Aller au contenu
« Resident Evil » de Zach Cregger : Panne générale

Resident Evil , Zach Cregger, 2026

« Resident Evil » de Zach Cregger : Panne générale

Fiche technique

Réalisation
Zach Cregger

Scénario
Shay Hatten, Zach Cregger

Acteurs
Austin Abrams, Kali Reis, Paul Walter Hauser, Will Merrick, Zach Cherry

Durée
1h37

Genre
Fantastique, Horreur

Sortie
16 septembre 2026

D’un accident de voiture sur une route enneigée à une panne d’ascenseur rongé par l’acide, le pauvre livreur Bryan ne cesse de rencontrer des véhicules qui ne marchent pas. En traversant cette drôle de panne générale, le protagoniste de Resident Evil rencontre peut-être un état du monde déshumanisé par l’exploitation, la séparation ou encore l’égoïsme.

Tout part d’un accident de la route. Lorsque la voiture de Bryan (Austin Abrams) entre en collision avec une mystérieuse femme dans la nuit enneigée, Resident Evil (Zach Cregger) entre réellement dans son sujet. Ce qui ressemblait alors à un film social (un livreur prolétaire forcé de travailler la nuit et troublé par la possibilité de devenir père) entre dans le genre horrifique : la livraison de son colis se voit sans cesse dévoyée, et son héros baladé entre obstacles et rencontres de plus en plus monstrueuses. Parallèlement, cette collision convie une autre histoire : celle d’une longue série de véhicules mis à mal par les antagonistes du film.

Fermé à clé

Bryan a surtout une idée en tête : remontrer dans sa voiture pour arriver à l’hôpital le plus vite possible. Le film prend évidemment un malin plaisir à contrecarrer ses plans, en lui offrant bien des véhicules qui n’avanceront jamais très loin : le sien, celui du policier, de la ferme d’à côté, des agents de la Umbrella Corporation. Ceci permet une évolution assez ludique de l’intrigue, avec notamment un jeu sur des objets aussi simples que des clés ou des cadenas. Cette série de véhicules reconduit également sur la piste du récit social présent à l’ouverture de Resident Evil et dessine un certain portrait de la classe prolétaire contemporaine. Le livreur l’incarne en tant qu’exploité, soumis à des ordres et baladé de danger en danger par des dominants protégés en haut de leur tour. Sa voiture le personnifie : déshumanisé, interchangeable, jugé malgré des circonstances indépendantes de sa volonté (météo, panne, accident).

De là, Zach Cregger exploite également ces moyens de transport par un autre prisme : la séparation ou protection qu’ils offrent sur le monde extérieur. De nombreux films d’horreur montrent leurs protagonistes courir vers leur voiture pour se protéger d’une menace, ainsi que pour fuir au loin. Resident Evil réinvestit cet imaginaire, notamment dans la séquence des chutes en série. À l’approche de l’hôpital, Bryan traverse une rue remplie de voitures immobiles. Sur les toits, une horde d’infestés le regarde, puis se jette vers lui, s’écrasant sur les pare-chocs à ses côtés. À travers chacun de ces « suicides », les antagonistes détruisent symboliquement autant de possibilités de s’enfuir ou de se mettre à l’abri, et cela même si la chute semble si grave qu’elle empêche leur régénération.

Austin Abrams durant la scène où les corps tombent sur les voitures dans Resident Evil
© Metropolitan FilmExport

Mais avant cette séquence, il y a un autre engin immobile qui transporte quelque chose. Ayant abandonné l’espoir de fuir en voiture, Bryan entre dans un tunnel à pied, et y découvre un grand nombre de véhicules accidentés et immobilisés, apparemment sans occupants. Une vision particulière de l’Apocalypse : une file de voitures en panne. Au milieu du tunnel, un camping-car bloque la route, la seule voie possible semble d’y entrer et de le traverser. Bryan s’y refuse, révélant une facette sombre de l’imaginaire voiture-protection. À l’intérieur de sa voiture, l’humain apparait désormais égoïste, ou individualiste, refusant de voir le monde extérieur à côté de lui, fermant ses portières à clé à ceux qui auraient besoin de son aide. Sans surprise, notre livreur s’aventure à l’intérieur du camping-car, ce qui ressemblait à de l’humanité y devient très vite un monstre, et cette rencontre laissera une morsure comme un point de non-retour.

Tomber (en panne)

Un ascenseur peut-il être considéré comme un véhicule ? Dans tous les cas, il s’y déroule une autre scène charnière. Bryan doit livrer son colis au 28ème étage, mais les scientifiques d’Umbrella lui ordonnent d’utiliser les escaliers uniquement. Le parallèle avec le livreur de pizza ubérisé est explicite. Notre héros désobéit assez vite et monte dans l’endroit interdit. L’image est marquante : le plafond de l’ascenseur se liquéfie sous l’effet de l’acide vomit par un infecté, puis s’effondre, détruisant petit à petit chaque parcelle du sol. Comme si tout l’égoïsme du monde des exploitants venait briser tout l’espace dans lequel les dominés tentent tant bien que mal de subsister. Petite ironie possible dans la résolution : Bryan y accepte pour la première fois une certaine « altérité » en touchant un infecté, retournant son vomi vers un autre monstre avant de le jeter par-dessus bord.

Au laboratoire, la conclusion parait un peu plus démonstrative, opposant les scientifiques effrayés qui refusent au livreur sa signature voire son pourboire, sous la forme d’une petite injection. Les véhicules n’interviennent plus, à l’exception des hélicoptères du gouvernement dans les derniers plans. Leurs pilotes n’apparaissent pas à l’image, cachés derrière les fenêtres noires, et volent bien au-dessus de la masse de voitures en panne. Arrivé au bout de sa longue route, Bryan est sur le point de tomber et de rejoindre les infectés tout en bas. Pour quelques secondes encore, il livre ce qui lui reste d’humain au monde extérieur.

À propos de l’auteur

Jérémy Quicke est un amateur d’errances dans les labyrinthes d’images et de mots depuis la découverte, adolescent, d’Hitchcock, d’Eastwood ou encore des frères Coen. Il tente, par l’écriture, de sauver quelque chose des vertiges rencontrés, et se plait à refaire le monde en refaisant les films.