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Bruno Dumont

Analyse du cinéma de Bruno Dumont, de son naturalisme poreux et extra-ordinaire à sa portée métaphysique en passant par sa veine iconoclaste et burlesque. Bruno Dumont, dans sa mystique, se montre a priori levinasien. Nul ne peut s'exempter d'un crime qui ramène l'homme à sa condition morale. C'est que le crime n'est pas l'envers de l'humanité. Le naturalisme de Bruno Dumont ne sera donc jamais zolien. Les attaches de ses personnages dans un contexte singulier s'inspire de formes d'existence qui résistent à toute enquête psychologique et sociologique. Toutefois, cette mystique n'a pas besoin du Père, du Fils comme du Saint Esprit pour penser sa réponse morale au mal absolu. S'il s'agit d'aller vers Dieu, ce qu'affrontera Hadejwich, il s'agit toujours d'en retourner aux hommes. Pour vivre dans le monde abîmé qui est le nôtre, il faut trouver des manières d'exercer notre responsabilité dans un monde troublé par le mal. Un monde qui, chez Bruno Dumont, est pris entre le trouble et la tourbe, dont il faudrait percer le sens pour en comprendre la portée.

On ne le répétera jamais assez : Bruno Dumont n'est pas un réalisateur réaliste mais le cinéaste qui en exaspère le régime de vraisemblance à coup de blocs de réel, de soustraction psychologique et de forçages scénaristiques. Le réalisme est l'ennemi juré du cinéma de Bruno Dumont qui en violente les assurances mimétiques dans la préférence du réel à la réalité : le réel qui est toujours naturellement duel se divise entre le mal perpétré par la bête humaine et le bien garanti par l'ange imperceptible en se confondant avec l'idiot. L'appareillage de la pulsion (c'est la part naturaliste du cinéma de Dumont) et de sa rédemption (c'est sa part spiritualiste) est une machine de guerre contre les médiocres raccourcis sociologiques et psychologiques du réalisme.

Pharaon de Winter dans le jardin à la fin de L'Humanité
Rayon vert

« L'Humanité » de Bruno Dumont : Politique de la responsabilité

4 mars 2024
Tout commence par un crime chez Bruno Dumont. Mais qui en répondra ? Qui en supportera la charge ? Des illuminés, à propos duquel se déroule la véritable enquête dans L'Humanité, qu'il nous faudra sans doute reprendre sans jamais être certain d'en avoir abouti l'examen.
Freddy couché dans l'herbe dans
Rayon vert

« La Vie de Jésus » de Bruno Dumont : Les bruits qui pleurent

4 mars 2024
Du vrombissement des mobylettes au silence devant le ciel, La vie de Jésus peut s’entendre comme un voyage à travers les bruits du monde. Ses personnages tentent de combler leur vide intérieur par le bruit des moteurs ou par la musique, vaines tentatives de domestiquer la violence en eux. C’est par l’acceptation du silence qu’une possibilité de salut peut survenir.
L'étreinte finale dans "Hadewijch"
Histoires de spectateurs

« Hadewijch » de Bruno Dumont : Ce qui n’advient pas

4 mars 2024
Tout comme le personnage d’Hadewijch, Céline, qui est à la recherche d’une illumination, d’une expression terrestre du divin qui lui permette de comprendre sa propre existence, il aura fallu au spectateur une révélation - ou plutôt une reconnaissance, une familiarité - lors d’une vision récente du film pour lui donner du sens. Reconnaître dans un film un lieu arpenté dans la vie est une de ces trouées permises entre le réel et l'écran, tout comme y voir dans un temps incertain un acteur que l'on sait décédé. C'est une des manifestations du sacré dans le profane que permet le film de Bruno Dumont, quand bien même il deviserait sur l'impossibilité d'une incarnation terrestre de ce fameux sacré, du divin.
Les deux acteurs de Twentynine Palms dans le désert
Rayon vert

« Twentynine Palms » de Bruno Dumont : Construire et s’auto-détruire

4 mars 2024
Dans Twentynine Palms, deux cinémas — contraires et inconciliables — engagent une lutte pour gagner l'émotion du spectateur : d'un côté, la sexualité crue et le sentiment morbide de l’existence propres au naturalisme, de l’autre, les expériences formelles d’un cinéma expérimental. Ce processus bipolaire donne au troisième film de Bruno Dumont sa singulière qualité de rendre sensible l’incompatibilité absolue entre le naturalisme outrancier d’une partie du cinéma contemporain et la recherche artistique.
Fabrice Luchini en Dark Vador d'opérette dans "L'Empire"
Interview

« L'Empire » : Interview de Bruno Dumont

23 février 2024
Interviewer Bruno Dumont n'est pas chose aisée. Le rencontrer signifie souvent devoir se départir de la préparation qui aura été faite en amont, tant le cinéaste aime s'agripper à des mots, sans toujours écouter vos questions jusqu'au bout. Il faut donc avancer par à-coups, reposer les questions, ou les poser en plusieurs parties, pour arriver à colmater toutes les brèches, à apporter toutes les réponses. Retranscrire une interview de Bruno Dumont est donc également compliqué, tant cela relève parfois du puzzle, du collage. Le présent entretien, remis au propre, est donc une version expurgée de ces allers et retours complexes. Mais cela rentre finalement en écho avec la forme du nouveau film du réalisateur, L'Empire, dans lequel il tente de simplifier sa vision du bien et du mal, en faisant appel au genre du space opera et au cinéma de divertissement en règle générale. En résulte une version « populaire » de La Vie de Jésus, dont le film est un « préquel » crypté. À travers l'opposition manifeste du bien et du mal et leur fusion finale, Bruno Dumont raconte la genèse de la nature humaine tout en revenant à l'origine de son cinéma.
France De Meurs (Léa Seydoux) sur un plateau de télévision dans France
Critique

« France » de Bruno Dumont : Gloria Mediatica Mundi

2 septembre 2021
France de Meurs n'est pas que le nom rigolo d'une vedette de télévision fictive, c'est surtout celui d'une allégorie qui associe à la défense d'une certaine idée de la France le combat nécessaire à dissocier du spectacle qui en travestit l'essence le cinéma qui en délivre la rédemption. France est une satire féroce dont l'acerbité est si outrée qu'elle voudrait rendre gorge aux artifices de la représentation, mascarade et cosmétique. Le scénario du pardon accordé aux blessures de la pulsion s'y impose cependant avec le naturel de la tradition opposant les tragédies du pays réel aux farces des liturgies médiatiques : la France meurt d'être un simulacre déraciné, sa vérité demeure ancrée dans la terre qui, elle, ne ment jamais.
Alane Delhaye (Coincoin) devant la flaque extraterrestre
Rayon vert

« Coincoin et les Z'inhumains » : L'identité frontalement biaisée

23 septembre 2018
Avec Coincoin et les Z'inhumains, Bruno Dumont continue à saborder le naturalisme des représentations et des identités : dans la farce et les éclats de rire carnavalesques s'annonce la fête des masques identitaires rendus, abattus et révélés dans leur facticité bariolée.
La Chambre Verte

« Ma loute » de Bruno Dumont : Jouer ensemble ou jouer contre

3 septembre 2016
Dans Ma Loute, le jeu des comédiens s'impose comme un des enjeux majeurs du film. Dumont renvoie dos-à-dos deux idées reçues sur le jeu d'acteur : la maîtrise des professionnels et le pseudo-naturel des non-professionnels. Est-ce la marque d’un affrontement ou celle d’une communion ?