« On aime le cinéma de Claire Denis parce qu’il était immunisé contre l’hystérie. Et son immunité était la nôtre, notre protection face aux déluges d’une hystérisation des rapport sociaux à l’heure, critique, des viralités démultipliées, médiatiques et zoonotiques. Non pas que les personnages de Claire Denis soient dépourvus d’hystérie, plus souvent les hommes que les femmes d’ailleurs, le frère de Nénette et Boni (1996), l’ancien légionnaire de Beau travail (1999), mais les films, eux, ne l’étaient jamais. Le peau des choses et la chair du monde invitaient à l’écumeuse dissémination, douce et taiseuse, des plans comme autant de fragments caressés, des touches à distance, mutiques et elliptiques, dont la sensualité garantissait l’impénétrabilité des êtres et l’opacité de leur désir. » Saad Chakali & Alexia Roux