« L’Heure de la sortie » : Interview avec Sébastien Marnier
Par Thibaut Grégoire, le 10 octobre 2018
Pour Le Rayon Vert

Sébastien Marnier Portrait Memento Films

« L’Heure de la sortie » : Interview avec Sébastien Marnier

« L’Heure de la sortie » : Interview avec Sébastien Marnier

Avec L’Heure de la sortie, Sébastien Marnier signe un second film impressionnant. En s’intéressant à l’économie des affects qu’il faut mettre en place pour se préparer aux catastrophes qui nous guettent, le cinéaste propose une puissante réflexion sur la désaffection, les images et le réveil, tant affectif que politique, de l’humanité. Comme il l’affirme lui-même dans cet entretien, L’Heure de la sortie est un pur objet de mise en scène que nous avons voulu chercher à mieux comprendre, autant qu’une tentative de « film de genre » qui déjoue tous les pièges que pouvait lui tendre l’ambition de son sujet. Ce n’est donc pas un hasard si nous commençons par discuter avec Sébastien Marnier de la fin du film, une fin magistrale que nous étudions avec le concept de collapsologie dans notre analyse du film.


Le fil rouge de L’Heure de la sortie semble être la désaffection, qui apparaît comme le seul moyen possible pour les personnages de se préparer à l’apocalypse. Or, ce processus ne pourra pas aboutir puisque personne, dans le film, ne parviendra à se vider complètement de ses affects. Comment avez-vous travaillé cette idée, ce rapport entre désaffection et ré-affection ?

C’était effectivement l’idée première, celle qu’on trouve également dans le livre dont est tiré L’Heure de la sortie, même si beaucoup d’éléments se sont rajoutés par la suite. Je voulais mettre en scène le mur qui existe entre les adultes et les adolescents en adoptant le point de vue de Pierre, le personnage principal. C’est un choix radical puisque le spectateur est lié au personnage et ce à quoi qu’il va être confronté au fil du récit. Le but était d’arriver à cette fin, qui est une sorte de réunification et de retrouvailles entre deux générations même si L’Heure de la sortie parle de catastrophe et déploie une vision du monde qu’on pourrait qualifier de pessimiste. C’est de cette façon que je voulais exprimer ce que je ressens actuellement de l’état du monde. Nous sommes face à des catastrophes diverses (politiques, économiques, écologiques,…), nous savons qu’elles existent et qu’elle sont presque irrémédiables, mais nous ne faisons rien pour les empêcher, malgré les prises de conscience qui pointent ici et là, surtout chez les jeunes. Après les attentats de Paris et de Bruxelles, ce qui m’a frappé, ce n’est pas tant qu’on savait que ça allait arriver, mais plutôt que le vivre-ensemble s’est formé après la catastrophe alors qu’il aurait dû venir avant. Une réflexion et une mise en place du vivre-ensemble ne doivent pas être une résultante de la catastrophe. Les gens des anciennes générations, dont la mienne, se questionnent moins sur le monde que nous laissons aujourd’hui aux jeunes et à ceux qui arriveront encore après. Nous devrions au contraire tous nous serrer les coudes et changer les politiques en place pour que les catastrophes attendues ne se produisent pas.

Vous parlez de pessimisme mais L’Heure de la sortie nous semble justement l’éviter, tout autant que le cynisme – que vous contournez avec une grande habilité – qui pourrait accompagner ce type de constat.

Le discours de L’Heure de la sortie est à ce niveau très premier degré. Il n’était pas question de céder à une forme de pessimisme facile. Sans trop en dévoiler, la fin du film plaide pour un rapprochement entre les générations qui aura effectivement lieu, même si c’est triste que cela arrive seulement à ce moment-là.

Il y a dans le film cette boîte noire qui contient les DVDs. Elle est très importante pour les adolescents car ils tiennent absolument à laisser une trace. Au regard de la fin, pourquoi accorder une telle importance à cette trace ?

Les adolescents trouvent d’abord que les DVDs sont de beaux objets même s’ils sont désuets et qu’ils ne les utilisent plus. C’était aussi plus cinématographique pour nous que la dématérialisation (rire). C’est une sorte de rite qu’on peut retrouver dans n’importe quelle forme de groupe. Il y a un peu l’idée d’un trésor caché. Les adolescents ne cherchent pas à laisser des images d’archives sur ce qu’a été l’humanité mais plutôt une trace physique du monde contemporain dans lequel ils vivent. Ces DVDs contiennent bien entendu des images, plus ou moins vieilles selon les cas, mais des images conçues comme des témoignages ayant anticipé une catastrophe globale. Ils voulaient témoigner à leur façon de l’atmosphère de leur époque et se projettent dedans. C’est pourquoi il y autant d’images provenant d’internet. Le témoignage peut sembler facile, naïf et proche des théories du complot, mais c’était une dimension importante qu’il fallait conserver à tout prix puisque ce sont des adolescents de quinze ans, aussi brillants soient-ils, qui fabriquent le contenu des DVDs et collent les images ensemble. On retrouve également cette naïveté dans la manière dont ils chantent les chansons de Patti Smith, par exemple.

On ressent effectivement beaucoup cette naïveté dans le montage des DVDs. Votre but était-il de se mettre en quelque sorte dans la peau de ces adolescents ?

Il le fallait. On s’est posé beaucoup de questions au sujet de ces images. On voulait conserver un aspect brut ; plus on avance, plus les images deviennent terrifiantes. Leur format était aussi important : il ne fallait pas rhabiller ces images mais les utiliser comme quelque chose de graphiquement intéressant. Je ne voulais pas non plus montrer certains choses de manière trop crue. La sensation que les images provoquent dans leur montage, liée au degré de pixellisation différent de chacune d’entre elles, créait un résultat intéressant et permettait de dire des choses au sujet des adolescents.

On retrouve aussi Donald Trump dans les images d’archives utilisées par Spike Lee dans BlacKkKlansman. Sauf que là, il s’en sert pour appuyer une thèse, ce qui n’est pas votre cas, puisqu’elles sont liées aux agissements des adolescents.

Je n’ai pas encore vu le film mais j’imagine bien qu’il utilise ces images d’une façon politique. La présence de ce type d’images dans L’Heure de la sortie est aussi liée à la place qu’elles prennent dans notre monde. Elles font partie d’un tout globalisé.

L’Heure de la sortie met en place un jeu entre le mal-être intérieur des personnages et la menace extérieure de la catastrophe et de l’apocalypse. Comment avez-vous articulé ce rapport et exprimé visuellement ce mal-être ?

Au niveau de la construction du film, chaque scène se découvre du point-de-vue du personnage de Laurent Lafitte. Il n’y a pas de regard omniscient. La mise en scène devait donc raconter ce que Pierre ressentait, un peu de la même manière que dans Irréprochable (Sébastien Marnier, 2016). Il fallait en tout cas exprimer physiquement ce que percevait le regard tordu de Pierre. Le début du récit recourt à des étapes classiques avant de basculer progressivement vers autre chose. Les questions étaient les suivantes : comment mettre en scène ce mur entre les générations ? Comment figurer la paranoïa ? Comment filmer le glissement du personnage principal ? L’Heure de la sortie passe ainsi par plusieurs genres de films différents qui correspondent à différents stades de son évolution narrative. Le récit évolue vers l’anticipation puis glisse vers l’horreur. Le genre me permet en ce sens d’exprimer ma vision politique du monde. C’est une manière moins frontale de raconter les choses que dans un cinéma naturaliste. Je ne fais pas du tout un cinéma psychologique. Je m’intéresse d’abord à l’expérience immersive : l’image, le son, la lumière ou le cadre sont travaillés pour qu’en ressorte quelque chose de physique. Au départ, bien qu’on raconte une histoire qui doit restée haletante, L’Heure de la sortie est un pur objet de mise en scène et c’est ce qui m’intéresse en premier lieu.

Laurent Lafitte face à la catastrophe dans L'heure de la sortie

La référence à Kafka n’est pas anodine. On pense par exemple à la présence des cafards. Pourquoi avoir choisi cet auteur plutôt qu’un autre ?

À nouveau, pour des questions de mise en scène, même si j’avoue ne pas avoir réfléchi en profondeur à ce rapprochement, outre le fait bien sûr que Kafka est un auteur que j’aime beaucoup. Le travail sur le décor m’intéressait, comme dans Répulsion de Roman Polanski. Le monde qui entoure le personnage principal – son intérieur, sa maison – devait être contaminé. Le récit de L’Heure de la sortie est comme empoisonné progressivement par la paranoïa, ou mis sous hypnose. Les cafards sont le signe de cette matérialisation de l’empoisonnement. La Métamorphose de Kafka peut être vu comme une référence puisque L’Heure de la sortie raconte en quelque sorte une autre métamorphose, celle de Pierre. Cela fait parie de la ligne narrative et physique du film, qui se déroule d’ailleurs sous la canicule et en plein climat de surcharge électrique. J’aimais aussi l’idée que Pierre n’ait pas encore pris de grande décision dans sa vie. Il répète souvent qu’il ne finira jamais sa thèse, qu’il ne vit pas de grande histoire d’amour ou qu’il n’est pas inséré correctement dans la société. C’est peut-être le seul personnage du film qui a quelque chose en commun, sur ce type de questionnements, avec les adolescents. Il peut donc mieux les comprendre. Le monde de Pierre est en train de s’effriter et il a l’impression que tout ce qui l’entoure dégénère en même temps que lui. L’eau coule brune, l’électricité ne cesse de sauter, les animaux fuient. Cependant, L’Heure de la sortie n’est pas non plus réduit au délire paranoïaque de Pierre. Cet aspect des choses peut aussi relever de la réalité. Il suffit de penser à ce qui s’est passé cet été en France avec la canicule. Il y a eu tout un tas de problèmes avec l’électricité. Pour être refroidies, certaines cheminées de nos innombrables centrales nucléaires étaient seulement arrosées par l’eau des pompiers ! C’est incroyable quand même.

L’identité de l’ensemble des personnages, en plus de celle de Pierre, demeure assez floue. Qu’est-ce qui vous a poussé à entretenir cette ambiguïté ?

L’Heure de la sortie aurait pu donner l’impression d’être une sorte de film choral avant qu’il n’épouse le point de vue de Pierre. Son obsession pour le secret que cachent les adolescents prend le dessus sur le reste. Ce qui pousse la narration à abandonner une multitudes d’éléments et de personnages en cours de route. J’ai bien aimé fonctionner de cette manière, par abandon, car elle me permet de me concentrer sur l’essentiel et de raconter ce qui m’intéresse. On ne voit pas les parents des élèves, par exemple. Les autres profs sont également peu mis en avant ou sont complètement à côté de la plaque. Si l’on regarde le monde comme le regardent ces adolescents, on se jette tous du balcon ! J’aimais ainsi l’idée de confronter leur regard, qui est très important pour le film, avec celui des adultes afin de mettre en avant les stratégies qu’on invente pour tenir debout.

Vous disiez auparavant que vous ne vouliez pas faire de naturalisme. Que pensez-vous de cette nouvelle tendance un peu commerciale et artificielle qu’ont certains films naturalistes de convoquer le genre alors qu’ils ne sont pas à proprement parler des films de genre ? Leur recours au genre ne leur apporte pas grand chose puisque cela ne leur permet pas de décloisonner réellement leur naturalisme…

Je comprends ce que vous dites mais je me réjouis que les barrières soient de plus en plus poreuses. Ce sont des questions que je ne me suis jamais posées car j’ai toujours voulu faire des films de genre depuis que je suis petit. Et ce qui est assez drôle, c’est que quand j’ai voulu entrer à la FEMIS à 21 et à 22 ans (j’ai passé le concours deux années de suite), je ne parlais que de ça et on me regardait avec des grands yeux. Je sais que les choses évoluent et je trouve qu’il y a des tentatives très intéressantes. Je ne suis pas sûr, par contre, que ce soit tellement un phénomène de mode car nous ne sommes pas si nombreux à vouloir faire ça. Mais j’ai l’impression que ma génération et celle d’après dépendent de moins en moins de chapelles bien établies. J’ai été élevé aussi bien par la Nouvelle Vague que par les slashers, par Stephen King et Carpenter, par Haneke ou le clip vidéo. Mon adolescence date des années 80-90 et c’est à ce moment là que tout a explosé. Je pense donc que c’est une résultante du fait que notre génération n’est pas la même que les précédentes. Même les Cahiers du cinéma s’intéressent au genre, et je ne peux que m’en réjouir même si on n’est pas si nombreux que ça à en faire et qu’un projet reste très difficile à financer.

Par exemple, Petit Paysan (Hubert Charuel, 2017) et Jusqu’à la garde (Xavier Legrand, 2017) sont deux films réalistes, voire naturalistes, qui utilisent le genre comme un artifice. Que pensez-vous de ces deux films ?

Je ne suis pas sûr qu’ils soient si naturalistes. Ce sont deux films que j’aime vraiment beaucoup. Jusqu’à la garde est un film que je trouve impressionnant et passionnant, aussi parce que les acteurs sont extraordinaires. Mais je ne pense pas que Xavier Legrand se soit dit qu’il faisait un film naturaliste ou un film de genre. C’est à la croisée des deux. Il veut créer une sensation physique chez le spectateur à partir d’une thématique et de sentiments tout à fait quotidiens. Il finit par en faire un Shining. Et concernant Petit Paysan, notamment par rapport à la première scène du film, je pense que ce n’est absolument pas naturaliste. La question de cette frontière ne doit plus se poser.

L’enjeu pour vous est vraiment de faire tomber cette frontière délimitée par les médias, la critique ou les financiers ?

En tout cas, j’ai bien vu, pour L’Heure de la sortie et pour Irréprochable, que l’on essayait de les mettre dans une case, que ce soit au financement ou à la sortie. Irréprochable, par exemple, n’est pas juste un thriller. C’est un film social, politique, qui est avant tout un portrait de femme. Mais le film a été très difficile à financer, notamment parce qu’il épousait le point de vue de la « méchante ». Il me semble pourtant qu’il ne faut pas forcément avoir de l’empathie envers un personnage pour s’y intéresser. Par exemple, Kathy Bates dans Misery (Rob Reiner, 1990) ne provoque certainement pas l’empathie mais c’est néanmoins un personnage inoubliable. Il s’agit d’ailleurs souvent de rôles de femmes. Mais je pense vraiment que cette frontière est en train de s’effriter, et c’est tant mieux car les films n’en sont que plus étonnants. Ce que permettent ces films, qu’il s’agisse de Petit paysan, de Jusqu’à la garde ou des miens, c’est un retour de la surprise : on regarde le début mais on serait bien incapable d’imaginer la fin ! C’est ça aussi qui est intéressant.

Il nous semble que le pacte de croyance n’est pas le même entre ces films et le vôtre. C’est assez difficile à expliquer…

Si vous voulez parler de la grammaire du film, la mienne est clairement ancrée dans le film de genre, car il s’agit de ma cinéphilie. Celles de Xavier Legrand ou de Hubert Charuel sont peut-être très différentes. Personnellement, je sais que ce qui m’intéresse vraiment, c’est le genre. Mais que l’on soit dans le mélo, le film noir ou la comédie musicale, dès que quelque chose est « déréalisé », on se rapproche un peu plus du genre. Et quand un film de genre marque les esprits, c’est en général parce qu’il dépasse le cadre de la série B. J’adore par ailleurs la série B, mais il me semble que les grands films doivent raconter quelque chose qui les dépassent. Il faut qu’ils racontent quelque chose de plus que l’histoire. Et le genre est pour moi un terrain propice à cela. C’est ce qui me permet de parler du monde car je ne saurais pas le faire d’une manière frontale et directe.

Concernant cette question de la cinéphilie et des auteurs, quelles ont été vos influences personnelles pour amener le fantastique de manière différente et différée dans L’Heure de la sortie ?

Poster de L'heure de la sortieMême si j’espère faire un cinéma personnel, qui s’émancipe de ses influences, il y a bien sûr le plaisir de glisser des références, voire des copies conformes de plans de films que j’aime. Il y a par exemple dans le film un plan extrait de Massacre à la tronçonneuse que je suis sans doute le seul à pouvoir identifier. Il y a évidemment des filiations et je trouve également ça très important. Mais ce que je veux surtout faire, c’est créer une déréalisation de l’espace, notamment en plaçant la caméra assez bas. Cela crée étrangement un malaise. C’est la seule chose qui m’intéresse au cinéma : la mise en scène et ce qu’elle peut raconter par son vocabulaire. Après, il faut bien sûr qu’elle accompagne l’histoire. Sinon, parmi mes références, on trouve toujours John Carpenter. L’Heure de la sortie peut évidemment faire penser au Villages des Damnés, mais aussi au Ruban blanc de Michael Haneke. Avec le chef opérateur de l’image et celui du son, on a vraiment essayé de créer quelque chose qui soit proche de ces références mais en même temps ancré dans mon univers personnel, que ce soit dans la direction artistique ou dans les costumes. Le mauvais goût que je partage avec ma chef costumière contribue, par exemple, à l’aspect bizarre de mon film.

Vous parliez précédemment de rapports entre générations. Ça ne nous a pas vraiment marqué. Vous vouliez vraiment insister sur ce point ?

Pas vraiment insister mais c’est quelque chose qui perd le spectateur en cours de route. C’est une manière de le balader vers des terrains qui n’étaient pas vraiment prévus au départ. L’Heure de la sortie ne répond pas à toutes les questions. Par exemple, on ne sait pas si ce sont les enfants, au début, qui ont poussé le professeur à se défenestrer. En fait, ça ne m’intéresse pas et ce n’est pas le sujet du film. Le « gap » entre ces deux générations me semble tout de même très important. Mais ce n’est pas tant ce mur qui les sépare qui m’intéresse. C’est plutôt de montrer comment ces générations, à la fin du film, arrivent à communiquer, et même à avoir un contact physique.

La scène de la chorale, dans le château, va à rebours d’une certaine tendance actuelle à utiliser la musique à des fins de rupture narrative, pour souligner, par exemple, un bonheur éphémère entre deux scènes réalistes ou créer un moment de suspension. Chez vous, cette scène trouve une vraie nécessité narrative.

D’abord parce que ce n’est pas une scène de bonheur. Elle a une utilité à cet instant précis car c’est le dernier moment du groupe des six avec les autres jeunes. Elle met aussi en lumière le personnage de la cheffe de chorale, qui est la seule à leur faire faire quelque chose en commun. C’est un endroit où l’émotion et les sentiments peuvent tout de même s’exprimer. Ces enfants si froids, si taiseux, se mettent à chanter des chansons réorchestrées de Patti Smith. Ce n’est pas anodin. C’est parce que ce professeur, qui a vécu des drames dans sa vie et à qui on laisse le champ libre dans cette école ultra catholique et huppée, décide de leur faire chanter les chansons engagées d’une femme issue du rock and roll. L’idée n’était pas de faire Les Choristes (Gérard Jugnot, 2004), c’est sûr. Les paroles ont leur importance aussi car c’est surtout un moment dans lequel ces enfants taiseux exposent, d’une certaine manière, leur vision du monde. Et le fait que ce soit l’une des profs qui les autorise à faire ça est assez émouvant.

Vous évoquiez à plusieurs reprises des questions politiques dans vos réponses. Quel discours politique vouliez-vous porter avec L’Heure de la sortie ?

La question de la peur écologique est essentielle dans le film. J’ai effectivement un discours politique mais je n’ai pas vraiment de solutions. J’ai l’impression que c’est un fait réel et que sur ces questions-là, c’est maintenant ou jamais. Si on ne fait rien, on court à la catastrophe, et si on attend cette catastrophe, on la vivra ensemble. Ce sera émouvant parce que nous serons ensemble mais ce sera trop tard. Quand il y a eu les attentats du 13 novembre, c’était très émouvant de voir tous les chefs d’État réunis autour de François Hollande. C’est bien mais ce qu’il faut surtout faire, c’est agir. Pour en revenir à L’Heure de la sortie, qui parle de l’écologie, Laurent Lafitte et moi avons commencé à faire la promotion du film juste au lendemain de la démission de Nicolas Hulot. C’était un aveu d’impuissance assez terrifiant. J’ai plutôt beaucoup d’estime pour Hulot et je pense que son engagement écologique est sincère, mais le seul geste politique qu’il ait fait en un an, c’est de démissionner. C’est assez glaçant. C’était la même chose avec Obama et sa position sur le port des armes. Il a répété plein de fois qu’il était contre mais il n’a rien pu faire concrètement. Cette émotion collective, dans la rue, après chaque tuerie de masse, c’est terrifiant. C’est donc ça le seul discours politique que j’ai : ce n’est pas après qu’il faut être ensemble, c’est avant. Ce n’est peut-être pas très fin, mais c’est sincère.


Propos recueillis par Thibaut Grégoire et Guillaume Richard au 33ème Festival International du Film Francophone de Namur / Copyright photo de une: ©Memento Mori Films Distribution

Poursuivre la découverte du cinéma de Sébastien Marnier

Sébastien Barbion, « L’Heure de la sortie et la Collapsologie : Trembler ensemble », Le Rayon Vert, 12 octobre 2018.

Fiche Technique

Réalisation
Sébastien Marnier

Scénario
Sébastien Marnier, Elise Griffon

Acteurs
Laurent Lafitte, Luàna Bajrami, Victor Bonnel, Emmanuelle Bercot, Véronique Ruggia, Thomas Scimeca, Gringe, Pascal Greggory

Durée
1h44

Genre
Thriller, Fantastique

Date de sortie
2018

Thibaut Grégoire

Thibaut Grégoire

Rédacteur au Rayon Vert et au Suricate Magazine. Fondateur de Camera Obscura Cinéma.
Thibaut Grégoire

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Pour citer cet article : Thibaut Grégoire, « « L’Heure de la sortie » : Interview avec Sébastien Marnier », dans Le Rayon Vert [En ligne], publié le 10 octobre 2018, imprimé le 17 October 2018, URL : https://www.rayonvertcinema.org/sebastien-marnier-interview/.