« Le Jeune Ahmed » de Jean-Pierre et Luc Dardenne : La Chute et le Bourbier

« Le Jeune Ahmed », un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne (2019)

En 1992, Luc Dardenne écrivait dans Au dos de nos images ces mots : « Attention à la fascination pour le mouvement de la chute, pour le paysage du désastre, pour le bruit du fracas. Attention au silence devant la puissance plastique. La mort. » (1) Luc Dardenne, Au dos de nos images (1991-2005), Paris, Seuil, 2005, p. 15. Cet avertissement, qui pourrait aussi être un aveu, constitue la limite que le cinéma des frères Dardenne ne devait pas franchir. Or, la fascination pour le mouvement de la chute n’est-elle pas la caractéristique première de leurs films et plus spécifiquement du Jeune Ahmed ? Ne filment-ils pas des personnages tombés dans un bourbier ? En recyclant les grandes recettes de leur cinéma pour les croiser avec une thématique brûlante, les frères Dardenne promettaient de revenir à un cinéma proche de leur début. Le Jeune Ahmed, leur onzième film, est pourtant un échec inattendu (après le stimulant La Fille inconnue) qui crée de surcroît un malaise d’une rare envergure. Jamais un film des Dardenne n’aura été si asphyxiant. Jamais non plus le poids de la culpabilité morale qui ronge habituellement leurs personnages n’aura posé autant de problèmes de représentation – d’une tranche de la société et d’une culture. Il faut ainsi aller à contresens des discours qui voient dans Le Jeune Ahmed un « appel à la vie », qui est le titre de l’article du journal Le Soir et la trame narrative fournie par le synopsis du film. Non seulement le contour de cette « vie » reste flou et peu exploité, mais le cinéma des frères Dardenne est d’abord nihiliste au sens nietzschéen du terme : il s’accorde sur un récital de passions tristes sur fond de pesanteur morale et spirituelle. Il est principalement peuplé de personnages au bord du gouffre, odieux et narcissiques pour lesquels le salut n’est peut-être qu’éphémère et pas forcément accordé au bout du chemin de croix. Cette ambiguïté est paradoxale pour un cinéma qui se veut social et à hauteur d’homme. Ahmed n’échappe pas à la règle. À 13 ans, il s’est radicalisé par l’entremise de l’imam de sa mosquée. Un jour, il décide d’aller tuer une « impure » qui trahit le Coran et les « principes de la religion musulmane ». Incarcéré dans un centre pour adolescents en difficulté, il n’en démord pas et continue d’espérer pouvoir tuer sa victime… On ne sait pas ce qui est le plus gênant. Ce triste récit sur un jeune garçon lobotomisé, transformé en petit soldat insensible aux appels de la « vrai vie » (il simule avec beaucoup de lourdeur ses progrès), ou l’infiltration des frères avec leurs bottes pleines de boue sur le terrain de la radicalisation ? Le destin du pauvre Ahmed, que son seul instinct de survie rappellera à la raison, ou les messages idéologiques brumeux que fait passer le film ? Demandons-nous alors : comment les frères Dardenne, avec Le Jeune Ahmed, se sont mis à filmer au dos de la vie ? Et pourquoi leur écriture est-elle si déterministe alors que leurs personnages luttent eux-mêmes contre des déterminismes sociaux et économiques ?

Un cinéma à hauteur de culpabilité

Deux principes fondent le cinéma des corps, du mouvement et des dilemmes moraux des frères Dardenne. Le premier pourrait être qualifié de narratif : « Tous nos personnages sont des gens enfermés, prisonniers de quelque chose et on dramatise un maximum pour essayer de trouver la sortie. Ce n’est pas facile de trouver la sortie, et la sortie c’est généralement trouver quelqu’un. S’ouvrir à quelqu’un, aimer quelqu’un, devenir ami de quelqu’un. C’est finalement la découverte qu’être avec un autre c’est mieux que d’être seul. Toute la dramatisation, ce que les personnages vont vivre, ce contre quoi ils vont se battre, c’est pour les amener à se libérer de la prison initiale, qu’elle soit sociale, économique ou mentale » (2) Michel Ciment, Dardenne par Dardenne, Bruxelles, La Muette, 2016, p. 98.. Le second est quant à lui plus formel : « Filmer un être humain qui ne soit pas une victime, qui ne se réduise pas à être le support vivant d’une souffrance, qui refuse que la pitié ait prise sur lui, filmer cet être est devenu un acte de résistance cinématographique contre le mépris de l’homme qui se tient dans la pitié morbide des images de cette esthétique victimaire » (3) Luc Dardenne, Ibid., p. 37.. Les Dardenne se qualifient de spiritualistes laïques(4) Michel Ciment, Ibid., p. 42., leur « imaginaire moral »(5) Luc Dardenne, Ibid., p. 131. se compose d’un très large lexique : meurtre, transe morale, le pardon et son impossibilité, la conscience du mal, la responsabilité, la honte morale, l’exigence morale, la vengeance, la peur etc. Luc et Jean-Pierre parlent même de leurs films comme une poignée de main tendue(6) Michel Ciment, Ibid., p. 26.. La richesse de cet imaginaire et la lutte des corps pour leur survie font que le cinéma des Dardenne n’est pas naturaliste ni essentiellement « social ». C’est là toute sa force : chaque film raconte l’histoire de corps qui refusent de céder et qui se débattent comme ils peuvent contre le déterminisme social et économique. « La caméra ne préexiste pas aux personnages. Il ne s’agit plus seulement de filmer à hauteur d’homme mais aussi à vitesse humaine, non avec une longueur d’avance ou dans un retrait hautain mais dans une commune vélocité » (7) Jean-Sébastien Chauvin, « Métaphysique chimie » in Cahiers du cinéma, n°572, Octobre 2002, p. 80..

Ahmed et sa victime dans Le Jeune Ahmed
© Christine Plenus

Le problème principal vient du fait que leurs films libèrent des discours sur le dos de personnages broyés par le système ou par un conflit moral. On vient de le voir, un personnage prisonnier auquel on tend la main constitue un moteur narratif. Or, ces opérations de sauvetage s’effectuent dans une réalité construite comme un bourbier. L’espace dans lequel évoluent les personnages est un cercle, une arène(8) Luc Dardenne, Ibid., p. 77, p. 78 ou p. 110.. Rosetta est ainsi un film sur la survie d’une prolétaire dans une région en pleine crise sociale, mais aussi l’histoire d’une jeune femme égoïste qui serait prête à tout pour trouver un emploi, à commencer par refuser l’amitié (ou l’amour) de Riquet et le trahir. La Promesse dresse le portrait édifiant des trafics humains contemporains et en même temps celui d’un jeune garçon rongé par la culpabilité jusqu’au plus profond de son être. L’Enfant met en lumière la misère sociale dans les grandes villes tout en racontant l’épuisement moral d’un couple qui finira peut-être par se retrouver. Il est amusant de constater que La Fille inconnue, le mal-aimé de la filmographie des frères mais le plus intéressant à nos yeux, ne délivre pas un message sociétal précis. Il se limite à raconter l’histoire d’une médecin qui va réparer sa faute et en sortir grandie humainement. Jenny (Adèle Haenel) va en effet progressivement abandonner sa froideur pour ressouder ses liens avec les autres, un peu comme si son humanité la poursuivait alors qu’elle essaie de la « fuir ». Enfin, Le Jeune Ahmed condamne bien entendu fermement la radicalisation, mais à quel prix ? Ahmed tourne le dos à l’humanité. Il chute dans un bourbier où les autres ne pourront plus l’atteindre. Il ne sera pas plus à l’écoute de ses propres émotions, à l’exception notable de sa pulsion de mort. S’il dit avoir ressenti des choses pour Louise, la fille de la ferme, il ne va pas craquer mais lui demander de se convertir à l’Islam. Ahmed est présenté comme un menteur et un simulateur tout au long du film (sauf si on postule la thèse d’un cheminement invisible, que nous réfutons). On a beau lui tendre des mains, il s’en moque. Fallait-il lui refuser ce sursaut d’humanité pour mieux faire passer le message et la condamnation sans appel des dérives de la religion ? La fin du film ne le sauve pas même s’il demande pardon à sa victime. Car s’il n’était pas tombé, il l’aurait probablement tuée. C’est seulement devant la mort qu’il craque : il n’a plus d’autres choix que d’être un petit peu humain.

Les fins dans les films des frères Dardenne laissent toujours planer le doute sur le sort des personnages, un peu comme s’ils leurs refusaient le salut pourtant annoncé. C’est évidemment un choix mais pourquoi les personnages ne quittent jamais l’arène ? Rosetta baisse un peu sa garde sous le poids de Riquet, mais rien n’indique qu’elle va changer dans le futur. Bruno et Sonia peuvent bien pleurer toutes les larmes de leurs corps, celle-ci lui pardonnera-t-elle son geste ? On peut sans doute y voir une volonté de ne pas finir sur un happy end, et quand il y en a un, comme dans Deux jours, une nuit, il n’est pas certain que Sandra, dépressive, ne rechute plus tard. Cela nous ramène à la question du mouvement et de la trajectoire. Chez les Dardenne, le mouvement est une chute, une chute dans l’arène qui est une fosse, un bourbier. « Le réalisme du détail l’emporte sur la justesse sociologique, tout comme l’édification par le drame remplace la compréhension par la trajectoire » (9) Romain Lefebvre, « Trajectoires communes – Entretien avec Philippe Faucon » in Débordements, n°1, 2019, p. 21.. Le réalisme du détail et du bourbier est ce qui paralyse les personnages et le mouvement. Les personnages sont souvent construits de manière assez rigide. Ils évoluent psychologiquement grâce à leurs rapports aux objets et à leurs déplacements. On pense bien sûr à la célèbre scène du paquet de frites dans Le Fils. Ahmed s’arme lui d’une brosse à dents, fait preuve d’un peu d’empathie pour sa mère impure en lui passant un mouchoir pour essuyer ses larmes et se débrouille pas mal dans la course de relais au milieu de la cour du centre de redressement (comme s’il évoluait psychologiquement en passant le témoin). Il ne redressera pourtant jamais la barre, ce qui fait de lui un énième «  corps sans parole réduit à une pulsion animale de survie » (10)Ibidem.. C’est d’autant plus vrai qu’Ahmed semble être animé uniquement par une pulsion de mort. Il le dit d’ailleurs à un moment lorsqu’on lui propose de faire choses qui lui feraient du bien. Il ne comprend pas : pourquoi on ne me fait pas de mal ? Tous les personnages des frères Dardenne flirtent avec les limites de la santé mentale tellement ils sont rongés par la culpabilité, les passions tristes et leur pulsion de mort. C’est un cinéma qui se met à hauteur de culpabilité mais qui délivre des messages forts.

Communautarisme et amalgames

Ahmed et l'Imam dans Le Jeune Ahmed des frères Dardenne
© Christine Plenus

Au lendemain des attentats du 22 mars à Bruxelles, Luc Dardenne s’est exprimé dans les Inrocks au sujet des événements et de leur origine possible(11)L’article a été reproduit sur le site du Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind.. On peut y reconnaître des faits qui ont servi de point de départ au Jeune Ahmed ainsi que le socle idéologique du film. Si Luc Dardenne affirme ne pas vouloir faire d’amalgames et respecter la liberté de culte, il ne cache pas sa peur ni son inquiétude au sujet d’une « haine qui n’était pas le fait d’une petite minorité mais qui s’avère en réalité très répandue et très profonde ». Il avance également la thèse de l’existence d’une certaine forme d’omerta, « dans leur communauté existe un contrôle social puissant. Je connais des musulmans qui osent parler, mais avant d’oser dire que l’on est Charlie, que l’on désapprouve sans aucune réserve tous les attentats, il faut du courage ». Il invite ensuite « les musulmans à rejeter les crimes et à dire en quoi leur religion n’est pas compatible avec cette violence terroriste et pourquoi cependant elle peut être revendiquée par ces terroristes islamistes ». Il annonce enfin son argument le plus discutable : « Dans les analyses sur le djihadisme, on ne prend pas assez en compte le facteur religieux. Les imams wahhabites sont en Belgique depuis les années 60 et prospèrent depuis les années 90 prêchant dans la plupart des mosquées officielles et non officielles du pays. Très peu, disent les gens informés, prêchent le djihad, mais tous ils prêchent le séparatisme : « eux ce n’est pas nous » ». Luc Dardenne se montre ainsi « en désaccord avec une certaine analyse de gauche disant que la radicalisation dépend de causes sociales. Ces causes sociales jouent un rôle mais pas l’essentiel. (…) Il faut admettre que l’endoctrinement religieux a crée un imaginaire qui se développe de manière autonome et est capable de capter des jeunes musulmans vivant dans des conditions sociales diverses. Dire que le djihadisme est causé par le chômage, c’est comme si on disait que le traité de Versailles ou le chômage des années 1930 en Allemagne étaient les premières causes de la Shoah ! Le chômage est bien sûr un problème mais ne suffit pas à expliquer pourquoi on devient tueur fanatique. » Toute incursion dans une communauté à laquelle on appartient pas soulève des questions morales et esthétiques. Le point de vue des Dardenne est clair : ils vont s’attaquer à la religion plutôt qu’aux causes sociales menant à cette « séparation » entre les musulmans et le reste de la population. Ce qui leur pose également problème, c’est l’existence de cette omerta, cette haine silencieuse. Comment en sont-ils arrivés à diagnostiquer un tel état des lieux ? Il va sans dire que ces propos pourraient être tenus par des représentants politiques plutôt à droite. Sur ce point, Le Jeune Ahmed prend bien soin de matérialiser ces croyances par des raccourcis fort heureusement maladroits et confus.

Ahmed vit dans une famille ouverte et tolérante. Sa sœur, une « pute », ne porte pas le voile et lui préfère des décolletés aguicheurs. Sa mère, une « alcoolique impure », s’inquiète de sa soudaine radicalisation tandis que son frère, à mi-chemin entre les deux positions, finira pas faire machine arrière. Le père est évidemment absent, comme dans la plupart des films des frères Dardenne. « Si on met en scène le père, alors les gens, les spectateurs, les spectatrices, vont projeter directement une explication. (…) Nous essayons d’éliminer les pères mais ça peut être ressenti comme une absence… Et c’est sans doute cela qu’on filme, la disparition du père… » (12) Michel Ciment, Ibid., p. 25.. Cette confession souligne en effet l’absence du père qui pourrait, dans le schéma déterministe des frères Dardenne, expliquer la radicalisation d’Ahmed qui trouve en l’Imam une figure de substitution. Comme attendu, les frères opèrent pourtant dans le film une scission nette entre l’origine d’Ahmed et sa chute dans la radicalisation. Sauf que l’absence du père pointe un manque psychologique important. Désigner dès lors la religion comme coupable principal ne fonctionne pas. Tout cela est confus : leur attaque envers les dérives de l’Islam, qui sont clairement la cible du film, peuvent être contrebalancées par une explication psychologique évidente à laquelle ils ne souhaitent habituellement pas se référer. Or, rien ne semble atteindre Ahmed. Il est filmé longuement en train de faire ses prières et les préparations qui l’accompagnent. Est-il perdu ou désœuvré ? Il semble en tout cas s’investir totalement dans son rôle de petit soldat. Il est, comme nous l’avons vu, entièrement prisonnier de sa condition dictée par la religion – son bourbier à lui, mais qu’il ne conçoit pas comme une fatalité. Il n’est même pas rongé par la culpabilité d’avoir voulu tuer. Son seul souci est de ne pas trahir le Coran. La famille, le père… Tout cela existe et en même temps n’existe plus. Si les Dardenne prétendent détester expliquer les choses, il faut bien avouer que leur portrait d’Ahmed est réducteur et déterminé malgré tout par un principe de causalité extrêmement rigide.

Ahmed se cache dans la forêt après s'être échappé
© Christine Plenus

Si Luc Dardenne ne veut pas faire d’amalgames entre l’Islam et sa radicalisation, ses propos, comme on l’a vu, demeurent confus. Dans Le Jeune Ahmed, les deux frères prennent le temps de convoquer une assemblée de croyants pour montrer qu’ils ne condamnent pas l’Islam dans sa totalité. Dans cette scène, des personnages représentant différentes formes d’Islam débattent avec une institutrice (la future victime d’Ahmed) pour savoir s’il faut enseigner l’arabe aux enfants via le Coran ou à l’aide de chansonnettes. Il y a les tolérants, ceux qui ne sont pas d’accord et ceux qui sont prêts à faire un compromis. Cette parole donnée aux pratiquants est circonscrite à cette seule séquence sans jamais se déplacer dans le reste du film. La réalité de ces rapports complexes (et encore, ils sont brossés ici superficiellement) n’est-elle pas plus pertinente que la supposée omerta qui régnerait entre les musulmans de notre pays ? Les Dardenne donnent l’impression de se dédouaner pour ensuite mieux laisser infuser leur critique. Celle-ci pourrait aussi se comprendre sous la forme d’une opposition entre une ouverture d’esprit totale (celle de l’enseignante) et la fermeture d’esprit des musulmans. Le Jeune Ahmed suggérerait alors que le modèle occidental laïc est plus adéquat que le modèle islamique pris dans sa globalité. Il n’est plus alors question seulement de radicalisation. La distinction entre l’Islam et l’Islamisme radical perd en netteté : les personnages qui essayent d’entraver le micro-djihad d’Ahmed (sa mère, l’enseignante, les accompagnateurs, la psychologue) appartiennent au « côté ennemi » – le formidable modèle occidental pétri de compassion – sans jamais que la parole d’un Islam ouvert et tolérant ne vienne s’opposer à la thèse dardennienne d’une communauté qui n’ose pas prendre la parole, et donc acquérir une visibilité, ni se justifier. Un dernier élément pose problème : le manque de clarté autour de la parole du Coran qui circule dans le film. Celle-ci s’énonce principalement par le biais d’Ahmed. Et vu qu’il est à la fois incrédule, manipulateur et manipulé, il est impossible pour un spectateur qui ne connaît pas l’Islam de séparer ce qui relève de la vérité et du mensonge. Après avoir embrassé Louise, Ahmed lui dit que c’est contraire aux enseignements du Coran et que même entre musulmans, le baiser sur la bouche est difficilement toléré. Devons-nous croire Ahmed ? Si le doute est entretenu, le danger est que les spectateurs généralisent un mensonge, le raccourci et l’amalgame pouvant se faire automatiquement. Et quand bien même ce serait vrai (nous n’avons pas vérifié), le film oppose les faits avec une certaine perversité au point de se rapprocher d’une forme de stigmatisation.

Ahmed est en quelque sorte le messager des frères Dardenne. De la chair à canon grâce à laquelle ils véhiculent leur colère, leur tristesse et aussi, d’une certaine manière, leur intolérance. Rien de plus. Son existence est filmée par le seul prisme du déterminisme religieux alors qu’il y a tant de choses à montrer et tant de paroles à libérer. Ou alors il faut postuler l’existence d’un cheminement intérieur et invisible que le film ne développe pas vraiment : ce fameux « appel à la vie » auquel Ahmed s’accrocherait secrètement. Le Jeune Ahmed est un échec. Après La Fille inconnue, on attendait beaucoup plus d’originalité de la part des deux frères. Une poignée de main sans précédent. Une pulsion de vie et une résistance au fanatisme religieux. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. « Si Rosetta est prisonnière de son destin, de ce qui l’obsède, faut-il aussi l’emprisonner dans le cadre ? Se souvenir qu’un être humain surprend. Il n’est pas seulement pris » (13) Luc Dardenne, Ibid., p. 82.. Espérons donc que les Dardenne n’oublieront pas de nous surprendre dans leur prochain film.

Fiche Technique

Réalisation
Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne

Scénario
Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne

Acteurs
Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson, Othmane Moumen

Genre
Drame

Date de sortie
2019

Notes   [ + ]

1. Luc Dardenne, Au dos de nos images (1991-2005), Paris, Seuil, 2005, p. 15.
2. Michel Ciment, Dardenne par Dardenne, Bruxelles, La Muette, 2016, p. 98.
3. Luc Dardenne, Ibid., p. 37.
4. Michel Ciment, Ibid., p. 42.
5. Luc Dardenne, Ibid., p. 131.
6. Michel Ciment, Ibid., p. 26.
7. Jean-Sébastien Chauvin, « Métaphysique chimie » in Cahiers du cinéma, n°572, Octobre 2002, p. 80.
8. Luc Dardenne, Ibid., p. 77, p. 78 ou p. 110.
9. Romain Lefebvre, « Trajectoires communes – Entretien avec Philippe Faucon » in Débordements, n°1, 2019, p. 21.
10.Ibidem.
11.L’article a été reproduit sur le site du Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind.
12. Michel Ciment, Ibid., p. 25.
13. Luc Dardenne, Ibid., p. 82.
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Guillaume Richard
Co-fondateur et rédacteur du Rayon Vert.