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Jerzy Skolimowski : Les cris du sorcier

Faire du cinéma comme on saute le mur, comme on franchit des barrières, comme on transgresse les frontières : le funambule au-dessus des abîmes de la Pologne stalinienne puis de l’exil est un réfractaire électrique, un sorcier fébrile qui projette dans ses films les élans contraires et contrariés, l’indiscipline à l’épreuve répétée de l’immaturité, tous les cris d’une intraitable vitalité.
« Le cinéma selon Jerzy Skolimowski tient de l’étonnement, comme un tonnerre d’époumonement. Ses films sont souvent la conséquence d’un exil, artistique et politique. Il y a chez lui une propension avérée pour les espaces confinés, wagon allégorique de Haut les mains (1967), voiture fétichisée du Départ (1967), piscine publique de Deep End (1970), hôpital psychiatrique et ferme isolée de The Shout, appartement à rénover par les ouvriers émigrés de Travail au noir (1982), pensionnat de Thirty Door Key. Et le confinement des espaces débouche souvent sur des effets de fermentation et de saturation, par repli sur soi jusqu’à la folie ou par insubordination nihiliste, par excitation et énervement jusqu’à épuisement des désirs, par mise à l’écart et marginalisation jusqu’à la perte de soi, agitation entropique ou, au contraire, désœuvrement désiré. Comme si, chez Jerzy Skolimowski, l’isolement contraint ou assumé induisait par promiscuité le renforcement mutuel des solitudes, des incompréhensions et des confrontations. », Saad Chakali et Alexia Roux

6 textes1 h 19 de lecture

Les textes

  1. Le Cri du sorcier, 1978

    Parasite, intouchable, bélier

    Le Cri du sorcier est un film biscornu, avec ses brisures et ses embardées, raccord avec les déhanchés caractérisant les films tournés en Angleterre par un exilé polonais. Les hypothèses levées par un récit indécidable sont des zébrures qui font fourcher l'interprétation, rappelée au désordre de ses délires. Miroitant…par Des Nouvelles du Front cinématographique18 min
    18 min
  2. Le Bateau phare, 1985

    L’exil du paria comme une île

    Sous couvert du huis-clos maritime d'un Bateau Phare immobile, Jerzy Skolimowski fait affleurer les vies insulaires de ses personnages : des gangsters théâtraux et immatures au paria en exil tenant le cap de mystérieux principes.par Des Nouvelles du Front cinématographique8 min
    8 min
  3. Quatre nuits avec Anna, 2008

    L’enfance de l’homme

    Qui est donc Léon, personnage autiste, pour qui l'amour est fantasme trouble et dévotion délicate dans Quatre nuits avec Anna ? Un criminel ? Un innocent ? Un homme, rien moins que cela, qui se joint à la cohorte de tous les autres égarés de naissance, dont Jerzy Skolimowski filme le sort qui leur est réservé dans un…par David Fonseca8 min
    8 min
  4. Essential Killing, 2011

    La bannière détoilée

    Naître au monde. Mais dénaître ? Jerzy Skolimowski en fixe le programme politico-existentiel dans Essential Killing, qui est autant un acte de soumission - quand un État sous couvert de lutter contre le terrorisme néantise l'homme en le faisant dénaître de son vivant -, qu'un acte d'insurrection - lorsque le paria…par David Fonseca26 min
    26 min
  5. 11 minutes, 2017

    Ballet mécanique

    11 minutes tient de l’exploit quasi-sportif en réussissant à tailler en 81 minutes chrono un cristal de situations hétérogènes tournoyant autour de la même unité de lieu (un quartier du centre de Varsovie) et de temps (les 11 premières minutes de la 17ème heure d’une journée). Le maître horloger jette toutefois sur…par Des Nouvelles du Front cinématographique11 min
    11 min
  6. EO, 2022

    Ulysse était un âne

    Loin d’être le récit stylisé d’une descente aux enfers au service du seul plaidoyer écologiste, l’épopée d’EO, l'âne de Jerzy Skolimowski, remotive la thématique de l’exil pour en faire le lieu fondamental de la rencontre, et rejoint donc ce que le cinéma peut nous offrir de plus riche : non pas la leçon de morale que…par Pierre Mathieu8 min
    8 min

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