le Cinéma de Valeska Grisebach : Toute la Tendresse du Monde

Le miracle des films de Valeska Grisebach n’est peut-être rien d’autre que cette ontophanie de l’ordinaire qu’ils rendent possible, cette révélation quasi photographique du banal qui se produit à chaque instant dans les corps, qu'ils soient au travail ou emportés par la danse.

« Certaines Femmes » de Kelly Reichardt

Kelly Reichardt opère une constante déstabilisation du regard : tout en enracinant ses personnages dans un microcosme prosaïque, elle les abandonne à leurs errements dans une immensité aussi aride qu’accueillante, terrain d’une poétique de la déviation...

Le temps de l’aventure : Entretien avec Antoine Desrosières

Antoine Desrosières nous a accordé un entretien substantiel : l'occasion d'évoquer sa carrière atypique dans le panorama du cinéma français, et le tournant qu'a constitué pour lui son moyen-métrage, Haramiste, avec la belle rencontre d'Inas Chanti et Souad Arsane.

« Haramiste » : Portrait du cinéaste en jeune fille

Avec Haramiste, Antoine Desrosières a choisi d'arpenter le chemin tortueux d'un certain cinéma de la cruauté : comme une gigantesque machination théâtrale, comme un complot libidinal de tous les instants...

« Desperate Hours » : Cimino aux heures désespérées du Nouvel Hollywood

La Maison des Otages peut être lu comme un manuel de survie cinématographique : il y a là comme une invitation à jouir de façon presque enfantine du spectacle que nous offrent les images, en dépit de l'amertume et de la désillusion qui en constituent le revers.

« Dressé pour tuer » : Critique de la culture par Samuel Fuller

Quelques notes sur « Dressé pour tuer » (1982) de Samuel Fuller, sous l'horizon conceptuel de l'aphorisme 74 de « Minima Moralia » (1951) d'Adorno : D'une critique de la culture logée dans l’interstice entre la civilisation et la nature, ouvrant un point de vue utopique sur la réalité mise en scène...

« La Taularde » : Questions à Audrey Estrougo

Audrey Estrougo revient avec "La Taularde", thriller carcéral d'une vigueur insurrectionnelle et d'une intelligence rares dans le cinéma français. Au cours de l'entretien qu'elle nous a accordé, la cinéaste a éclairé ses choix de mise en scène en affirmant la singularité de sa démarche.

Chut chut… chère Sophie : « La Taularde », d’Audrey Estrougo

Avec "La taularde", Audrey Estrougo confronte deux réalités a priori incompossibles : d'une part l'aura inébranlable de Sophie Marceau, la petite fiancée des Français ; d'autre part la société carcérale, entre amalgame et déviance revendicatrice. Portrait d'une défiguration et refiguration.

Prisonniers du désert : sur Terrence Malick, Bruno Dumont et Werner Herzog

Dans Knight of Cups, Terrence Malick subvertit les données du roman de chevalerie ou du récit picaresque pour faire affleurer à leur surface ce qui serait le squelette d’une sensation ou d’un souvenir. Analyse de l’expérience et de l’épreuve du temps chez Malick, Dumont et Herzog.

Le prix de la fiction 1 : Entretien avec Christoph Hochhäusler

À l'occasion de la sortie en vidéo à la demande de son dernier film, « Les Amitiés invisibles » (« Die Lügen der Sieger »), nous avons pu interroger Christoph Hochhäusler sur le travail de mise en scène qu'il a spécifiquement déployé sur ce projet.

Le prix de la fiction 2 : Film libéralisme

« Toni Erdmann » et « Les Amitiés invisibles » interpellent par l'ambition commune qu'ils nourrissent, à savoir une critique du libéralisme contemporain plus ou moins voilée dans l'apparente inoffensivité de la forme : screwball comedy potache pour M. Ade, thriller politique pour C. Hochhäusler.

Heurts et malheurs : sur « Spetters » de Paul Verhoeven

À passer outre le parfum de scandale qui entoure Spetters, nous découvrons un film bouleversant, dont la noirceur est proportionnelle au lyrisme qui habite chacun de ses plans : heurts, malheurs, rixes, accidents et heureuses coïncidences fourmillent dans ce chef d'oeuvre de Paul Verhoeven.

Paul Verhoeven : La Vie projetée

De Total Recall à Elle, en passant par Basic Instinct, Showgirls, ou encore Black Book, retour sur quelques films de Paul Verhoeven pour une Apocalypse et une éthique du regard au service de la vie.