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Steven Spielberg

Analyse du cinéma de Steven Spielberg au-delà des thématiques habituelles et des clichés qui l'entoure.

« Le cinéma de Steven Spielberg est un empire du soleil. L’astre souvent y brille pour couronner tous les ruissellements baignant ses films, spectacles éblouissants et récits fédérateurs et édifiants. À voir les premiers, il serait aisé d’en reconnaître l’auteur comme Perceval ayant su répondre à l’énigme du Graal ; à voir les suivants, on se demande si Perceval ne s’identifie pas aussi au Roi pêcheur.

« L’enfance immortelle dont Steven Spielberg serait le génie incontesté divertit pour autant que ses divertissements font diversion de la blessure brûlant son flanc. L’accumulation des trésors l’est par la lance d’une pulsion infantile et destructive, la blessure par où suinte une mélancolie toujours plus amère quand les montagnes russes d’un enfant gâté se dédient dans leurs plus belles descentes à des enfants lunaires et gâteux. C’est donc par le côté du petit que se verra le mieux sa grande maladie. »

Extraits de Steven Spielberg, les diversions du roi pêcheur par Des Nouvelles du Front.

Steven Spielberg en tournage sur un plateau de film
Esthétique

Steven Spielberg, les diversions du roi pêcheur

14 juin 2026
La fable contée par The Fabelmans aura délivré pour ses thuriféraires une vérité dure à avaler (il faut bien avouer que la dragée est salée-poivrée et le prix de la dénégation est très élevé) : le bon génie de l’enfance immortelle et du divertissement industriel abrite un démon puéril et vindicatif à toujours vouloir identifier un mauvais sujet à expulser en réparation d’une souveraineté indûment déclassée. L’élève doué est un roi distribuant bons et mauvais points, les uns pour papa, les autres pour maman, à l’origine pour toute arrivée. Le roi du divertissement s’est d’emblée présenté en garde-fou de notre enfance mais n’a jamais démérité à démontrer qu’il était le gardien forcené de son exploitation spectaculaire et globalisée, au prix d’un cantonnement dans leur chambre d’adolescence de ses spectateurs, victimes du syndrome de Stockholm. Rester confiné dans le placard a un coût dont son cinéma a de plus en plus conscience et malheureuse est celle du boutiquier. Le souverain qui sait donner à ses vassaux l’illusion nécessaire de leur vassalisation n’est un roi pêcheur qu’à avoir appris la mesure exorbitante du Saint Graal. Car si le spectacle a pour fonction de divertir, c’est en faisant également diversion des blessures de son royal bateleur dans l’exercice de son magistère. Peut-être le temps a-t-il été long à venir, la déclosion annoncée par Disclosure Day ?
Meryl Streep entourée de ses conseillers dans Pentagon Papers
Esthétique

D’une affaire à l’autre : « Pentagon Papers » de Steven Spielberg et « Les hommes du Président » de Alan J. Pakula

14 juin 2026
Dans l’œuvre de Steven Spielberg, Pentagon Papers brille par son classicisme parfaitement maîtrisé. Mais la valeur esthétique de ce film ne se révèle sans doute réellement que dans sa relation ambiguë avec Les hommes du Président d’Alan J. Pakula, réalisé presque quarante ans plus tôt. La comparaison ne conduit pas à dévaluer l’un de ses deux films, mais au contraire à aiguiser notre regard en le dédoublant.
Le jeune Barry face au soleil qui chante dans "Rencontres du troisième type"
Rayon vert

« Rencontres du troisième type » de Steven Spielberg : La brûlure du soleil qui chante

14 juin 2026
Dans Rencontres du troisième type (1977), Steven Spielberg décrit l'obsession grandissante d'un personnage « marqué » par un ailleurs fantasmé, obsession qui le mènera à s'extraire du monde pour en rejoindre un nouveau, délaissant les attributs de la normalité sociale à laquelle il s'intégrait jusque-là, à commencer par la famille nucléaire américaine. Les étapes de cet affranchissement passeront par l'intervention de techniques liées à l'art, utilisées à la fois comme moyens de communication et d'élévation. Consumé par la brûlure d'un soleil qui chante, il s'agira pour Roy Neary de s'extraire de ce brasier pour renaître ailleurs de ses cendres, quand bien même il ne fuit un enfermement que pour potentiellement en rejoindre un autre, à des années lumières du premier.
Eric Bana en pleine enquête dans Munich de Steven Spielberg
Esthétique

« Munich » de Steven Spielberg : Politique du regard

14 juin 2026
Avec Munich, Steven Spielberg aurait réalisé un film à la probité remarquée, traitant avec droiture et impartialité Israélien et Palestinien après la prise d’otage de sportifs aux J.O. de 1972. En réalité, il construit une économie du doute où la conscience morale est distribuée de manière inégale. Cette asymétrie du regard, plus encore que les dialogues ou les situations, donne au film sa coloration hautement orientée idéologiquement. Or, si les œuvres de propagande sont rarement dangereuses, les œuvres qui se prennent pour leur propre critique le sont beaucoup plus.
Maria (Rachel Zegler) au bal dans West Side Story
Esthétique

« West Side Story » de Steven Spielberg : L’œil de l’Amérique

14 juin 2026
Par les mouvements de grue, les jeux d’ombre et de lumière ainsi que les chorégraphies, Steven Spielberg reconstruit New York comme la scène de son univers mental. À travers ces reconfigurations dansées de l’espace, un motif étrange semble hanter le film : celui de l’œil. West Side Story multiplie les motifs circulaires pour explorer une certaine dualité entre les pulsions de vie et de mort. Mais les deux yeux de la ville semblent incapables de se rencontrer.
Les Fabelmans au cinéma quand Sam est enfant dans The Fabelmans
Critique

« The Fabelmans » de Steven Spielberg : Le trou noir d'Œdipe

23 février 2023
De quoi The Fabelmans est-il le film ? La grande fable du génie précoce du cinéma adoubé par le maître John Ford est une fable amoindrie sur les pouvoirs du cinéma. Le plus grand chapiteau du monde coincé dans la lorgnette du nombril d'Œdipe, moins l'ombilic du cinéma que ses limbes. Le blockbuster qui fait exploser le quartier y a déposé des trous d'enfance et du trou noir est sorti un Hamelin du troisième type qui a tiré d'un trauma d'enfance ordinaire l'autorisation de confiner les enfants dans leur chambre, tenus à l'amour de leur kidnappeur, ce capitaine Crochet. Une fois fait un sort au syndrome de Stockholm, les symptômes peuvent capitonner une histoire de la cinéphilie qui, de contre-culture, est redevenue l'arme des colons qui se font aimer de leurs colonisés. L'enfance est captivée afin d'être convertible en très lucrative puérilité.
Tony (Ansel Elgort) et Maria (Rachel Zegler) se rencontrent au bal dans West Side Story
Critique

« West Side Story » de Steven Spielberg : Consensuel, colossal

27 décembre 2021
West Side Story : l'entreprise interroge mais on ne s'étonne pas longtemps que Steven Spielberg en ait initié le remake, lui qui incarne la jonction entre la fin de l'âge classique hollywoodien et le devenir-disneyien de l'industrie du divertissement. L'opération de cinéphilie est alourdie par les manières publicitaires de son artificier qui croit bon d'en rajouter, toujours plus, toujours trop, sur l'appariement parfois ballot des nouvelles conventions sociétales. Si la version de 2021 gagne en lucidité sur un processus de gentrification relégué dans le hors-champ de la version de 1961, les ruines urbaines abritent les mêmes schémas spielbergiens, adolescents refusant de grandir dans un monde post-apocalyptique, qui disent la vérité d'une culture saturée quand elle n'a pas d'autre objet qu'elle-même.