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La grande salle du Cinéma Galeries à Bruxelles
Histoires de spectateurs

Guide pratique des cinémas bruxellois à destination du cinéphile et du touriste

Guillaume Richard
Dans ce guide pratique et ludique des cinémas bruxellois, nous partageons une expérience spectatorielle à destination du cinéphile éclairé et du touriste de passage. Ce guide donne aussi bien un aperçu du patrimoine florissant sur les ruines de l'âge d'or des cinémas de la ville que des conseils pour bien choisir sa salle et éviter les pièges. Vous êtes de passage à Bruxelles et vous ne savez pas quel cinéma choisir ? Suivez le guide !
Guillaume Richard

 

Pour mon frère Mathieu et ses 10 films aimés en 15 ans de cinéma.
Qui est le plus pénible des deux, cela reste à trancher !

 

Petit guide pratique des cinémas de Bruxelles pour la meilleure expérience spectatorielle possible

 

Fréquenter les cinémas de Bruxelles est tout un art qui mérite bien un petit guide pratique à destination de tous les publics, qu'ils soient cinéphiles assidus, spectateurs du dimanche ou touristes qui n'ont pas le temps de se familiariser avec la subtilité de la micro-géographie toujours singulière des salles de cinéma dans une ville. Il est évident que ce texte livrera selon moi l'expérience premium qui vous permettra de me laisser une note de cinq étoiles pour la qualité du service (n'hésitez pas). Par contre, beaucoup d'entre vous pourraient ne pas s'y retrouver et même figurer malheureusement dans mes cibles et mes tips pour éviter que vos projections ne tournent au cauchemar. Si vous me laissez un commentaire négatif, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, je le comprendrai tout à fait. De toute façon, ma carrière de guide touristique est depuis longtemps avortée et je ne lancerai jamais mon propre business, surtout que Bruxelles n'est pas une ville qui existe dans l'imaginaire cinématographique et télévisuel, à l'exception notable du Bruxelles de Chantal Akerman — un Akerman's tour serait-il néanmoins rentable ? D'abord parce que je suis nul en langues et que je n'ai aucun goût pour ça. Ensuite, si je devais conduire un bus à double étage et assurer en même temps le commentaire, ce serait impossible car je n'ai pas le permis de conduire. Enfin, un tassement des vertèbres au bas du dos, non-opérable, m'empêche d'organiser de longues visites, provoquant la même douleur que deux heures passées à déambuler dans un musée. Ces incommodités et d'autres léguées dans mes gènes ont sans doute un peu déterminé le fait que je sois devenu cinéphile, soit une pratique qui nécessite principalement d'être assis dans une salle ou couché dans son divan. Être guide touristique spécialisé en cinéma est voué à l'échec car Bruxelles n'est pas Paris ou Los Angeles. La culture cinéphilique y est beaucoup plus confidentielle. Imaginerait-on un tour guidé des appartements et maisons des stars du cinéma belge ? Ceux de Luc Dardenne, Jeanne Brunfaut ou Laurent Capelluto ? Qui pourrait d'ailleurs dresser une histoire convaincante de la cinéphilie à Bruxelles ?

Une longue étude que j'avais menée en 2021 pointait déjà les grandes différences entre la Belgique et la France. La situation à Bruxelles n'est pas non plus dramatique, loin de là, elle évolue positivement, même si au moment d'écrire ces lignes, de nombreux films sortis en France continuent d'être ignorés par les distributeurs belges. L'offre est néanmoins variée et globalement de qualité, renforcée par l'arrivée du pass Cineville qui a très largement redéfini les pratiques en donnant accès à la plupart des cinémas art et essai de la ville et en faisant revenir dans les salles avec succès (certes plus ou moins 15.000 abonnés à ce jour mais plus de 500.000 entrées cumulées au mois d'avril 2025) un public plus jeune (50% des abonnés ont moins de 30 ans). On peut la considérer comme « la petite carte qui sauvera le cinéma d’auteur »(1) et qui pourrait sur le long terme fortement contribuer à étendre la richesse de l'offre de films en Belgique et rattraper ainsi les disparités avec notre voisin. Le spectateur bruxellois peut acquérir la carte UGC et le pass Cineville pour avoir accès à quasiment tous les films à l'affiche, en plus de la Cinematek et du Nova. Avant, nous devions descendre régulièrement en France pour voir tous les films qui ne sortaient pas (ceux de Hong Sang-soo, Victor Erice et tant d'autres), au point où l'idée de monter une petite affaire m'était venue : organiser des voyages cinéphiles d'une journée à Lille avec deux films au programme et un Welsh dans un estaminet traditionnel, ou bien des abats au Passe Porc dont les tripes à la framboise sont délicieuses. Mais à nouveau, aurais-je pu remplir mon bus ? Ce projet ne fait plus sens aujourd'hui car la carte UGC belge ne fonctionne plus en France après une refonte juridique et financière. J'ai dès lors considérablement revu mes ambitions à la baisse pour seulement aiguiller, avec ce guide virtuel, les touristes et les indécis. Et compatir ou me réjouir avec les cinéphiles locaux. Le parcours proposé sera court puisqu'il n'existe plus que treize cinémas à Bruxelles contre des centaines au milieu du siècle dernier, dont certains possédaient des salles de plusieurs milliers de sièges. L'essai de Marc Truelle résume en détails la richesse de cet âge d'or qui apparaît aujourd'hui si lointain.

Notre guide, répétons-le, sera subjectif car il a été conçu au départ d'une somme d'expériences qui diffère d'un spectateur à l'autre. Mais nous pensons quand même que certaines expériences ont été partagées par d'autres cinéphiles bruxellois. Avant de commencer notre tour, il est encore important de préciser qu'il existe au moins deux manières d'aller au cinéma qui conditionnent le processus de réception spectatorielle. Soit vous êtes cinéphile et vous aimez aller seul en salle, cette solitude étant le meilleur moyen de découvrir un film attendu ou non. Soit vous y allez accompagné et cette interaction sociale influencera d'une manière ou d'une autre votre réception du film et la manière dont vous allez le partager. Nous renvoyons ici au livre de Laurent Jullier, Qu'est-ce qu'un bon film ?, et à ce qu'on pourrait appeler la « vie interactive et sociale » d'un film. Votre guide du jour privilégie la première disposition, qui fait office de rituel avec tout ce que cela comporte, même si je vois un film par semaine avec mon frère et parfois avec des amis ou avec une copine, ou encore en date. C'est que je n'aime pas parler après une séance, j'ai besoin que le film, quand je l'ai aimé, s'empare de moi, dissémine sa puissance et ses intensités, et me laisse silencieusement vivre avec ce que j'y ai vu et senti. De cette expérience première naîtra un texte ou une indignation. Quand je suis accompagné, le film peut bien sûr engendrer le même processus, mais ma disposition est différente. Je suis en effet plutôt pénible pour celui qui m'accompagne car mon côté iconoclaste prend le dessus sur la solennité. L'expérience décrite par Pauline Kael se vérifie : aller au cinéma peut relever d'une souffrance qu'il faut extérioriser quand on se sent insulté ou écœuré, « une position qui peut paraître morale à l'excès, mais elle est due à une sensation de trop-plein et de dégoût esthétique »(2). Je souffre beaucoup plus devant les films d'auteur, belges et internationaux, que devant les blockbusters. Je ne peux pas m'empêcher de partager ma colère à mon voisin, en soufflant, en levant les yeux au ciel et en cherchant dans son regard la même indignation. L'envie est forte de se lever pour interpeller les spectateurs quant à la nullité du film, à la façon de Yannick de Quentin Dupieux, ou de vouloir arracher les sièges comme un hooligan dans un stade de football. À la fin de la projection, je ne peux m'empêcher de dire la même phrase, « J'espère qu'il y aura un 2 ! », ou de faire semblant d'applaudir quand les autres spectateurs le font sérieusement ou pas, surtout quand le film pèse bien lourd ou s'est montré aussi divertissant qu'attendu. Pendant les bandes-annonces, là aussi je m'exclame systématiquement « On ira. Enfin un grand film ! » et en réponse aux pubs pour les sodas, « Bon, j'ai soif, je vais en chercher un ». Pénible, vous ne trouvez pas ? Je pense que certains amis refusent désormais de m'accompagner. Quoi qu'il en soit, le petit tour des cinémas de Bruxelles que je vous propose convient pour tous les publics, pour les solitaires, la sortie avec un(e) ami(e) ou la séance en amoureux.

Avant d'enfin commencer notre visite guidée des cinémas bruxellois, entendons-nous encore sur quelques dispositions utiles et recommandables. Tout d'abord, veillez à vous installer dans un siège qui permet à votre vision de se situer au maximum dans un angle de 90° par rapport à l'écran qui doit donc toujours être à hauteur de vos yeux ou plus haut. Le fameux principe de Jean-Luc Godard conserve sa pertinence : « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse ». Pour ma part, je considère que l’amplitude idéale se situe entre 30° et 65°. Je ne suis pas de ceux qui préconisent de s'installer au premier rang comme c'était la coutume chez les cinéphiles parisiens aux grandes heures de la cinémathèque française et des cinémas de quartier. Horizontalement, il faut aussi avoir une vue sur l'écran d'une amplitude d'au moins 90° pour voir tous les détails. Donc notre regard doit être orienté verticalement à > 90° et horizontalement à < 90°. L'écran doit nous surplomber et retrouver son immensité, peu importe sa taille, afin de mieux déjouer encore tous nos savoirs et nos attentes. Je vous recommande chaudement de vous approprier cette loi du 90° et de vous installer toujours entre le troisième et le cinquième rang, entre le quatrième et le septième si la salle est très grande. Si vous allez à l'encontre de cette règle, alors, comme le disait Nanni Moretti à propos de ceux qui aiment Michel Franco, nous ne pourrons pas être amis — enfin si quand même, bien sûr, si nous partageons nos goûts et une morale similaire ! Quelle idée de s'installer tout en haut et de regarder l'écran en plongée qui vous apparaît presque lointain. Dans certaines salles, l'écran est trop haut, il faut trouver la bonne place car votre vision pourrait se retrouver très vite à 120° et plus. Bien entendu, l'expérience de réception d'un film est multiple et ne dépend pas de la place occupée dans une salle de cinéma. Ma cinéphilie s'est d'ailleurs construite sur un écran d'ordinateur et de télévision. Quoi qu'il en soit, mieux vous connaissez les salles, au mieux vous pouvez les choisir en fonction du film que vous allez voir. Les sites web des deux UGC, des Galeries et de l'Aventure le permettent. De plus, si vous passez une mauvaise séance dans une salle et pour un film précis, elle risque de se reproduire à l'avenir, donc vous pouvez vous fier à votre expérience. Si vous êtes allergiques au bruit de nourriture, le Palace doit être votre premier choix, même si rien n'empêchera jamais ceux qui ont besoin de bouffer pendant un film de le faire.

 

Les UGC De Brouckère et UGC Toison d'or

 

Quand je suis arrivé à Bruxelles en 2010, les deux UGC du centre ville faisaient office d'incontournable. La possibilité d'acquérir la carte UGC pour 16,90 € par mois à l'époque (21,90 € en 2025) offrait la meilleure solution, d'autant plus qu'il est devenu rapidement possible de l'utiliser au Cinéma Galeries. L'accès y est facile, peu importe l'endroit d'où vous venez, grâce aux transports en commun (trams, métros et bus) et aux parkings de délestage. La différence entre les deux complexes est bien connue et n'a pas changé. L'UGC De Brouckère présente l'offre la plus commerciale dominée par une déclinaison de films américains (les blockbusters, les films d'horreur et les séries B) et les comédies françaises les plus nulles (par exemple, récemment, Marius et les gardiens de La Cité Phocéenne avec Soprano). L'UGC Toison d'or propose quant à lui une offre mixte et presque équilibrée entre films commerciaux incontournables et cinéma d'auteur. Vous n'y verrez pas les films les plus pointus mais ceux qui dominent les circuits arts et essai (Almodovar, Loach, etc.) et les champions de festivals. Le prix de la place s'élève à 13,90 € et à 14,90 € pour les salles dites de « prestige », à savoir le Grand Eldorado à De Brouckère et la salle une à Toison d'or. Depuis peu, il n'est plus possible de se placer librement en salle. Un système de réservation impose au spectateur de choisir son siège en sachant que certains se trouveront sur les vôtres et qu'ils vous feront chier lorsque vous leur demanderez de bouger. Mais putain sélectionnez directement cette place si c'est celle-là que vous voulez ! Les seules confrontations que j'ai eues se sont produites avec des personnes très âgées et méprisantes. Celles-ci sont bien pires que les bandes de jeunes qui ont au moins le mérite de vivre le film. Elles m'encouragent à fuir ces deux cinémas où une partie des personnes âgées se croient dans leur salon sans se soucier des autres spectateurs.

Depuis quelques temps, un changement remarquable s'est produit dans les deux UGC : les toilettes ne sont plus payantes. Elles sont maintenant nettoyées par un autre service de cleaning qui ne nécessite plus l'emploi des madames pipi. Pour un cinéphile qui enchaîne et boit beaucoup d'eau, ça compte, puisque le besoin de pisser peut venir jusqu'à cinq fois par jour. De plus, même si les dames pipi méritent le plus grand respect pour le travail qu'elles effectuent qui est proportionnel au peu de respect que certains spectateurs leur accordent, certaines pouvaient avoir des trous de mémoire et oublier que vous aviez payé les 40 cents, ce prix bien encombrant qui nous garantissait une belle réserve de petite monnaie... Elles pouvaient parfois crier à la filouterie et appeler la sécurité malgré notre bonne foi. Il est difficile de comparer la qualité des deux services. Il faut toujours sautiller entre les urinoirs pour ne pas avoir les chaussures collantes et, une fois sur deux, quand vous ouvrez la porte des toilettes, il reste de la merde sur la planche ou dans le pot, bien enroulée dans une tonne de papier qui bouchera assurément les tuyaux si vous tirez la chasse. La situation est moins dramatique qu'à l'UGC Toison d'or où des sans-abris arrivent à squatter les salles pour piquer un petit somme, peu importe le film qu'ils "choisissent".

Le Grand Eldorado à De Brouckère est sans conteste la plus belle salle de la ville. D'inspiration Art Déco, elle renvoie au passé colonial de la Belgique car les fresques des murs décrivent des scènes se déroulant au Congo anciennement occupé. Étonnamment, elle n'a pas encore été cancellée (parce qu'elle est classée au patrimoine culturel national ?), à l'instar du tunnel Léopold II qui a pris le nom d'Annie Cordy (pour les non-belges : ce n'est pas une blague). Voici déjà quelques suggestions pour le renommer : la salle Princesse Elizabeth, la salle Virginie Efira ou encore la salle Adelaïde Charlier. Quoi qu'il en soit pour le moment, le Grand Eldorado offre des conditions idéales pour découvrir un film, surtout quand il s'agit de blockbusters qui ont de toute façon la priorité. Seul bémol : la climatisation se trouve à la hauteur de l'écran, ce qui fait apparaître sur celui-ci des petits nuages d'air bien visibles quand l'image a des tons clairs. Avant, la climatisation était poussée au maximum, même en hiver, et il fallait toujours amener un pull et une écharpe, ce qui pouvait décourager de choisir cette salle. Je suppose que des gens se sont plaints de cette absurdité puisqu'il y fait aujourd'hui moins froid. Le Grand Eldorado est à lui seul un vestige de cet âge d'or de l'exploitation cinématographique en Belgique qui mérite le coup d’œil si vous êtes cinéphile. Installez-vous entre le quatrième et le huitième rang et votre expérience sera inoubliable, mais certainement pas à gauche ou à droite de l'entrée, sauf si votre but est de vous galocher pendant deux heures, alors personne ne vous dérangera.

Plusieurs autres salles de l'UGC Brouckère sont agréables à fréquenter. La dix, qui est la deuxième plus grande du complexe, offre des bonnes conditions de projection, avec le souvenir marquant d'y avoir vu Mad Max : Fury Road. Installez-vous au troisième ou quatrième rang de préférence. Les salles cinq, six et onze sont aussi recommandables. Par contre, c'est moins le cas des salles un à quatre, qui se situent au niveau zéro et moins un. Je tombe pourtant dessus régulièrement car c'est là que les films d'horreurs sont projetés de manière récurrente. L'écran est souvent beaucoup trop grand par rapport à la disposition de la salle. Si vous arrivez un peu trop tard, vous serez obligés de vous installer devant et vous serez écrasés par l'écran. Dans la salle trois ou quatre, la lueur verte de la sortie d'urgence recouvre la partie inférieure gauche de l'écran. Et dans une ou deux salles dont j'ai oublié les numéros, les lumières des couloirs sont parfois visibles sur le haut ou le bas de l'écran pendant toute la projection. Sinon, dans l'ensemble, l'UGC Brouckère, qui attire un public plus jeune et friand de divertissement, est agréable à fréquenter et je n'ai jusqu'à présent pas arrêté de le faire.

Je me rend par contre moins souvent à l'UGC Toison d'or depuis que la carte Cineville m'a ouvert les portes d'autres cinémas plus agréables comme le Palace ou le Vendôme. Pourquoi ? Hormis la salle prestige que je peux encore choisir pour découvrir certains films, et la salle quatre, voire les salles deux et trois, j'ai passé trop de temps dans les autres salles qui sont petites et mal agencées, et surtout dans la salle douze qui est incontestablement la pire de Bruxelles. Quand je me rends par défaut à l'UGC Toison d'or, je vérifie systématiquement sur leur site que je ne vais pas tomber sur cette maudite piaule ! Elle compte six ou sept longues rangées qui font face à un écran d'une même longueur situé à quelques mètres du premier rang. L'écran n'est ainsi pas placé sur la largeur de la salle mais sur la longueur. Seule une poignée de places convenables offre un peu de profondeur et elles sont souvent réservées ou occupées à l'avance. De plus, de mémoire, l'écran n'est pas lisse et laisse apparaître une sorte de léger quadrillage. Je garde quand même le souvenir d'une séance mémorable, en 2015, de Ce sentiment de l'été de Mikhaël Hers, comme quoi tout peut arriver. J'étais cependant assis à l'une des rares bonnes places que compte la salle, et j'étais dérangé, sans conséquences, par un lourdaud derrière moi qui se plaignait de la toute relative lenteur du film. En tout cas, de préférence, fuyez toujours la salle douze, ainsi que les cinq salles, de la dix à la quatorze, qui ne se trouvent pas dans la galerie principale. Évitez donc cette extension du cinéma qui se trouve quelques centaines de mètres plus haut sur l'avenue car les salles sont petites, mal pensées et inconfortables, même si un bon positionnement dans la salle treize, par exemple, est tolérable.

La salle une, la plus grande du complexe, offre tout le contraire. Les conditions de projection sont idéales avec son écran gigantesque. Comme d'habitude, veillez à vous installer devant, entre le cinquième et le huitième rang, plus ou moins au même niveau que les escaliers où s'effectue l'entrée. La salle quatre, qui se trouve au bout d'un long couloir, est également à recommander. J'y ai vu Carol de Todd Haynes dans toute sa splendeur, avec ses couleurs pastelles et ses jeux de lumière qui ont disparu lors de son passage à la télévision (je ne possède pas le blu-ray pour vérifier la qualité de la galette et de sa compression). Idem pour The Lost City of Z de James Gray, une projection mémorable qui a fait honneur à la photographie et au travail sonore du film. Avoir ses préférences en matière de salle peut ainsi reposer sur quelques projections comme celles-là qui justifient à elles seules la découverte de certains films au cinéma puisque, selon le célèbre mot de Serge Daney sur la différence entre la projection optique et la vision sur tube électronique, « la télé n'est pas faite pour voir, mais pour visionner »(3). Quant aux autres salles, je ne m'y rends qu'en dernier recours car elles sont souvent fréquentées par des personnes âgées bruyantes et probablement peu concernées par la passion cinéphile, ou des "bourgeois" qui ne semblent pas connaître les règles de base de la politesse. Ou alors je suis vraiment malchanceux et dans ce cas j'espère me tromper. Un exemple pour vous donner une idée du niveau. Je décide d'aller voir en 3D Anselm : Le bruit du temps de Wim Wenders un dimanche après-midi car c'est la seule séance possible (15h ou 22h, de mémoire). J'arrive à l'heure mais la salle est quasiment complète. Le club des 4 x 20 semble s'être donné rendez-vous pour leur sortie dominicale (grand bien leur fasse) et c'est tant mieux. J'enfile mes lunettes 3D, le film commence et, ô miracle, la salle est relativement silencieuse. Après une bonne demi-heure, un flash détourne mon attention, puis un second, etc. J'enlève mes lunettes et je vérifie l'impensable : certaines personnes prennent des photos de l'écran alors que celui-ci est flou puisqu'il s'agit d'une séance en 3D. Je comprends tout à fait qu'on veuille garder la trace de l’œuvre géniale d'Anselm Kiefer, mais au prix d'une sidérante bêtise. C'est à partir de ce moment-là que je me suis dit que je choisirai désormais le lugubre UGC Toison d'or en dernier recours.

Une conviction renforcée par deux projections récentes. Lors de la première, nous avons trouvé un caca par terre dans les toilettes des femmes, accompagné délicatement d'un sachet qui n'a pas servi à le ramasser et d'une odeur qui prend le nez. Selon la témoin du drame, le méfait pourrait être celui d'un chien, mais comment serait-il entré ? Par la porte de sortie qui donne sur la galerie et par laquelle il est facile de se glisser ? Imaginerait-on un de ces fameux sans-abris être passé par là pour faire ses besoins et son chien l'aurait imité ? L'incontinence étant devenue une disposition quasiment ontologique du cinéma belge, aurait-elle fini par contaminer le spectateur ? On vous croit de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys était d'ailleurs à l'affiche au moment où le drame s'est produit... La seconde projection « mémorable » est en fait routinière et justifie à elle-seule mon désamour pour ce cinéma. Je suis allé voir Dreams de Michel Franco, un des meilleurs films de 2026. J'arrive dans le couloir qui mène à la salle 9 en même temps qu'une dame qui a tout son temps. Elle s'arrête un instant. Une fois arrivé à sa hauteur, va-t-elle se remettre en marche sans me voir ? Bien évidemment. Elle me barre l'entrée de la salle et la collision est inévitable. Je m'assieds au troisième rang, le deuxième aurait mieux convenu. Les pubs démarrent et je commence à entendre derrière moi d'étranges grommellements. Je finis par me retourner et je constate qu'il s'agit d'une autre dame qui parle toute seule comme si elle pratiquait des invocations vaudous. Le film se lance et elle ne s'arrête pas. Illico presto, je change de place et me dirige à l’opposé de la salle. Je n'entends heureusement plus rien et j'apprécie comme il faut le chef d’œuvre de Michel Franco. Enfin je quitte la salle, soulagé, et dans le couloir, j'entends une troisième dame qui se plaint de la violence du film au personnel de l'UGC. « Mais quelle violence !! Comment pouvez-vous montrer des films comme ça ?? », dit-elle. Voilà pourquoi je déteste l'UGC Toison d'or.

 

Le Palace

 

Situé sur le Boulevard Anspach en plein cœur de Bruxelles, à deux pas de la Bourse et de la Grande Place, Le Palace a ouvert ses portes en 2018. Ce cinéma est un lieu chargé d'histoire puisque dès 1913, « Paul Hamesse dessine le plus grand cinéma de la ville (2500 places), qui restera longtemps gravé dans la mémoire de la société bruxelloise pour l’opulence de son décor », jusqu'à sa fermeture en 1973. La Communauté française rachète le bâtiment en 2001 et il faudra attendre plus de quinze ans avant qu'un nouveau cinéma d’art et essai « mettant en valeur le cinéma de la Communauté française de Belgique et le cinéma européen en général » ne voit le jour. Ce passé glorieux, tant architectural que cinématographique, est encore visible aujourd'hui lorsque vous découvrez, à l'étage et juste avant de passer le portique pour accéder aux quatre salles, le côté intérieur de la façade. Il s'agit du foyer Hamesse, classé par la Commission royale des Monuments et Sites, qui procure à chaque fois une émotion intacte. Il n'a cependant pas été spécifiquement incorporé dans la rénovation du cinéma qui ressemble plus à un grand blockhaus avec ses longs couloirs en béton. Le foyer est effet une espace événementiel disponible à location qui « convient à merveille pour toutes sortes d’occasions : réunions ou conférences jusqu’à 90 participants, repas privés ou corporate jusqu’à 100 convives, walking dinners ou soirées dansantes jusqu’à 200 invités. » Le Palace offre aussi « un décor de choix pour un shooting photo professionnel ou un mariage hors normes. »(4) Une soirée à thème autour de Pulp Fiction y a été organisée avec succès.

L'ouverture du Palace a été un succès total au point de devenir, selon moi, le cinéma le plus recommandable de Bruxelles. Techniquement parlant, les conditions de projection sont idéales. La disposition des salles a été parfaitement pensée. Les projecteurs dernier cri offrent un rendu visuel parfait, et on voit la différence avec d'autres cinémas qui n'ont semble-t-il pas actualisé leur matériel de projection (usure des ampoules, passage à la 4K ?). Je ne vois pas de défaut à la grande salle qui est devenue à mes yeux la meilleure de Bruxelles, juste devant la salle 1 de la Toison d'or et le Grand Eldorado. J'essaie d'y voir le maximum de films. Installez-vous sur le rang qui prolonge l'entrée en salle, ou sur les deux ou trois rangées supérieures, sinon dans le petit bloc de devant. De manière incompréhensible, certaines personnes montent jusqu'en haut et même si l'écran est très grand, il apparaît lointain et votre regard se situera dans un angle inconfortable qui dépassera les 90° par rapport à l'écran que vous verrez en plongée — autant rester chez soi ! Les trois autres salles, plus petites, offrent une forme précieuse d'intimité. Privilégiez également les rangs de devant car l'écran se situe à la distance idéale. Les sièges ont également été bien choisis, on peut y reposer sa tête (contrairement à certaines salles où il faut rester droit) et ils ne donnent pas mal au dos (contrairement à ceux de la salle Ledoux de la Cinematek, par exemple).

Le Palace organise de nombreux événements, avant-premières et masterclass, qui se déroulent dans la grande salle. Pour y avoir participé à plusieurs reprises, je vous conseille de vous armer de patience, surtout dans la file d'attente. Les spectateurs s'entassent à l'étage près du portique d'entrée, mais aussi dans les escaliers et dans l'espace d'accueil, ce qui occasionne un grand bouchon et de la tension. Plus l'heure de début de la séance avance, plus vous sentez vos voisins se serrer contre vous. Bien évidemment, lorsque la salle ouvre, les gens qui se trouvaient dans l'escalier en profitent pour pousser et vous dépasser. La lutte se poursuit en salle pour les bonnes places. Ce n'est un secret pour personne et cela se vérifie partout : les files d'attente dans un cinéma et un festival, partout ailleurs en vérité, réactivent des comportements sauvages que nous avons mis des centaines de milliers d'années à apprivoiser et contenir. Certes, je déteste les films et les critiques qui tirent sur cette corde, comme l'a prouvé la consécration d'As Bestas de Rodrigo Sorogoyen. Mais l'idée même de côtoyer d'autres êtres humains dans une file d'attente pourrait entraîner une révision de mon jugement. Je me souviens de la projection en 35mm d'Oppenheimer de Christopher Nolan. Une véritable catastrophe tant au niveau de l'image que du son (le film a même été arrêté à cause de cela). Il est strictement impossible que la copie projetée soit celle voulue et rêvée par Christopher Nolan. Ou bien je me fourvoie complètement. Jean-Pierre Verscheure, conservateur et présentateur du Club 35 au Palace avec Fabrice du Welz, avait pourtant précisé au public que la restauration sonore offrait une expérience extraordinaire. Elle a surtout fait planter le système, le bide fut total. Si vous aimez revoir des films en pellicule, choisissez plutôt la Cinematek, sinon allez au Club 35, à vos risques et périls. Si comme moi, cela vous importe peu (de par le souvenir récent d'une projection exécrable de Trois femmes de Robert Altman), surtout s'ils sont présentés et/ou restaurés de cette manière (!), et que vous n'avez pas de rapport physique et organique à la pellicule, d'une nature inconnue et qu'on préféra taire, vous pouvez passer votre chemin.

Il faut aussi savoir que le Palace est né de l’initiative d'une ASBL portant le même nom qui a remporté un appel à projet en 2004. Celle-ci n'est pas composée de bienfaiteurs mais de plusieurs acteurs importants du cinéma belge, pour ne pas dire certains de ses grands nababs : Luc et Jean-Pierre Dardenne (Les Films du Fleuve), Patrick Quinet (Artémis Productions), Stéphane De Potter (Cinéart) et Nicole La Bouverie (Zénab). Donc quand vous achetez une place au Palace, vous faites bouffer les Dardenne et Patrick Quinet, la cuillère directement dans la bouche ! Il s'avère que ces nababs qui ont mis leur pouvoir despotique au service d'un magnifique projet gèrent leur entreprise avec une main de fer. Par exemple, ils imposent une exclusivité à certains films, ce qui est complètement absurde quand ceux-ci, par leur exigence, ont besoin d'un maximum d'écrans dans un parc de salles bruxellois déjà fortement réduit. Les cinéastes ont-ils d'autre choix que d'accepter cette contrainte au risque de perdre une véritable visibilité et le poids qu'apporte le Palace ? À cette idée stupide s'ajoute une politique musclée partout où le conseil d'administration du Palace est impliqué. Je pourrais encore dire d'autres choses mais ce ne serait que du radotage quand on voit les qualités de projection et de programmation proposées par le Palace.

 

Cinéma Galeries

 
Je fréquente le Cinéma Galeries depuis que je suis arrivé à Bruxelles il y a quinze ans, avec une fidélité toujours renouvelée. La carte UGC y donnait accès donc cela constituait un véritable complément pour le cinéphile qui pouvait découvrir certains films projetés nulle part ailleurs et à rebours des limites imposées par la distribution en Belgique. Mon histoire avec les Galeries est riche de séances mémorables comme celles de Drive My Car, Memoria, It Must Be Heaven ou Les mille et une nuits, volume 1. Les deux salles offrent de bonnes conditions de projection, les sièges sont confortables et l'écran est situé à la bonne distance quand on choisit les bonnes places. Les cinéphiles plus assidus doivent aussi se souvenir de la petite salle 3, celle particulièrement inconfortable qui se trouve au sous-sol près des toilettes, dont les séances sont perturbées par les bruits du couloir et des chasses d'eau, où j'ai pu voir entre autres Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais, Braguino de Clément Cogitore ou Talking about trees de Suhaib Gasmelbari. Un espace d'exposition, offrant une large possibilité de scénographies, est également utilisé au sous-sol dans les caves du bâtiment. Situé dans la magnifique Galerie Arenberg qui est un haut lieu du tourisme bruxellois, le Cinéma Galeries constitue un cinéma incontournable et engagé à recommander à tout cinéphile de passage.

Les Galeries sont aussi connues pour quelques déconvenues mémorables : les problèmes de chauffage en hiver et le manque d'air pendant les canicules, les problèmes techniques (je me souviens de la projection d'un Hong Sang-soo durant laquelle l'écran est devenu noir), le boucan dans le hall d'entrée qui s'entend jusque dans les deux salles elles-mêmes mal isolées l'une par rapport à l'autre, la mauvaise gestion des files d'attente qui sème le chaos, les urinoirs régulièrement bouchés ou hors-service, etc. Même si le personnel d'accueil semble tourner tous les mois, c'est un cinéma chaleureux et en même temps atypique, avec un bar qui permet d'emporter les bières en salles (ce qui s'avère parfois nécessaire pour mieux digérer certains films pesants). La programmation est excellente et variée en dehors des grosses machines du cinéma d'auteur. Le cinéma s'est d'ailleurs doté d'une structure de distribution, Galeries Distribution, qui a notamment sorti la trilogie Youth de Wang Bing, la version restaurée de La Maman et la Putain, Viens je t'emmène d'Alain Guiraudie ou encore Vitalina Varela de Pedro Costa. Autant dire que ce travail se révèle précieux dans le paysage morose de la distribution belge et ses nombreux manquements.

Mon anecdote la plus mémorable reste la projection de Quand on a 17 ans d'André Téchiné, quelques jours après les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016. Tout se déroulait normalement jusqu'à ce qu'une bande de jeunes, probablement pas plus âgée que 15 ans et d'origine maghrébine, fait irruption dans la salle en criant Allahou Akbar ! Panique dans la salle, surtout dans un tel contexte où la tension dans les rues et les transports en commun était à son maximum. Je sors pour interpeller l'accueil mais la gentille stagiaire s'est avèrée bien démunie pour contrôler un tel groupe.

Qu'à cela ne tienne, le cinéma Galeries est un lieu incontournable, engagé et accueillant de la cinéphilie bruxelloise.

 

Cinéma Vendôme

 

Autre lieu mythique, cette fois situé dans le cœur battant d'Ixelles à Matonge, le Cinéma Vendôme, riche d'une longue histoire cinéphile et passionnée, existe depuis les années 50. C'est une entreprise familiale, perpétuée de père en fille, qui a résisté au temps, aux changements et à diverses contraintes économiques. On est loin du conseil d'administration du Palace aux mains des oligarques du cinéma belge. Le Vendôme compte aujourd'hui cinq salles au service d'une programmation variée de films indépendants. Vu que j'ai toujours été aux deux UGC et aux Galeries grâce à la carte UGC, je ne fréquente le Vendôme que depuis l'arrivée de Cineville qui y donne accès. Je recommande de choisir ce cinéma rien que pour les raisons précédemment citées. Le seul bémol jusqu'à présent est que dans certaines salles, l'écran est placé trop haut, à l'exception de la salle 2 où vous pouvez vous installer sans souci au premier ou au deuxième rang, ce qui n'est pas possible ailleurs. J'ai rarement été dans la plus grande salle, la une, mais le problème me semble être le même. C'est vraiment dommage car je n'aime pas m'installer au fond, dans les derniers rangs, au milieu des personnes âgées qui s'y concentrent comme des sardines, bien qu'au Vendôme elles soient généralement silencieuses. Sur ce point, et à de rares exceptions, c'est un des grands avantages des cinémas indépendants de Bruxelles par rapport aux grands complexes comme l'UGC et en particulier l'UGC Toison d'or.

Au Cinéma Vendôme, les toilettes à l'étage pour les hommes sont exigües. Deux personnes au grand maximum peuvent l'utiliser. Il est fréquent que lorsque une troisième personne ouvre la porte, elle vous pousse contre l'urinoir. Les habitués reconnaîtront aussi l'odeur d'espadrilles et de cheetos secs caractéristique des couloirs. Celle-ci doit venir de la moquette. Enfin, l'espace bar et d'attente n'est pas bien pensé ni exploité, cela ne donne pas envie d'y rester, mais ce n'est évidemment pas grave car le spectateur fait une bonne action en choisissant de découvrir ses films au Vendôme. Dernier conseil : n'attendez pas trop à l'entrée car vous pouvez vous faire alpaguer par des zigotos pour des raisons obscures. L'autre jour, j'attendais quelqu'un et regardais un peu dans toutes les directions, avant qu'on ne m'accoste : « Tu as besoin d'aide, mon frère ? ». Je ne pense pas avoir le profil d'un flic ou d'un indic ; j'ai néanmoins battu en retraite à l'intérieur du cinéma, me remémorant le nullissime Black d'Adil El Arbi et Bilall Fallah. Mais bon, il ne faut pas avoir peur de venir au Vendôme car c'est un lieu vivant et très agréable.

 

Cinéma Aventure

 
Le cinéma Aventure est célèbre pour être le cinéma-manucure de Bruxelles. En effet, il se situe dans la galerie du centre empestée par les produits chimiques des nombreuses ongleries, pédicures et manucures asiatiques qui s'y sont installées. L'odeur vous prend au nez dès votre entrée dans la galerie et, malheureusement, elle se diffuse jusqu'à l'intérieur des salles. Au point d'avoir entrainé en février 2023 une évacuation d'urgence suite à plusieurs malaises faits par des spectateurs : « Trois équipes SMUR, les pompiers et trois ambulances étaient sur place. La Croix-Rouge a installé un poste médical avancé et une équipe spécialisée dans les substances dangereuses était présente pour effectuer les premières analyses »(5). En plus de l'odeur qui fait choisir en dernier recours ce cinéma dont les salles sont pourtant agréables à fréquenter, cet incident, dont tous les cinéphiles fréquentant L'Aventure pressentaient qu'il allait se produire un jour ou l'autre, ne m'a pas engagé à choisir ce cinéma malgré sa bonne programmation. Je n'ai donc que peu d'histoires à raconter si ce n'est des visions de presse durant laquelle on peut finir par avoir la nausée.

Loin de moi l'idée d'enfoncer le clou. L'Aventure souffre déjà assez de cette réputation mais malheureusement on ne peut pas en faire abstraction. Au moment de son ouverture, il se fait appeler "Ciné confort", ce qui est peut-être devenu paradoxal mais les salles sont effectivement agréables, notamment la salle 1 où l'écran occupe l'entièreté du mur, assurant une belle immersion dans le film. Je ne connais pas les autres salles. Quant aux WC, ils sont toujours propres bien qu'étroits, et le bar est plutôt convivial, à ce détail près qu'il manque un véritable espace de détente et d'échanges à l'intérieur du complexe. Ce n'est évidemment pas autour d'une manucure ou au vilain kebab en face des escaliers que les discussions autour du film vont se poursuivre. Les cinémas bruxellois souffrent vraiment de ce manque d'espace qui a fait le succès de la renaissance du Caméo à Namur et du Quai 10 à Charleroi qui possèdent tous les deux une superbe brasserie calquée sur le modèle du Sauvenière aux Grignoux à Liège. Le Palace a pourtant reproduit ce modèle mais j'ai l'impression que la sauce ne prend pas, peut-être à cause de l'architecture des lieux, comme s'il n'y avait pas de liens entre le cinéma et la brasserie.

 

Les autres salles

 

La Cinematek : Lieu illustre de la cinéphilie et de la culture bruxelloise, rebaptisé Cinematek en 2009 par souci de bilinguisme dans le même mouvement que le Palais de Beaux Art qui est devenu Bozar (car le néerlandais est la langue dominante dans ces deux institutions). Les salles ont été rénovées au début des années 2000. Un seul reproche peut être adressé à la Cinematek : les sièges sont franchement inconfortables. Ils donnent très vite mal au bas du dos. N'hésitez donc pas à prendre un coussin ou à mettre votre pull ou votre veste sur le siège afin d'en arrondir l'angle trop droit. La qualité des projections est toujours bonne, surtout lorsqu'on redécouvre des films anciens en pellicule. La programmation manque peut-être de diversité, elle vise quand même à attirer un plus large public que les cinéphiles pointus (c'est aussi et sans doute une de ses missions). Ce qui a pour effet que je ne vais parfois pas à la Cinematek certains mois, tandis que j'ai pu la fréquenter assidûment et avec un grand bonheur lors de la récente rétrospective consacrée à Fritz Lang. Quant aux rats de cinémathèque, on finit pas reconnaître les visages de ceux qui ne manqueraient pour rien au monde un film important en salle. C'est à la Cinematek qu'on peut les identifier définitivement. Parmi eux, je tenais à saluer l'atypique Georges-Alain Guiraudie, le sosie du cinéaste (au point où j'ai failli un jour les confondre), que je croise régulièrement dans toutes les salles bruxelloises quand il y a un film intéressant à voir. Quand je pense être seul au premier ou au deuxième rang, il arrive en dernière minute pour s'installer à côté de moi. Il peut être parfois très agité, cela dépend des jours et de son humeur.

Le Nova : Le cinéma underground et farouchement indépendant incontournable du centre de Bruxelles. Son bar, situé au sous-sol, est génial et finit d'entériner l'originalité de ce lieu qui a été sauvé en 2024 grâce à une collecte de dons organisée par la coopérative Supernova Coop. Si vous êtes de passage à Bruxelles, allez au moins y boire un verre si le cinéma est ouvert. La programmation est toujours riche et variée. Si une image de cinéma bis leur colle peut-être à la peau, ils ont quand même récemment consacré des rétrospectives à Rabah Ameur-Zaïmeche ou Pedro Pinho. Le seul petit bémol reste les sièges en bois, placés tous au même niveau dans la salle, qui rendent parfois la vision du film difficile si on ne s’installe pas dans les premiers rangs.

Cinéflagey (Le Kinograph) : Né à Etterbeek en 2019, à deux pas de la gare et du campus de l'ULB, le Kinograph est un cinéma coopératif installé d'abord dans les anciennes Casernes d’Ixelles (See U). Il a temporairement fermé ses portes depuis juin 2022 et déplacé ses activités à Flagey. Il a été co-créé par Thibaut Quirynen, qui n'est autre que le fondateur de Cineville Belgium, soit l'un des acteurs les plus importants du paysage cinématographique belge actuel grâce auquel la cinéphilie belge peut enfin évoluer. Cinéflagey est une réussite à tous les niveaux, tant par sa programmation (des cycles consacrés notamment à Kelly Reichardt, des reprises, des inédits comme les films de Sophie Letourneur, etc.) que par la qualité de la salle.

Le 23 à Bozar : Ouvert à l'automne 2024, le 23 est la salle de cinéma de Bozar. Intime, bien pensée, elle offre elle aussi de très bonnes conditions de projection et une riche programmation avec des close-up, des avant-premières, des inédits, des reprises de films qui ont connu une sortie discrète ou encore de la VR. Cette salle unique doit désormais être prise en compte par les cinéphiles car elle est vraiment nécessaire et complémentaire à l'offre actuelle. Dommage que la carte Cineville n'y donne pas encore accès. Apparemment, un autre cinéma du centre de Bruxelles (vous devinez lequel ?) bloquerait l'opération.

Le Stockel : Je n'y suis malheureusement jamais allé.

Le White Cinéma (fermé depuis le 12 février 2026) : Idem, alors que j'habite à 500 mètres. Je n'ai jamais eu envie d'y mettre les pieds. D'une part parce qu'aucune carte n'y donne accès (ce qui est dommage au vu de l'étendue de population schaerbeekoise qui pourrait s'y rendre), d'autre part à cause du prix, du concept lounge franchement ringard et de la médiocrité de sa programmation. Je rêve évidemment qu'il soit repris par une coopérative ou un projet indépendant : je serai alors le premier et le plus fidèle spectateur. Le complexe est parfaitement situé et accessible facilement avec de nombreux transports en commun. Le seul hic est qu'il se situe à l'intérieur d'un centre commercial dont les loyers sont probablement exorbitants. Un nouveau projet nécessiterait donc un montage financier complexe. On croise les doigts.

En conclusion, le cinéphile bruxellois est bien logé et le touriste de passage a l'embarras du choix pour découvrir de bons films et ce qu'il reste du riche patrimoine cinématographique de la ville. Vous êtes bien entendu libre de suivre mes conseils, fiez-vous en tout cas à votre intuition quand vous sentez qu'une séance va être compliquée : généralement, vous aurez eu le nez fin. Méfiez-vous de certains cinémas et de certaines salles car les expériences décrites s'y reproduisent régulièrement et ce n'est pas un hasard mais bien une conjoncture anthropologique et sociologique. Quant aux WC, munissez-vous de désinfectant, certes comme partout ailleurs. J'espère vous avoir donné les meilleures recommandations et que ce guide aiguillera au mieux vos choix et votre séjour.

Notes[+]