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Toutes les publications

Masatoshi Nagase et Yūki Kudō dans leur chambre d'hôtel dans Mystery Train
Rayon vert

« Mystery train » de Jim Jarmusch : En vacance permanente

11 janvier 2026
Mystery train de Jim Jarmusch est un anti-road movie suspendu dans le temps autant qu'un biopic fantôme sur ce qu'il reste d'Elvis Presley. Le film refuse les mouvements tout tracés pour saisir les manifestations les plus singulières de l'inertie d'un rayonnement spectral. C'est aussi un film musical qui doit beaucoup à deux morceaux d'Elvis, Mystery train évidemment, et Blue Moon, tant pour leurs tonalités que pour leur forme.
Iggy Pop, Ron Asheton et Scott Asheton en studio dans Gimme Danger
Esthétique

« Gimme Danger » de Jim Jarmusch : Les indomptés

11 janvier 2026
En 2016, Jim Jarmusch est à Cannes et il compte double : Paterson est projeté en compétition officielle, en « Séance de Minuit » Gimme Danger. Et les hiérarchies s’inversent : le documentaire vaut mieux que la fiction tout en partageant une idée commune : l’art n’advient qu’à l’épreuve du non-art, dans l’écart ténu d'avec son contraire. L’épopée des Stooges est plus sincère que l'ascèse du poète amateur qui, lecteur de William Carlos Williams, reconnaît comme lui que la poésie est partout, dans la matière du monde comme dans l’absence d’œuvre – partout, oui, sauf chez sa compagne. Cette inégalité n’a pas cours avec des musiciens qui ont converti en fureur et riffs l’électricité ouvrière de Detroit d’où ils sont originaires. Le rock y était animé alors d’un génie populaire, disposé à un communisme primitif et un anarchisme légendaire. Gimme Danger s’y consacre avec une belle simplicité en préférant au statut de l’héritier dandy capitalisant sur les survivances d’hier celui du témoin doublé de l’ami fidèle.
Forest Whitaker et la petite fille assis sur un banc dans Ghost Dog
Rayon vert

« Ghost Dog : La voie du samouraï » de Jim Jarmusch : Le bâtisseur de ruines

8 janvier 2026
Ghost Dog : La voie du samouraï est un film à la respiration lente. Jim Jarmusch y sculpte un cinéma de la marge, sec et nocturne. Il refuse l’escalade. Il préfère l’inéluctable. Chaque mort est déjà écrite. Ghost Dog le sait. Il n’esquive pas. Il avance vers la fin comme on respecte la mesure de son modèle qu'il sample : Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville, qu'il répète pour le faire bruire autrement.
Roberto Benigni, Tom Waits et John Lurie sur leur lit dans leur cellule dans Down By Law
Rayon vert

« Down By Law » de Jim Jarmusch : To look out the window

8 janvier 2026
Si on se souvient facilement de Down By Law pour ses personnages marginaux et son vagabondage Louisianais, un récit oublié se dessine discrètement. Alors que le film voyage à travers de nombreux espaces, les portes, les murs ou encore les fenêtres briguent avant tout une maison à habiter.
La jeune fille devant le miroir où apparaît le fantôme dans Presence de Steven Soderbergh.
Rayon vert

Les Épiphanies : Tentative de ne pas faire un Top Cinéma 2025

6 janvier 2026
Les épiphanies sont pour nous autant d'occasions de ne pas faire de top cinéma 2025 des meilleurs films de l'année : ni hiérarchie, le moins de jugement de goût possible, que le passage d'affects quelque part entre les écrans de cinéma, les pensées et les corps des spectateurs.
Joan Fontaine derrière le rideau dans Rebecca d'Alfred Hitchcock.
Esthétique

« Rebecca » d’Alfred Hitchcock : Jasper, de tout mon cœur

1 janvier 2026
Rebecca est le premier film hollywoodien d’Alfred Hitchcock et le cinéaste anglais est allé à Hollywood comme son héroïne entre dans Manderlay. Le château de conte de fées est l’antre d’un dragon : pour elle, l’absente que tout le monde vénère jusqu’à faire d’elle une intruse, une doublure privée même de son nom ; pour lui, David O. Selznick qui remportera l’Oscar du meilleur film sur son nom gagé sur son statut de producteur, et non celui de son réalisateur. Le style hitchcockien y est corseté, tenu à l’étroit des deux côtés, par la littérature psychologique de Daphné du Maurier et les pesanteurs du décoratisme. Il y inscrit pourtant ses tropes, aveu, chantage et indistinction entre innocent et coupable, en collectant les éléments d’un romantisme gothique et noir qui imprégnera d’autres films hollywoodiens de la décennie. Surtout, la revoyure est récompensée de son obstination avec deux miracles qui diagonalisent le soupçon d’académisme. L’aveu impossible et un chien nommé Jasper éclairent en mineur d’autres pistes qui racontent autrement une histoire du cinéma qui est aussi de cinéphilie.
Tao Zhao pose sa main sur le robot dans Les Feux sauvages Jia Zhang-ke
Rayon vert

« Les Feux sauvages » de Jia Zhang-ke : Le langage à la dérive

1 janvier 2026
Que reste-t-il des expérimentations des Feux sauvages, dans lequel Jia Zhang-ke revisite ses propres films ? Une histoire d’amour et un regard sur une certaine évolution de la Chine contemporaine, selon la majorité des critiques. Mais une marée plus discrète nous a cependant attrapés : celle du langage. Le voyage se fait également à travers des bouches, des mots, des bruits, des chansons et des silences.
Galatea Bellugi dans la neige devant sa maison dans L'Engloutie
Le Majeur en crise

« L’Engloutie » de Louise Hémon : Le désir à vingt-mille lieues sous les neiges

28 décembre 2025
Avec L’Engloutie, Louise Hémon raconte l’arrivée d’une jeune institutrice dans un hameau de montagne isolé par l’hiver. À travers ce huis clos suspendu hors du monde, le film explore la confrontation entre une rationalité républicaine triomphante à l’aube du XXe siècle et des savoirs traditionnels immémoriaux. Dans cet univers parcouru de lignes de tensions vives, le film apparaît comme une fable sur le désir et la place qu’il peut occuper, sans pour autant renverser l’ordre des choses. Entre ethnographie sensible d’un milieu social et conte, L’Engloutie déploie une réflexion sur l’hostilité — celle du paysage autant que celle du groupe.
Andrés Roca Rey dans l'arène dans Tardes de soledad de Albert Serra
Interview

Interview d'Albert Serra : « La porte d’entrée, c’est l’organicité »

20 décembre 2025
À l’occasion du close-up qui lui était consacré à Bruxelles par Bozar, nous avons rencontré Albert Serra afin de l’interroger sur son parcours, son travail esthétique et ses (non-)sources d’inspiration.
Tereza conduit le bateau de Cadu dans The Blue Trail
Rayon vert

« The Blue Trail » de Gabriel Mascaro : Les pistes invisibles

16 décembre 2025
The Blue Trail de Gabriel Mascaro est un grand film sur le regard qui trace des chemins à la fois buissonnants et invisibles à la lisière d'un monde quadrillé par le fascisme. Si c'est aussi un grand film politique, c'est d'abord parce que la critique dystopique du fascisme n'est qu'une étape menant à la redécouverte de la puissance du regard. Gabriel Mascaro est un réenchanteur, un magicien, mais aussi un traqueur de pistes visibles et invisibles.
La jeune fille avec son œuf dans L'Œuf de l'ange de Mamoru Oshii
Rayon vert

« L’Œuf de l’ange » de Mamoru Oshii : Ex-voto, ex ovo

16 décembre 2025
L’Œuf de l’ange a l’animation votive. Ses ex-voto sont des images de souhait composées avec les mains pour montrer que si nous naissons ex ovo, nous vivons dans la respiration du désir de l’œuf qui est une mélancolie de la résistance. Cette part d’ange et d’enfance qui est foi sans religion et pure croyance maintient le vide en recueillement du possible, contre toute volonté de néant. Renouveler le réel se fait par l’irréel, qui soutient le chiffre édénique d’une chose perdue et que l’on n’a jamais eue, quand la réalité est la terre vaine d’une dévastation achevée.
Les deux personnages face à la piscine vide dans Les Bruits de Recife
Rayon vert

« Les Bruits de Recife » de Kleber Mendonça Filho : Délirer le monde

16 décembre 2025
À l'image de sa séquence d’ouverture, Les Bruits de Recife ne désigne pas de personnage principal ni de ligne directrice formelle. S'il y un personnage central dans le film de Kleber Mendonça Filho, c’est la ville de Recife qui organise la dramaturgie en adoptant un principe de porosité. Ce choix formel pose une analogie avec la perception humaine et implique de considérer l'objet film en question comme un corps organisé. Dans Les Bruits de Recife, la diversité des rapports au réel (rapport affectif, sensoriel, descriptif, impressionniste) soutenue par une grande variété de formes plaide pour une démultiplication de notre découpe du monde, tout en produisant une déhiérarchisation des sujets et modes de perception.
Motaz Malhees colle la photo de Hind Rajab sur la vitre de son collègue dans La Voix de Hind Rajab
Critique

« La Voix de Hind Rajab » de Kaouther Ben Hania : Tombeau pour une luciole

10 décembre 2025
Dans La Voix de Hind Rajab, Kaouther Ben Hania voulait rendre les derniers honneurs à l'enfant disparu comme à un peuple palestinien laissé sans voix. Mais, finalement, la pompe de son film n'est ni un enterrement, encore moins une célébration, mais un véritable enfouissement qui confine à l’anéantissement : une mise au tombeau de Hind Rajab.
La mère et ses deux enfants arpentant les couloirs impersonnels de la justice, dans On vous croit
Critique

« On vous croit » de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys : Les gueules de l'emploi

10 décembre 2025
En plus de recycler des normes esthétiques et des archétypes du cinéma belge francophone à sujet, maintenant devenu art institutionnel, On vous croit de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys théorise également les emplois récurrents d'acteurs devenus partie intégrante de ce système clos et oppressif. S'il côtoie les bas-fonds avec ses têtes au carré, ses gorges profondes et ses personnages fonctions (flamande magique, clown grotesque et pédophile de service en tête), c'est surtout par sa manière de livrer en pâture l'incontinence fécale d'un enfant-martyr sacrificiel qu'il atteint des sommets d'abjection et gagne ses galons de film merdique.
Les enfants se baignent dans la mer dans Six jours ce printemps là
Critique

« Six jours ce printemps-là » de Joachim Lafosse : À perdre la maison

10 décembre 2025
Film de la déflation après l'implosion, Six jours ce printemps-là joue la carte de la discrétion, mais si l'auteur fait le mort, c'est en marchant à pas de loup pour différer sa résurrection.
Jessica Pennington, Salim Kechiouche et Shaïn Boumedine dans Mektoub my Love : Canto Due
Critique

« Mektoub, My Love : Canto Due » d’Abdellatif Kechiche : La lune dans le caniveau

5 décembre 2025
Mektoub, My Love : Canto Due est un film d’après la catastrophe dont le crash cannois du volet intermédiaire, Intermezzo, est le témoignage le plus spectaculaire. Abdellatif Kechiche y a laissé tant de plumes qu’il en aura grillé sa réputation, déjà bien entamée par la chronique des scandales médiatiques, cramant son crédit financier avec le dépôt de bilan de sa société de production, et même sa santé tout court. C’est, à sa façon, un film post-apocalyptique. L’étirement des durées soulève moins qu’elles font endurer le retour des mauvais scénarios policiers et les envolées, naguère réussies, s’émoussent désormais avant de retomber en soufflet ratés. La déflation est une lame de fond dont le malheur est promis à toujours durer. Le cinéaste y pousse dans ses ultimes retranchements la polarisation à laquelle il tient comme à sa malédiction : la croix de la faim et de l’infâme. La gourmandise s’y affaisse en boulimie dépressive, avant un sabordage assumé comme une auto-immolation par le feu, un rituel auto-sacrificiel. Le titre l’aurait toujours déjà prophétisé : Mektoub, My Love substitue à celui, durassien, d’Hiroshima, le mot arabe pour dire le destin. Si les prophètes sont tous de malheur, le cinéaste aura été le sien.
Don Quichotte et Sancho en errance dans Honor de Cavalleria de Albert Serra
Rayon vert

« Honor de Cavalleria » d'Albert Serra : Le métier de vivre

5 décembre 2025
En 2006, Albert Serra revisite Don Quichotte sans l’adapter, en le réinventant dans un geste radical qui tient autant de l’ascèse que de la provocation. Honor de Cavalleria n’est pas un film « sur » la chevalerie, ni une transposition contemporaine de Cervantès, mais une méditation prolongée autour de ce que signifie encore – ou ne signifie plus – l’idéal chevaleresque lorsqu’il est dépouillé de ses attributs narratifs habituels. Un film laboratoire littéraire et philosophique, par le cinéma.
Glenn Powell dans "Running Man" d'Edgar Wright
Critique

« Running Man » de Edgar Wright : Politique de l'aristo-conservatisme

3 décembre 2025
Running Man n'est pas le film que l'on croit. Il défilme ce qu'il filme. Il voudrait nous faire croire à ses lendemains qui chantent, sa révolution. Mais tout conspire contre cette idée dans le film d'Edgar Wright. Sur le plan politique, Running Man est hautement aristocratique, conservateur au possible, jamais démocratique.
Benjamin Voisin sur la plage dans L'Étranger
Critique

« L'Étranger » de François Ozon : Réenchanter l'Algérie française

30 novembre 2025
François Ozon, avec L'Étranger, voulait refaire le match de Camus, qui s'y connaissait en football. Aller jouer à l'extérieur, rendre à Alger ses territoires perdus. Mais, en guise de film décolonial, François Ozon finit par jouer à domicile. Il recolonialise l'Algérie. Un film d'époque pour l'époque, donc, à la pente douce, mais sûre, qui prépare comme tant d'autres les esprits à la reconquête nationale.
Le Roi Soleil (Jean-Pierre Léaud) avec un enfant dans La Mort de Louis XIV
Esthétique

« La Mort de Louis XIV » de Albert Serra : Itinéraire d’un nécro-fils

29 novembre 2025
Le catafalque s’expose somptueux mais de quel enterrement de première classe alors s’agit-il ? On croyait la poignée de mains fraternelle, c’est un baiser de la mort. Il ne peut y avoir deux souverains comme il ne peut y avoir qu'un unique vainqueur dans l'arène, sa gloire dans le sang et la mort. Le souverain se meurt, pas l’État qu’il aura fait à son image et dont les gardiens sont les docteurs. Son acteur mourra aussi, pas le Cinéma qu’il emblématise, et qu’embaume le docte réalisateur. Celui qui a été Saint-Just le temps d’un Week-end chez Jean-Luc Godard en prophétisant Mai 68, est canonisé en souverain de droit divin quand le geste révolutionnaire confiait la souveraineté au peuple en décapitant le citoyen Capet. La pompe d’Albert Serra n’est réactionnaire qu’à se complaire en dandy dans la cure antirévolutionnaire. Hier, les ciné-fils étaient obsédés par la mort du cinéma, Wim Wenders et Serge Daney. Désormais, leurs héritiers en sont les croque-morts, la modernité gangrenée par les nécro-fils d’aujourd’hui.
Lucy Russell dans L'Anglaise et le Duc
Esthétique

« L’Anglaise et le Duc » d’Eric Rohmer : Contre la Révolution – tout contre

25 novembre 2025
Un quart de siècle après sa réalisation, alors que des médias financés par des milliardaires, catholiques intégristes, agitent le chiffon blanc du retour messianique d’un royalisme censé sauver la France de ses dérives démocratiques, revoir flambant neuf et sur grand écran L’Anglaise et le Duc offre la merveilleuse occasion de se redire une nouvelle fois qu’Eric Rohmer est l’un des plus importants artisans que le cinéma français ait jamais comptés et que son antépénultième film cultive l’intelligence et la sensibilité de nous convier à une disputatio intérieure, passionnante et passionnée, sur la puissance de dissensus qu’un événement aussi radical que la Révolution française peut encore susciter. Un point de vue situé et documenté, celui de Grace Elliott qui a vécu à Paris jusqu’en 1793, est l’occasion d’un conflit des facultés qui traverse en diagonale l’écran, entre une femme loyale à la royauté dont l’aventure révèle qu’elle est plus révolutionnaire qu’elle ne le croit, et nous qui la regardons en admirant sa fièvre et son enthousiasme, libres de critiquer ses positions. Original dans sa conception, exemplaire de la façon dont Eric Rohmer avait foi en l’expérimentation, L’Anglaise et le Duc est un grand film en trompe-l’œil, révolutionnaire en étant contre la Révolution – tout contre.
Teddy (Jesse Plemons) et Don (Aidan Delbis) à table dans leur maison dans Bugonia
Critique

« Bugonia » de Yorgos Lanthimos : Métaphysique plate

24 novembre 2025
Le cinéma de Yorgos Lanthimos est fasciné par les mauvaises herbes et le sol sur lequel elles poussent. Bugonia l'illustre une nouvelle fois, tout en contredisant inexplicablement le constat dévastateur que le cinéaste, cynique, avait dressé : les abeilles comme la nature renaîtront sur la carcasse de l'humanité. Le film ressemble à un délire manqué quand sa métaphysique se révèle être aussi plate que la terre ne l'est pour les conspirationnistes les plus incrédules.
La scène de dîner alcoolisé dans "Ce que cette nature te dit" de Hong Sang-soo
Critique

« Ce que cette nature te dit » de Hong Sang-soo : L’alcool mauvais (ou « Tu t’es vu quand t’as bu ? » )

22 novembre 2025
Dans Ce que cette nature te dit, Hong Sang-soo prend à rebours son utilisation coutumière de l'alcool comme révélateur pour ses personnages, et se range du côté des petits maîtres de la distance - Thomas Vinterberg en tête - pour se contenter d'en exposer les méfaits. Donnant une illustration parfaite de l'expression « avoir l’alcool mauvais », le film revêt au final l'habillage d'un jeu de massacre en terrain miné et en vase clos, à peine éclairci par une très courte et obscure scène d'épiphanie nocturne.
Rebecca Ferguson dans la salle de contrôle dans A House of Dynamite
Critique

« A House of Dynamite » de Kathryn Bigelow : Du racialisme au cinéma

15 novembre 2025
La réception critique du dernier film de Kathryn Bigelow, A House of Dynamite, a été plutôt laudative. Il faut repartir de ce quasi-unanimisme pour montrer que tout ce qui est à mettre au crédit du film pourrait tout aussi bien être à charge. D'une part, le film n'est pas autant synchrone de son époque. Aussi abouti et théorique soit-il, A House of Dynamite est en retard thématiquement mais aussi conceptuellement. Au mieux, sa bombe ferait l'effet d'un pétard mouillé. D'autre part, le film entretient une rhétorique de l'urgence problématique, qui le rend aussitôt suspect : sa bombe ne serait pas nécessairement celle que l'on croit. Par tout un travail de dissimulation scénaristique et formel, se révélerait l'autre bombe du film, à l'origine de la véritable catastrophe pour la cinéaste : la venue au pouvoir d'un président noir aux États-Unis. Par tout un jeu de racialisation camouflé par les autres enjeux du film, Kathryn Bigelow aurait alors sans doute signé le film que l'Amérique raciste de Donald Trump espérait tant.
Fatima (Nadia Melliti) et Ji-Na (Park Ji-min) à la manifestation dans La Petite Dernière
Critique

« La Petite Dernière » de Hafsia Herzi : Du paternalisme cinématographique

11 novembre 2025
La Petite Dernière, c'est la version banlieue des Dents de la mer, à propos de ce qu'en disait Serge Daney : un film de monstre, sur une sorte de monstre, un film sur une jeune femme hors-norme (banlieusarde mais intelligente, musulmane mais lesbienne), produisant un film conservateur au possible afin de permettre à la communauté – française et critique – de se réassurer fermement sur ses assises, de se resolidariser à l'endroit où suppuraient tous ses points de suture, quand tout irait à vau-l'eau.
Florence Longpré et Thomas Ngijol dans "Empathie"
Esthétique

« Empathie » de Florence Longpré : Pathétie de l'empathie

11 novembre 2025
Empathie est une série à succès qui voudrait nous faire croire en sa vertu, quand son désir d'empathie est un délire de télépathie, la croyance en l'illusion de la transparence totale de l'autre, qui permettrait de se mettre à sa place. La série le montre par-devers elle, l'empathie est une thanatopraxie, une vertu de mante religieuse, qui colonise l'autre jusqu'à l'abolir.
Léa Drucker et Anamaria Vartolomei avec Adam dans L'Intérêt d'Adam de Laura Wandel
Critique

« L'Intérêt d'Adam » de Laura Wandel : Le cinéma mis en famine

30 octobre 2025
L'état dans lequel se trouve le petit Adam résume parfaitement ce que fait subir Laura Wandel au cinéma : une famine. Sa vision du monde est inhospitalière et fascinée par les effets de la pulsion de mort. Après Un monde qui s'intéressait déjà péniblement au calvaire d'Abel, L'Intérêt d'Adam remet le couvert avec un récit doublement christique mettant en scène une sainte face à la souffrance humaine incarnée au stade terminal par Adam. Le film est à la fois hagiographique et moralisateur car il repose autant sur le jugement de la sainte que de l'enfant martyr.
Joaquin Phoenix et Vinessa Shaw s'embrassent dans Two Lovers
Rayon vert

« Two Lovers » de James Gray : Le drame du seuil

27 octobre 2025
Si Two Lovers a tous les apparats de l'histoire d'amour, il est fondamentalement tourné autrement. S'y met en scène un rapport existentiel au monde. Il raconte l'égarement, comme tournoie au ciel le soleil, un tournoiement sans raison, comme son personnage Leonard va de côté, ou bien le malheureux, ou bien le fou, ou la pensée, en rond.
Clint Eastwood et Meryl Streep dans Sur la Route de Madison
Rayon vert

« Sur la Route de Madison » de Clint Eastwood : La photographie des amours effacés

27 octobre 2025
Dans Sur la Route de Madison de Clint Eastwood, l’éternité tient dans quatre jours. Quatre jours pour éprouver un amour, sa mémoire, qui pose une question essentielle : comment l'amour survit-il au temps ? L'occasion de penser ses réponses en regard d'un apparent contre-Madison : Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.
Le couple Clementine/Joel (Kate Winslet et Jim Carrey) dans "Eternal Sunshine of the Spotless Mind"
Rayon vert

« Eternal Sunshine of the Spotless Mind » de Michel Gondry : Élégie des souvenirs perdus

27 octobre 2025
Eternal Sunshine of the Spotless Mind, sous des allures de romance auréolée de science-fiction, met en jeu une question immémoriale : peut-on réellement se défaire de la douleur de l’amour, et plus fondamentalement, à quel prix peut-on se soustraire de la mémoire elle-même ? S'en dégage une philosophie de vie : si l'amour ne peut se déployer que dans la fragilité du temps, rien ne survivra d'autre que dans l’acceptation de l’échec, soit dans la possibilité toujours ouverte de recommencer.
Fatem sur le téléphone portable de Sepideh Farsi
Esthétique

« Put Your Soul on Your Hand and Walk » de Sepideh Farsi : Effet de montage, effet de ciblage ?

16 octobre 2025
Put your Soul on your Hand and Walk est un film en trompe-l'oeil, qui fait mentir sa réalisatrice, Sepideh Farsi. Un film attrape-monde, qui croyant rendre hommage à la jeune journaliste qu'il filmait en contexte de guerre, à Gaza, finit, par ses choix de mise en scène comme de montage, par la livrer malgré elle à son ennemi. Un documentaire qui se voulait traduction – de la guerre –, qui se finit en trahison. Put your Soul on your Hand and Walk prépare l'enterrement définitif de Fatma Hassona. Sepideh Farsi n'en porte-t-elle pas une part de responsabilité ?
Vahid enterre le corps de Eghbal au début de Un simple accident
Critique

« Un simple accident » de Jafar Panahi : Le règne animal

7 octobre 2025
Les chiens sont partout dans Un simple accident de Jafar Panahi. Dans les montagnes et du côté des bourreaux qui appliquent la loi. Quant aux victimes du régime, leurs corps souffrent comme des bêtes boiteuses et leur désir de vengeance n'est pas moins bestial. Le règne animal serait-il total ? Jafar Panahi sauve son film démonstratif reposant sur un scénario didactique en faisant revenir de l'humanité dans l'animalité.
Ryan Gosling et Emma Stone se regardent à la fin de La La Land de Damien Chazelle
Esthétique

Une trilogie de la mélancolie : Défense et illustration de Damien Chazelle

7 octobre 2025
Une part importante de la critique semble être aujourd’hui de moins en moins favorable au cinéma de Damien Chazelle. Pourtant, c’est bien une œuvre qui prend ici forme, une forme aussi nette que complexe à travers des motifs et des enjeux, narratifs et visuels, partagés au moins par ses trois derniers films : La La Land, First Man et Babylon. La création s’y réfléchit mélancolique – la perte, l’effacement d’un genre, la ruine même sont ses moteurs paradoxaux.
Leonardo DiCaprio sur la route à la fin de Une bataille après l’autre
Critique

« Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson : L’éclate et l’arrêt

27 septembre 2025
La révolution n’attend pas. Elle court comme le furet et l’on court après lui comme un lièvre qui toujours échappe en se montrant à la fin comme peau de lapin. C’est que la révolution est à l’époque du capitalisme tardif la réitération festive d’un principe de plaisir, un carnaval de signes et non la vérité d’une rupture dans l’ordre des situations. Ce qui mettra à l’arrêt l’éclate d’une jouissance que se distribuent les antagonistes, conservateurs et libertaires qu’aliène la même culture de masse, est la discipline d’un père aimant sa fille, l’unique sésame. Le reste, on s’en balance comme d’une guigne.
Le héros de Oui de Nadav Lapid avec son canard sur l'épaule.
Critique

« Oui » de Nadav Lapid : Défigures du Palestinien

27 septembre 2025
Oui est un drôle de film. Antipode à la politique génocidaire israélienne, son « non » dit « oui ». À perdre sa langue en cours de film, son « non » consent constamment, pour être tout entier construit sur la négation de la figure du Palestinien. Embué d'horizon rabougri, totalement resserré sur la figure de Nadav Lapid, son « non » devient alors complice. S'extrême-sionise.
Mark Wahlberg et Julianne Moore s'embrassent dans Boogie Nights
Rayon vert

« Boogie Nights » de Paul Thomas Anderson : Incarnation industrielle

27 septembre 2025
Boogie Nights nous lance en plein visage, avec humour et à travers des personnes grotesques, les effets délétères d’une culture industrielle, où le porno dans les années 80 fait office de scène tragi-comique de la vie moderne. Ainsi, jamais les années 80, a priori enfiévrées et pleines de couleurs, n'auront procuré comme dans Boogie Nights un sentiment de pourriture et de mort.
Freddie (Joaquin Phoenix) le photographe, dans "The Master"
Rayon vert

« The Master » de Paul Thomas Anderson : Les visages du maître

19 septembre 2025
Au milieu de la filmographie de Paul Thomas Anderson, The Master explore le paysage intérieur de Freddie Quell – Joaquin Phoenix. S’il s’efforce de représenter visuellement la subjectivité du personnage central, celle-ci est traversée par d’autres visages qui tentent tant bien que mal de cohabiter dans le plan. Dans ces visages qui se cherchent se cache peut-être l'un des fils fantômes du cinéma andersonien.
Adam Sandler et Emily Watson en ombres chinoises dans "Punch-Drunk Love"
Rayon vert

« Punch-Drunk Love » de Paul Thomas Anderson : Le réenchantement du monde

19 septembre 2025
Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson est un film qui, sous des apparences comiques et absurdes, cache une méditation sur la fragilité humaine, le poids du monde moderne et la possibilité rédemptrice de l’amour.
La relation "toxique" de Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) et Alma (Vicky Krieps)
Rayon vert

« Phantom Thread » de Paul Thomas Anderson : L’amour des champignons

19 septembre 2025
Le huitième long métrage de Paul Thomas Anderson poursuit une œuvre déjà largement consacrée par la critique et le public. Dans Phantom Thread, la figure de l’artiste est elle-même prise pour objet, dans la lignée de ce qui caractérise son œuvre : des récits foisonnants qui ouvrent sans cesse de nouvelles pistes et des jeux narratifs complexes. La relation de Reynolds et Alma, au-delà de seulement interroger la place de l’amour dans la vie de l’artiste solitaire, propose en fait le récit de l’inversion d’une relation de pouvoir, d’un homme toxique finalement empoisonné par une femme. C'est ainsi un récit sur la mode, une histoire d’amour, ou bien ni l’un ni l’autre, il avance par détours, en quête de ce fil fantôme qui unit ses personnages.
Sergi López et Bruno Núñez dans "Sirât" d'Oliver Laxe
Interview

Interview d'Oliver Laxe pour « Sirât » : Se rapprocher de la mort pour revitaliser les images

9 septembre 2025
Dans ce grand entretien, Oliver Laxe analyse Sirât du point de vue matérialiste, organique et métaphysique, et revient aussi sur les problématiques contemporaines que le film aborde, comme les crises migratoires, politiques et écologiques.
Nanni Moretti et son équipe de Water-polo dans Palombella rossa
Rayon vert

« Palombella rossa » de Nanni Moretti : Le rouge au fond du bleu

9 septembre 2025
1989, la messe est en train de finir, sur le point de se clore dans le chlore. Mais, après elle, son mystère dure encore, aussi longtemps que l’avenir qui reste le temps de l’enfance à accomplir, sinon mieux vaut mourir. Nanni Moretti aura touché au but tout en ratant tirs et penalties, en ayant eu la grâce de réaliser Palombella rossa, son chef-d’œuvre qui l’est plus encore pour aujourd’hui. Son génie, natatoire et provisoire le temps exagéré d’un match délirant de water-polo, est l’ange de la rédemption à l’heure de toutes les liquidations : le grand bleu tragi-comique de l’individualisme démocratique, ce système hydraulique, saturé et hystérique, amnésique de ce qu’aura été pour des millions de gens l’expérience communiste. Après le déluge, la terre promise ? Il y faut un signe pour qui reste dans l’arche du film. L’enfance rit alors d’un faux soleil radieux mais son rire en est le vrai, une palombe passant en silence au-dessus d’un ciel de piscine pour en lober le bleu javel, de rouge et d’or comme le sont les rêves.
La petite Fuki joue à deviner une chose avec sa mère dans Renoir
Rayon vert

« Renoir » de Chie Hayakawa : Fuki la petite sorcière

9 septembre 2025
À travers le portrait aux tonalités contrastées de Fuki qui lévite au-dessus du néant entre innocence et cruauté, Renoir de Chie Hayakawa touche peut-être à une expression possible de ce qu'on appelle « l'enfance de l'art » qui est aussi l'enfance que tout artiste ne doit jamais perdre. Si la cinéaste indique que le choix du titre du film vient d'une anecdote, il est possible d'aller beaucoup plus loin en révélant un lien secret qui unirait le cinéma et la peinture.
L'apparition iconique de Leatherface au soleil couchant dans Massacre à la Tronçonneuse
Le Majeur en crise

« Massacre à la Tronçonneuse » de Tobe Hooper : Philosophie de la scie

1 septembre 2025
Dieu est mort quelque part, un jour. L'Amérique ne le savait pas encore en 1974. Zarathoustrien, Massacre à la tronçonneuse vient en découper les restes l'année du choc. L'assaut fut si brutal que la critique ne put dire massivement et pratiquement de lui qu'une seule chose : film d'horreur. Quelques-uns rectifieront plus tard, minoritairement, disant : tragédie. Massacre à la tronçonneuse n'est pas plus ceci que cela, ou bien les deux à la fois, c'est-à-dire le réel déverni. Voilà ce que filme Tobe Hooper. Sous l'apparence d'un slasher proto-typique, il ne propose pas une critique sociale et existentielle radicale. Il dit le monde tel qu'il est, tel qu'il va, soit l’homme bien dressé par la machine capitaliste, inhumanisé par son système économique.
Joaquin Phoenix dans "Her" de Spike Jonze
Rayon vert

« Her » de Spike Jonze : L’intimité perdue, l’humanité retrouvée

1 septembre 2025
Spike Jonze, avec Her, propose bien plus qu'une œuvre de science-fiction romantique. Il questionne les frontières mouvantes entre l'humain et la machine, entre la présence physique et la présence émotionnelle, l’amour réel et l’amour projeté. Her en devient une élégie douce-amère, un roman cinématographique sur ce que chacun projette dans l’amour et sur ce que la technologie ne pourra jamais vraiment saisir : la fragilité des instants, l’impermanence des liens, la profondeur insondable d’un regard partagé. Un film comme une lettre jamais envoyée.
Mélissa Boros dans la poussière dans Alpha de Julia Ducournau
Critique

« Alpha » de Julia Ducournau : L’adieu au regard

25 août 2025
Si plein de lui-même et de ses effets, quelle place peut laisser Alpha au spectateur ? Julia Ducournau produit un cinéma qui réduit le spectateur à une conscience interprétative et à un inconscient qu’il s’agit de réveiller à grand coup d’images spectaculaires. L'émotion est ainsi asséchée, au même titre que la thématique du harcèlement qui se dissout complètement dans la pulsion du spectaculaire et du tape-à-l’œil.
Perry King et Ken Norton dans Mandingo
Le Majeur en crise

« Mandingo » de Richard Fleischer : Autant en emporte l'Amérique

25 août 2025
Mandingo n'est pas un film aimable. Réalisé par Richard Fleischer, ce drame brutal sur l’esclavage dans le Sud des États-Unis plonge dans les abysses de la déshumanisation systémique avec une crudité rare dans le cinéma hollywoodien. Longtemps accusé d’exploitation sensationnaliste, le film mérite une lecture philosophique plus dense, au croisement de la morale, du pouvoir et de l’animalité pour sauver tout un monde de l'ensilencement.
Renate Reinsve et Inga Ibsdotter Lilleaas s'enlacent dans Valeur sentimentale de Joachim Trier
Critique

« Valeur sentimentale » de Joachim Trier : Arnaque sur la marchandise

18 août 2025
Valeur sentimentale de Joachim Trier pèse très lourd par son académisme qui veut imiter comme un marchand de contrefaçon une certaine idée du « Grand Art ». Pire encore, le film peine à émouvoir, sa dimension affective est quasi nulle, ce qui est un comble pour un film qui se rêve en grande tragédie du XXIème siècle. Le curieux projet de Joachim Trier repose sur une autre économie : démontrer sans aucun talent que les relations d'une famille de nantis ont toujours été au fond liées à des tractations tristes et malsaines.
"Les Biches" de Claude Chabrol (1968)
Rayon vert

Morale de l'honnête homme : Sur quatre films de Claude Chabrol

9 août 2025
Les Biches (1968), un grand film méconnu ; La Femme infidèle (1969), une réussite incontestable : La Décade prodigieuse (1971), un chef-d'œuvre raté mais instructif ; Folies bourgeoises (1976), une merde annoncée : quatre films de Claude Chabrol et autant de preuves que la prodigalité n'est jamais allée sans impasse ni errements. Le cinéaste a travaillé beaucoup en pariant pour le passage dialectique de la quantité à la qualité et le pari lui aura réussi, non seulement parce qu'il est un auteur qui en a consacré la politique au temps de la critique héroïque des Cahiers, mais aussi et surtout parce qu'il n'a jamais cessé d'être un moraliste, aussi sincère que généreux. Claude Chabrol est l'exemple même de l'honnête homme en ayant créé dans un monde de contraintes les conditions de sa liberté. Et la première concerne le matériau sur lequel il a exercé sa lucidité, cette bourgeoisie dont la séduction a envoûté toute la société, et dont les passages à l'acte sont des festins reposant sur le principe de l'exclusion des plus faibles. Ce qui n'inquiète pas est malhonnête, dit-on dans Les Godelureaux (1961). L'honnêteté chabrolienne tient dans une inquiétude persistante, la persévérance d'un inconfort jamais séparé de la joie à faire en donnant à penser, dans le réussi comme le raté.
La famille au complet sur le bateau dans L'Aventura de Sophie Letourneur
Rayon vert

« L’Aventura » de Sophie Letourneur : Souviens-toi l’été dernier

7 août 2025
Avec L’Aventura, Sophie Letourneur creuse le sillon existentiel du volet précédent, celui qui explore la vérité de l’expérience vécue et la parole qui tente de la (re)saisir. Est-ce qu'on vit autant qu’on veut bien le croire ? Les choses nous traversent-elles intensément ? Dans L’Aventura, on se raconte tout, pour pallier au sentiment de rien. Et on n’oublie pas de l’enregistrer, de garder une trace. Ce pari du trivial peut rebuter mais c’est pourtant celui-ci qui fait la grandeur du cinéma de Sophie Letourneur.
Le garçon jouant avec son petit théâtre dans Fanny et Alexandre
Histoires de spectateurs

Petite histoire télévisuelle d'un grand mouvement intérieur

29 juillet 2025
Ce récit raconte la petite histoire télévisuelle d'un grand mouvement intérieur, de la petite enfance jusqu'au premier jour de la puberté qui met fin, historiquement et intimement, à un certain rapport aux images. Cette trajectoire personnelle concerne aussi bien les théories de la réception spectatorielle qu'une forme de microhistoire du cinéma. Une histoire de spectateur donc, où l'inconscient se nourrit d'images pour créer en partie le terreau fantasmatique d'une vie.
Jake Gyllenhaal et Robert Downey Jr. dans la salle de presse dans Zodiac
Rayon vert

« Zodiac » de David Fincher : L'ensilencement du monde

29 juillet 2025
David Fincher, avec Zodiac, signe un thriller policier qui se distingue de l’ordinaire en refusant les ressorts narratifs classiques de résolution, de clôture et de vérité. Là où le genre policier nous a habitués à la victoire de l’ordre sur le chaos, Zodiac s’inscrit dans une logique inverse : celle du vertige de l’énigme. Zodiac en devient une méditation sur la quête de sens dans un monde qui, peut-être, n’en ayant pas, nous délivrerait tout à fait du mal d'en trouver un.
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