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David Cronenberg : Excroissances contemporaines

« Le cinéma de David Cronenberg a pour obsession les organes et la débandade de leur organisation. La débandade des organes, la Bérézina des organisations, la morbidité des organismes. La foire aux atrocités dans les liaisons voraces de l’organique et de l’inorganique, la bacchanale de l’endosomatique (ce qui est intérieur au corps, génétiquement) et de l’exosomatique (ce qui lui est extérieur, artificiellement). Une orgie machinique. Les organes (artificiels) prolifèrent, les organismes (physiologiques) sont infectés, les organisations (sociales) se délitent. La propension prothétique de l’être humain, ce vivant néoténique doublé d’un immature chronique, a des poussées tumorales qui compliquent les implications propres à son élan vital, des excès cancéreux qui saturent l’irrésolution d’une faculté technique en la livrant à son essentielle interrogation. Cette interrogation-là ne pouvait pas ne pas se déployer en cinéma, cette machine qui a participé à la transmutation industrielle de notre anthropologie, en renouvelant par altération amplifiée nos sensibilités. » écrivent avec finesse Saad Chakali et Alexia Roux. Si beaucoup de choses ont été écrites sur le cinéma de David Cronenberg, on aura jamais fini de l’explorer et d’attendre chaque nouveau film comme un événement. Il ne cesse de faire évoluer son cinéma comme les corps qu’il filme : en expérimentant diverses formes d’excroissances et de virtualités.

12 textes2 h 30 de lecture

Les textes

  1. Vidéodrome, 1984

    La grande illusion

    Série d’hallucinations érotiques et gores, Videodrome visite les profondeurs de la psyché sous le régime de la consommation insatiable des images, où l’espace intime est peuplé par ces monstres méconnus : les écrans.par Thibaut Morand3 min
    3 min
  2. Faux-Semblants, 1989

    Fusion incestueuse

    Le tabou de l'inceste apparaît, de manière sous-jacente, dans de nombreux films de David Cronenberg. Dans « Faux-Semblants », il unit spécifiquement les membres d'une même fratrie et se présente même comme la possibilité de fusionner avec un autre soi-même. Par là, Cronenberg pose la question de l'identité sexuelle et…par Fabien Demangeot7 min
    7 min
  3. Crash, 1996

    Au volant du monde

    Revenir au monde déserté par le désir, c'est vouloir tirer de la rengaine de la production industrielle du crash la ritournelle de l'accident originaire. Retrouver le sens de l'événement dans d’insensés cabossages et d’incessants télescopages. Circulez il n'y a rien à voir ni à désirer parce que plus rien n'arrive…par Des Nouvelles du Front cinématographique24 min
    24 min
  4. eXistenZ, 1999

    Virtualités sensorielles

    Aussi sensuel que cérébral, eXistenZ participe d’une véritable déconstruction des codes du cinéma de science-fiction classique. Pour le spectateur, l’entrée dans le monde d’eXistenZ est une expérience synesthésique totale. Les images chez David Cronenberg ont une odeur, un goût, une consistance. Le cinéma est un corps…par Fabien Demangeot9 min
    9 min
  5. A History of Violence, 2005

    Le secret derrière la porte

    A History of Violence de David Cronenberg ne raconte pas simplement que la barbarie n'est jamais très loin. Elle est au plus proche. Elle fait mouche. Elle est en nous. Elle fait nous. La civilisation n'est que sa camisole de force, dont il fallait encore défaire toutes les coutures dans un film qui ébroue d'autant…par David Fonseca7 min
    7 min
  6. Cosmopolis, 2012

    Indicibles métamorphoses

    Bien qu'il soit difficile de considérer Cosmopolis comme un film fantastique ou de science-fiction, sa structure semble pourtant bien totalement onirique. Son monde, avec son esthétique très lisse de photos de mode sur papier glacé, est aussi virtuel que les univers hallucinogènes d'eXistenZ et du Festin Nu. Il…par Fabien Demangeot8 min
    8 min
  7. Maps to the Stars, 2014

    Ce qui s’écrit de l’inceste

    Depuis les années 2000, le traitement clinique propre au cinéma de David Cronenberg élargit sa sphère d'analyse. Il y raffine, par concentration du style et variation dans ses objets et ses récits, le caractère monstrueux de ses nouvelles excroissances. Il étire ainsi les spires de la toile propres à ses exercices de…par Des Nouvelles du Front cinématographique22 min
    22 min
  8. Crimes of the Future, 2022

    Hybride évolution

    Dans son nouveau film attendu comme le Messie, David Cronenberg parvient à la fois à combler des attentes et à se montrer déceptif. C'est en faisant se rencontrer deux pans de son cinéma qu'il le fait évoluer, en faisant d'un film hybride une nouvelle étape, un « troisième type » . Tout comme l'humanité accède à un…par Thibaut Grégoire6 min
    6 min
  9. Les Linceuls, 2025

    Antre ses morts, deuil et nécromancie

    Avec Les Linceuls, David Cronenberg s'est aventuré sous terre, dans les recoins de son antre fantasmatique et de la souffrance engendrée par la disparition de sa femme, pour remonter avec un film magnifique qui invente une nouvelle forme d'expression contemporaine du deuil et de la psyché croisant la matérialité de la…par Guillaume Richard17 min
    17 min

Autour de l’œuvre

  1. La Transgression selon David Cronenberg

    Interview de Fabien Demangeot

    Avec « La Transgression selon David Cronenberg », notre rédacteur Fabien Demangeot signe un essai synthétique et de vulgarisation autour de l’œuvre du cinéaste canadien. En analysant trois formes de transgression, il reconnecte surtout ses films à ses origines les moins nobles, des sous-genres du film d'horreur aux…par Fabien Demangeot14 min
    14 min
  2. Esthétique

    Le corps, ses organes, son dehors

    Le cinéma de David Cronenberg a pour propension les organes et la débandade de leur organisation. La débandade des organes, la Bérézina des organisations, la morbidité des organismes : une foire aux atrocités dans les rapports de voracité de l'organique et de l'inorganique. Les organes prolifèrent, les organismes sont…par Des Nouvelles du Front cinématographique15 min
    15 min
  3. Je dois donner chair aux verbes puis filmer la chair faute de filmer le verbe de .

    David Cronenberg avec Lacan

    Depuis ses débuts à la fin des années 60 jusqu'à son dernier film en 2022, David Cronenberg s'est imposé comme un grand réalisateur de films de genre. Si la complexité de son œuvre est largement reconnue, on évoque aussi souvent sa très grande cohérence thématique. Pourtant, à y regarder de plus près, on retrouve à…par Maxime Parola18 min
    18 min

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