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Chantal Akerman : Des chambres dans la nuit

I don’t belong anywhere est le titre du documentaire qu’a réalisé Marianne Lambert en 2015 sur Chantal Akerman. Mais cette dernière appartient-elle vraiment « à nulle part » ? Est-elle véritablement une cinéaste nomade ? Oui, si on retrace l’itinéraire de sa filmographie qui n’a jamais cessé d’arpenter le monde pour porter un regard sur les lieux où règnent encore la division et les aliénations. Non, car Chantal Akerman n’a pas toujours été en exil même si, effectivement, elle n’a peut-être jamais trouvé sa propre maison. Car en effet, dans les nuits solitaires de ses films, il reste aujourd’hui des chambres. C’est le lieu où s’est accompli pour elle ce qu’il y a de plus important : l’amour (Je, tu, il, elle, entre autres), les rencontres et, surtout, à la fin de sa vie, il y a ces images de Natalia, sa mère, dans No Home Movie. Il y a donc la nuit du dehors et le bouillonnement affectif des chambres qui offrent malgré tout un refuge, ou du moins un lieu où se joue toujours quelque chose (on pense aussi à Jeanne Dielman, bien évidemment).

Ce cycle de textes, appelé à évoluer constamment, entend restituer ce double mouvement d’exil et de recherche de refuge(s), tout en brisant certains clichés qui entourent le cinéma de Chantal Akerman. Une fois redécouverts, sa grandeur et son génie (désolé pour le gros mot) brillent de mille feux : il apparaît évident que Chantal Akerman transformait tout ce qu’elle touchait en or, peu importe le genre et la nature du film (documentaire, comédie, portrait, installation, art vidéo…). Peu de cinéastes peuvent revendiquer une telle hétérogénéité.

(Guillaume Richard)

9 textes1 h 28 de lecture

Les textes

  1. Jeanne Dielman, 1976

    La prisonnière de son désert

    Elle a dit une fois qu'il lui est arrivé comme ça, le film comme tombé d'un coup, calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur à l'instar de son jumeau, La Maman et la putain (1973) de Jean Eustache. Comment l'éclair a pu déchirer et quelque peu éclaircir une nuit agitée, encore une parmi mille et une autres, toutes…par Des Nouvelles du Front cinématographique14 min
    14 min
  2. News From Home, 1976

    Dialectique urbaine

    Au début des années septante, Chantal Akerman s’installe pendant plusieurs mois à New York. Là-bas, la jeune réalisatrice fréquente l’avant-garde du cinéma expérimental et réalise plusieurs courts et moyens-métrages. En 1976, elle revient à New York pour y tourner les images de la ville qui viendront accueillir la…par Louis Leconte7 min
    7 min
  3. Je, tu, il, elle, 1976

    L’autre sans quoi

    La mise à nu est une franchise quand le franchissement des seuils du visible a ainsi valeur d'affranchissement. Avec Je, tu, il, elle, Chantal Akerman âgée de 24 ans seulement se constitue à l'image en sujet qui s'expose moins comme une personne que comme personne. La subjectivation ouvre chez elle à l'impersonnelle…par Des Nouvelles du Front cinématographique21 min
    21 min
  4. Toute une nuit, 1982

    Symphonie cinétique

    Dans Toute une nuit, la nuit n’est pas qu’une simple toile de fond, elle est une matrice de laquelle surgissent les gestes mélodramatiques des anonymes. Ces gestes sont le centre de gravité du film, tandis que les personnages sans nom et les mini-récits discontinus ne sont que des instruments qui permettent à Chantal…par Louis Leconte5 min
    5 min
  5. Un jour Pina a demandé..., 1983

    L’esprit qui danse

    Un jour Pina a demandé... consiste à reprendre à la scène ce qui appartient au film : Chantal Akerman veut puiser dans le travail de Pina Bausch ce qu’il y a de cinématographique pour le faire passer de l’art de la danse à son art à elle, le cinéma.par Thibaut Morand3 min
    3 min
  6. La Captive, 2000

    La privation du regard

    Dans La Captive, le corps d’Ariane est l’objet d’une traque continue. Chantal Akerman entreprend ainsi de donner à voir ce qu’est un personnage qui disparaît, vivant écrasé par le poids du contrôle et des dispositifs de pouvoir qui pèsent sur lui.par Antoine Schiano di Lombo8 min
    8 min
  7. De l'autre côté, 2002

    Sur-réalisme

    Un lien existe-t-il entre De l’autre côté et la peinture de René Magritte ? Si c'est le cas, il faudrait alors qualifier certains films de Chantal Akerman de sur-réalistes, puisqu'elle cherche toujours à capter ce qui, dans l'image, s'y loge et la déborde, ce qui la hante et s'y dissémine. Chaque récit que livrent les…par Guillaume Richard15 min
    15 min
  8. No Home Movie, 2016

    Si loin, si proche

    No Home Movie, le dernier film de Chantal Akerman, est traversé par un mouvement qui oscille entre les forces contraires de l’éloignement et du rapprochement. Car la distance semble être au cœur de bien des images, une distance à entendre d’un point de vue spatial, corporel comme émotionnel. Une distance sans cesse à…par Jérémy Quicke5 min
    5 min

Autour de l’œuvre

  1. Chantal Akerman. Travelling

    Bifurquer entre les mondes

    L'exposition « Chantal Akerman. Travelling » est une invitation à bifurquer et à se mouvoir dans les mondes où Chantal Akerman nous emmène. Bifurquer physiquement, avec notre corps et nos affects, mais aussi pour rencontrer ses mots, sa pensée. Bifurquer, comme à l'entrée de l'exposition au Palais des Beaux-Arts de…par Guillaume Richard10 min
    10 min

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