Il faut se lever tôt pour goûter au luxe que prisent les petites gens d’Alger : avoir la plage rien qu’à soi et il y faut mettre le prix. La famille Bouderbala connaît la musique, douce au lever du jour avant de saturer une fois la matinée bien avancée. Mais il y en a des tonnes d’autres, des familles Bouderbala, ainsi les Kadouri qui surenchérissent dans la privatisation afin de goûter au même trésor. Merzak Allouache connaît la musique par cœur, lui aussi, en tirant une chakchouka bien épicée de la comédie des biens rares et des promiscuités qui les dilapident. Les couleurs en sont connues, vert des jeunesses aux aspirations contrariées et rouge des rivalités rancies, que relève le piment d’une persévérante sagacité. On n’apprend ni à un vieux singe à faire la grimace, ni à un cinéaste de 80 printemps qui a fait entrer dans nos vies Omar Gatlato à tendre le cuir servant à battre le tambour des vagues les plus profondes. La poêlée des promiscuités aura si bien mijoté, la cuisson au poil, qu’elle sait faire justice à la saveur d’un peuple qui a payé cher le droit de se haïr pour son plus grand plaisir.
