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Pierre Mathieu

Professeur de Lettres en région parisienne, Pierre Mathieu a signé quelques critiques pour le site culturel français Diacritik (Watchmen, Be Happy). Il s’intéresse surtout aux pouvoirs de reconfiguration politique et philosophique des films. Il ne se remettra jamais vraiment de sa découverte bien trop tardive de The Leftovers, et envie toutes celles et ceux qui peuvent, à ce jour encore, le voir pour la première fois. Il découvre le plaisir du cinéma avec Gremlins, de Joe Dante, et peut revisionner Les Idiots de Lars Von Trier tous les ans (de préférence au moment des élections présidentielles).
Jesse Eisenberg, Dakota Fanning et Peter Sarsgaard en voiture dans Night Moves
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« Night Moves » de Kelly Reichardt : La radicalité en eaux troubles

20 octobre 2021
S’il est difficile de résumer un film de Kelly Reichardt par un seul et unique geste, c’est que la cinéaste prend un malin plaisir à repeupler des territoires que le spectateur ne connaît que trop bien (le western, le road movie, le thriller politique) pour mieux le dérouter, et ce à la faveur d’un rythme qu’elle étire ou d’un suspens qu’elle démotive. Dans Night Moves, trois militants écologistes décident d’entreprendre la destruction d’un barrage de l’Oregon, qui menace la biodiversité locale. Au rebours de toute tension proprement narrative, Reichardt explore, au travers de cette petite communauté humaine en quête d’idéal et d’action politique, les contradictions de l’intime et du vivant.
Billy (David Bradley) avec son faucon dans les champs dans Kes
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« Kes » de Ken Loach : Enfances politiques (1/3)

22 septembre 2021
La traversée critique de trois films de Ken Loach au prisme de l’enfance permet d’interroger la place singulière que sa cinématographie accorde à cet âge de la vie, au carrefour des déterminismes qu’il dénonce et de la quête radicale de liberté qu’il appelle de ses vœux. Dans Kes (1969), le cinéaste britannique – qui signe son film sous le prénom de Kenneth pour la dernière fois –, fort du succès de Cathy Come Home (1968) sur le petit écran, retrace la trajectoire de Billy, enfant à problème d’une famille minière du Yorkshire qui va entreprendre de dresser un jeune faucon. Estampillé « classique » du cinéma social traitant de l’enfance, ce film, loin de s’enfermer dans les pesanteurs du réalisme, fait plutôt montre d’une incroyable liberté formelle, et révèle les ferments de la vision politique de son auteur.
Les parents portant leur jeune enfant dans So Long, My Son
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« So Long, My Son » de Wang Xiaoshuai : Les figures de l’absence

3 juin 2021
So Long, My Son, treizième film du réalisateur chinois Wang Xiaoshuai, est une ample fresque historique qui s’ancre dans la Chine communiste des années 1980 jusqu’à nos jours. Elle épouse les destins singuliers de Yaojun (Wang Jing-Chun) et Liyun (Yong Mei), couple endeuillé par la perte accidentelle de leur enfant. À rebours du mélodrame sans nuance ou de la seule critique de la politique de l’enfant unique et de ses conséquences sociales dramatiques, Wang Xiaoshuai choisit d’interroger, avec subtilité et pudeur, la profondeur mystérieuse des liens qui, sur le long terme, unissent une communauté d’êtres traversés par la même violence indicible.